Comment le bilan de Khamenei a été vu par certains médias

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« Une barbe fournie et un sourire facile » : la représentation grotesque de la mort de l’ayatollah Ali Khamenei par les médias occidentaux

Rachel O’Donoghue

Le ton façonne les souvenirs: le Washington Post a mis en avant la « barbe blanche fournie et le sourire aisé » de Khamenei, atténuant ainsi la réalité de son bilan.

L’euphémisme masque la brutalité: le New York Times l’a décrit comme un « religieux intransigeant », une expression qui occulte des décennies de répression et d’effusion de sang.

L’importance des gros titres : de Sky News à Reuters en passant par la BBC, les choix de présentation façonnent la mémoire collective. Minimiser la brutalité, c’est déformer l’histoire.

L’ayatollah Ali Khamenei fut le deuxième guide suprême de la République islamique d’Iran. Il accéda au pouvoir en 1989 après la mort de l’ayatollah Rouhollah Khomeini et régna pendant des décennies en tant qu’autorité suprême d’un régime caractérisé par la répression, la déstabilisation régionale et un extrémisme idéologique violent.

Son mandat a été marqué par :

  • La répression systématique de la dissidence politique
  • L’emprisonnement, la torture et l’exécution des dissidents
  • La répression violente des mouvements de protestation à l’échelle nationale
  • L’armement et le financement des milices supplétives à travers le Moyen-Orient
  • L’institutionnalisation des slogans « Mort à l’Amérique » et des menaces répétées de destruction d’Israël

Sous son commandement, les forces de sécurité iraniennes ont ouvert le feu sur les manifestants lors des vagues successives de troubles en 2009, 2019 et lors des manifestations nationales qui ont suivi la mort de Mahsa Amini en 2022. En janvier dernier, de nouvelles manifestations nationales ont de nouveau été réprimées avec violence. Des analystes indépendants estiment qu’au moins 30 000 personnes ont été tuées lors de cette répression, un chiffre que le régime n’a jamais réfuté de manière crédible. Au cours de ces cycles de répression, les organisations de défense des droits humains ont recensé des milliers de morts supplémentaires et des dizaines de milliers de personnes détenues.

Pourtant, lorsque les médias d’État iraniens ont confirmé la mort de Khamenei près de 24 heures après les frappes aériennes américaines et israéliennes qui ont touché son complexe à Téhéran, certains médias occidentaux ont adopté un ton qui frôlait la révérence.

L’exemple le plus frappant est paru dans le Washington Post, qui décrivait Khamenei comme connu pour sa « barbe blanche fournie et son sourire avenant », soulignant qu’il avait une « allure plus paternelle en public » que son prédécesseur. La nécrologie mettait en avant son goût pour la poésie persane et les romans classiques occidentaux, notamment Les Misérables de Victor Hugo.

Le New York Times l’ a décrit comme un « religieux intransigeant » qui avait fait de l’Iran une « puissance régionale » tout en maintenant une hostilité envers les États-Unis et Israël.

Sky News l’a qualifié d’« ennemi juré » du président Donald Trump, présentant l’événement comme une rivalité personnelle. Le Wall Street Journal a observé qu’il « nourrissait les ambitions internationales du pays, mais peinait à redresser la situation économique intérieure ». Reuters a évoqué ses « ambitions démesurées » envers Israël et les États-Unis. La BBC a diffusé des images de personnes en deuil, extraites de programmes contrôlés par le régime, sans guère se soucier de leur mise en scène.

Dans tous les points de vente, la tendance était la même.

L’homme qui a présidé à des décennies de répression a été redéfini à travers des détails esthétiques et un positionnement politique. Sa barbe. Son sourire. Ses goûts littéraires. Ses « ambitions ».

Ses victimes étaient secondaires.

Il ne 

Il ne s’agit pas d’exiger des polémiques de la part des rédacteurs de nécrologies, mais de trouver un juste milieu.

À la mort des dirigeants autoritaires, le poids moral de leur bilan ne doit être ni atténué par des détails sur leur mode de vie, ni neutralisé par des euphémismes. Qualifier d’« extrémiste » l’idéologue d’un régime occulte le fait qu’il dirigeait un appareil d’État théocratique qui emprisonnait des journalistes, exécutait des prisonniers politiques, finançait le Hezbollah et le Hamas, et ordonnait des répressions violentes contre son propre peuple.

Les gros titres façonnent la mémoire collective. Le premier paragraphe compte plus que le douzième. Après la mort, les réputations se cristallisent et les dirigeants autoritaires ne devraient pas avoir le luxe de voir leur réputation s’estomper.

Alors que les journaux s’extasiaient sur ce qu’ils choisissaient de mettre en avant, de son sourire ironique à son amour de la littérature en passant par son image soigneusement cultivée, nous autres devrions nous souvenir de lui pour ce qu’il était : un dictateur brutal qui méritait la fin tragique qu’il a connue.

Photo de Rachel O'DonoghueNée à Londres, en Angleterre, Rachel O’Donoghue s’est installée en Israël en avril 2021 après avoir travaillé pendant cinq ans pour différents titres de presse nationaux au Royaume-Uni. Elle a étudié le droit à l’Université de droit de Londres et obtenu une maîtrise en journalisme multimédia à l’Université du Kent.

JForum.fr avec HonestReporting

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