Chute de Maduro : pour qui sonne vraiment le glas ?

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Des membres de la garde nationale vénézuélienne, à Caracas, le 10 janvier 2026. Photo : Juan Barreto/AFP

Nicolas Maduro n’était pas un président élu mais battu. Il n’était pas légitime mais avait volé leur victoire à ses opposants qui, selon tous les décomptes, l’avaient emporté à une écrasante majorité.

Il n’était même pas, à dire vrai, chef d’État mais narcotrafiquant à grande échelle, inondant le monde de cocaïne et recyclant l’argent de ce poison pour financer les forces terroristes les plus obscures.

Son inculpation à ce titre n’est d’ailleurs pas un caprice récent de Donald Trump, mais émane d’un tribunal fédéral de New York en 2020, a été maintenue sous Joe Biden, puis aggravée par le même Biden qui, dans l’une de ses ultimes décisions, le 10 janvier 2025, a porté la prime de capture, comme pour Ben Laden, à 25 millions de dollars.

Tout cela pour dire que sa chute n’est pas, en soi, un scandale mais une bonne nouvelle. Et j’ai, pour ma part, réagi comme je l’ai fait partout, toujours, quand un peuple s’est libéré de ses tyrans  : à la réserve près des images d’humiliation par principe inacceptables, j’ai partagé l’allégresse des Vénézuéliens réduits à la misère, jetés sur les routes de l’exil, torturés et se souvenant de leurs proches assassinés par centaines quand ils osaient manifester (par milliers en comptant les exécutions extrajudiciaires).

Seuls se sont instinctivement offusqués la Russie, l’Iran ou le Hamas – ainsi que leurs idiots utiles, à Paris, de LFI ou, à New York, de la nouvelle mairie de M. Mamdani.

Restent, à partir de là, d’immenses questions. Et d’abord celle-ci, que l’on entend partout, mais qui me semble trop commode, trop tardive et paresseuse  : Trump n’aurait-il pas, en kidnappant un narcotrafiquant, « donné des ailes » à Xi Jinping et Vladimir Poutine, ces impérialistes à l’offensive ?

Comme si ces hommes avaient besoin d’ailes !

Comme s’ils avaient attendu Caracas pour prendre ou tenter de prendre Hongkong, la Crimée, le Donbass, puis l’Ukraine tout entière !

Et comme si le président Zelensky n’avait pas déjà été victime, au bas mot, d’une douzaine de tentatives d’enlèvement et de meurtre documentées !

Et comme si l’histoire récente n’était pas, depuis plus de trente ans, une longue litanie de violations, d’annexions, de massacres qu’aucun droit international n’a jamais empêchés et qui ont vu, chaque fois, les grandes institutions gardiennes de ce droit reculer, capituler et se déshonorer !

Le droit international n’est pas mort à Caracas, mais à Sarajevo, Kigali, Alep et, aujourd’hui, à Marioupol, Pokrovsk et Khartoum.

Quant à Taïwan, bien sûr que le compte à rebours est lancé. Mais ce n’est pas la capture de Nicolas Maduro qui a encouragé les prédateurs – c’est la faiblesse politique et morale de l’Occident qui leur a, jusqu’ici, laissé le champ libre ; c’est l’illusion que le droit suffit quand il n’est plus garanti par la puissance ; et ce serait, aujourd’hui, un « deal » aux termes duquel un Trump, ivre d’hubris et de cynisme, dirait : « Ok pour Taïwan, mais en échange, par exemple, de X milliers de milliards de droits de douane favorables… »

Les vraies questions sont ailleurs.

Que vont faire les États-Unis, maintenant ?

Délivrer le Venezuela massivement acquis à la démocratie ? Ou le livrer, comme cela a été annoncé dans des déclarations fumeuses mais honteuses, aux compagnies pétrolières américaines ?

Rendre le pouvoir aux Vénézuéliens, lesquels, contrairement aux Irakiens de 2003, ont des représentants respectables et, je le répète, impeccablement élus qui s’appellent Edmundo Gonzalez Urrutia et Maria Corina Machado ? Ou installer un gouvernement fantoche, éventuellement issu de l’ancien régime terroriste, comme on en a, aussi, exprimé l’intention ?

Et puis, last but not least, s’il y a quelqu’un à qui l’opération militairement réussie de samedi pourrait donner des ailes, ce serait l’isolationniste Trump, rattrapé par un démon jacksonien. Mais quelle serait, alors, sa prochaine cible ? L’Iran, où une société civile insurgée attend désespérément un soutien ? Poutine, dont il dénoncerait le pacte de fer qui semble les lier ? Ou, au gré d’une logique transactionnelle erratique où la force ne servirait plus la liberté mais la remplacerait, une nation amie : le Danemark, dont il guigne le Groenland ? le Canada, dont il a dit, au lendemain de son investiture, qu’il avait vocation à devenir le cinquante et unième État américain ? ou tel grand pays d’Amérique latine où il semble désormais voir une vaste arrière-cour impériale ?

Ces questions-ci sont vertigineuses. Car c’est d’elles que dépend, au fond, la question existentielle par excellence : le rapport de forces mondial entre autoritarisme et liberté.

Dans un cas, le camp des démocraties sortira renforcé, réarmé moralement, réconcilié avec l’idée que la force peut – parfois – être mise au service du droit et non lui être opposée.

Dans l’autre, l’esprit républicain sera dramatiquement discrédité et l’on pourra craindre que le camp des dictatures, ayant perdu une bataille, ne s’emploie à gagner la guerre.

C’est cela que l’Europe et ce qui reste de l’Amérique fidèle au double héritage des présidents Wilson et Reagan doivent empêcher. Quoi qu’il en coûte. Car il ne s’agirait plus alors d’un simple désaccord transatlantique – mais d’un nouveau schisme de l’Occident.

La bataille commence. Elle ne sera ni courte, ni simple. Mais elle est vitale.

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