Contrebande à Gaza, un scandale révélateur
L’affaire Zini révèle les angles morts sécuritaires à Gaza
L’affaire impliquant Bezalel Zini dépasse largement le cadre d’un simple dossier judiciaire. Elle met en lumière les implications sécuritaires, économiques et politiques d’un phénomène ancien mais en constante évolution : la contrebande de marchandises vers la bande de Gaza. Longtemps perçue comme marginale lorsqu’elle concerne des biens civils, cette activité apparaît aujourd’hui comme un enjeu stratégique majeur pour Israël.
Le débat a ressurgi de manière brutale avec l’inculpation de Bezalel Zini, ancien commandant de la Force Uriah, unité chargée de la destruction d’infrastructures dans la bande de Gaza pour le compte de Tsahal. Il est accusé d’avoir abusé de sa fonction et de son uniforme afin de faciliter plusieurs opérations de contrebande de cigarettes via le point de passage de Sufa, en échange de sommes estimées à 365 000 shekels. Ces produits, vendus à prix élevé à Gaza, constituent une source de revenus non négligeable pour le Hamas, qui parvient à en capter une partie le long de la chaîne logistique.
L’affaire a pris une dimension nationale en raison du lien familial entre Bezalel Zini et son frère, David Zini, récemment nommé à la tête du Shin Bet. Dès la révélation des accusations, ce dernier a informé la procureure générale Gali Baharav-Miara, affirmant n’avoir eu aucune connaissance préalable des faits reprochés à son frère. Il a également été décidé que l’enquête concernant Bezalel serait confiée à la police et non au Shin Bet, afin d’éviter tout conflit d’intérêts.
Les charges retenues sont lourdes : aide à l’ennemi en temps de guerre et acceptation de pots-de-vin. En l’état actuel du droit, les peines encourues varient de trois à cinq ans de prison. Un amendement récent du Code pénal, connu sous le nom d’amendement 161, pourrait porter cette peine à sept ans, même si son application rétroactive reste juridiquement incertaine.
Au-delà du cas individuel, cette affaire relance le débat sur la doctrine sécuritaire israélienne face à la contrebande. Lors d’un discours prononcé à la Knesset, le ministre de la Justice Yariv Levin avait déjà souligné que tout flux illégal franchissant les frontières, même lorsqu’il ne s’agit pas d’armes, contribue indirectement au renforcement des organisations terroristes, notamment sur le plan financier.
Sur le plan politique, les réactions sont profondément polarisées. Plusieurs membres de la coalition et des médias proches du gouvernement dénoncent une tentative de manipulation destinée à fragiliser David Zini et à remettre en cause sa nomination. À l’inverse, ses opposants rappellent que cette nomination avait déjà suscité des réserves, tant en raison de ses positions idéologiques que de son absence d’expérience directe dans les domaines spécifiques du Shin Bet.
Un élément supplémentaire complique le tableau : lors de l’examen de sa nomination par le Comité Grunis, une mise en garde avait été formulée concernant l’implication éventuelle d’un proche parent dans des activités extrêmes. À l’époque, cette référence visait l’un de ses fils, connu des services de sécurité, et non Bezalel Zini, alors non suspecté.
Reste que la question centrale dépasse les rivalités politiques. Le trafic de biens vers Gaza, y compris les cigarettes, constitue un levier économique pour le Hamas et pose un défi sécuritaire durable. L’affaire Zini illustre ainsi la difficulté de concilier rigueur opérationnelle, intégrité institutionnelle et luttes de pouvoir au sommet de l’État.
Jérémie de Jforum.fr
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