Des messages du Hamas diffusés dans des arrêts de bus israéliens
Une simple attente de bus s’est soudain transformée en scène de propagande. Mercredi soir, dans plusieurs villes israéliennes, les écrans numériques des arrêts de bus – habituellement dédiés aux horaires et à la recharge des cartes Rav Kav – ont été piratés et se sont mis à diffuser des messages pro-Hamas, accompagnés de la voix de son porte-parole, Abu Obeida, pourtant annoncé mort dans une frappe israélienne à Gaza l’été dernier.
La première vidéo de l’incident circule depuis un arrêt de Modiin : on y voit un voyageur filmer l’écran LED tandis qu’une voix en anglais lance, de façon claire et répétée : « Au diable Trump et Netanyahu ». Puis viennent des extraits audio en arabe, précédés de la formule coranique d’ouverture, mêlant effets sonores, sirènes et battements, avant un appel aux armes des brigades al-Qassam, la branche armée du Hamas. Pour les passants, difficile de comprendre immédiatement ce qui se joue : panne technique, mauvaise plaisanterie ou intrusion malveillante ?
D’autres témoignages, recueillis notamment près du centre commercial Ayalon à Ramat Gan, décrivent la même bande-son inquiétante. Une passagère raconte que, sur le moment, elle et ses amis ont été « terrorisés », croyant à une alerte ou à un message d’urgence. Ce n’est qu’en prêtant attention aux mots qu’ils ont compris qu’il s’agissait de chants et d’invectives contre le gouvernement israélien et ses dirigeants. Dans certains arrêts, les voyageurs affirment que personne ne semblait savoir à qui signaler l’incident, les agents de terrain étant absents au moment des faits.
Derrière ces écrans se trouve un opérateur privé, Urban Digital, filiale de la société IM Segev, chargée d’une partie de la signalisation numérique des gares routières. Son PDG, Oren Naveh, a confirmé qu’un nombre limité d’écrans dans plusieurs villes – parmi lesquelles Ashkelon et Modiin – avaient été compromis sur une plage horaire allant du matin jusqu’en début de soirée. Face à l’attaque, l’entreprise a décidé de couper ses serveurs vers 21h40, provoquant l’arrêt complet du système et la mise hors ligne temporaire de son site internet.
Selon Naveh, une centaine de techniciens et d’experts en cybersécurité ont travaillé toute la nuit pour analyser l’incident et nettoyer l’infrastructure. Les premiers éléments pointent vers un « pays hostile » déjà lié à d’autres attaques contre des organisations israéliennes. Aucune revendication officielle n’a été publiée, mais l’attaque correspond au modus operandi de groupes pro-Hamas ou pro-iraniens qui ciblent régulièrement des symboles civils israéliens dans l’espace numérique.
La Direction nationale de la cybersécurité a été informée et a ouvert une enquête. Par précaution, l’Autorité nationale des transports publics a demandé la suspension de toute signalisation numérique fournie par ce prestataire dans les gares routières, le temps de vérifier que les failles ont été entièrement colmatées. Concrètement, de nombreux usagers vont donc revenir, pendant quelques jours au moins, à des annonces manuelles ou à l’application mobile pour suivre l’arrivée des bus.
Cet épisode s’inscrit dans une tendance plus large. Depuis le déclenchement de la guerre à Gaza en octobre 2023, Israël est devenu l’une des cibles privilégiées de campagnes de cyberattaques. Les rapports d’experts comme ceux du secteur privé et de la Direction nationale de la cybersécurité indiquent que le volume des attaques a été multiplié par plusieurs depuis le début du conflit, jusqu’à faire d’Israël l’un des pays les plus ciblés au monde, derrière des zones de guerre comme l’Ukraine. Les opérations vont de la simple saturation de sites internet à des tentatives plus sophistiquées contre des hôpitaux, des médias, des infrastructures énergétiques… ou, comme ici, contre des services de transport public.
Le choix de la voix d’Abu Obeida n’est pas anodin. Ce porte-parole, toujours masqué, était devenu une figure iconique de la propagande du Hamas dans le monde arabe, apparaissant régulièrement dans des vidéos martiales. Sa mort annoncée fin août 2025 a été présentée par Israël comme un coup majeur porté à l’appareil de communication du mouvement. Le faire soudainement « réapparaître » dans le quotidien des Israéliens, au détour d’un abribus, relève d’une forme de guerre psychologique : rappeler aux passants que, même éliminé physiquement, le symbole continue de hanter l’espace public.
L’affaire met aussi en lumière la vulnérabilité croissante de tous ces objets connectés qui jalonnent les villes modernes : panneaux d’information, bornes de paiement, caméras, distributeurs… Autant de points d’entrée potentiels pour des hackers déterminés à perturber la vie quotidienne. Pour les autorités israéliennes, l’enjeu est désormais double : renforcer les défenses des opérateurs privés, souvent chaînon faible de la cybersécurité nationale, et rassurer une population déjà confrontée à une guerre prolongée sur plusieurs fronts. Pour les usagers, cet épisode restera comme un rappel brutal que, à l’ère numérique, la bataille de l’information peut éclater jusque sur le quai d’un simple arrêt de bus.
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