Depuis sa création, l’État hébreu a souvent dû choisir entre contrôle total d’un territoire et opération limitée visant à affaiblir un adversaire sans s’enliser dans une administration militaire lourde.
En 1982, lors de l’invasion du Liban, le gouvernement avait initialement planifié une opération restreinte pour repousser l’OLP hors de la frontière nord. Mais la mission avait rapidement glissé vers une présence prolongée à Beyrouth et une implication politique qui ont coûté cher en vies humaines et en légitimité internationale.
En 2002, pendant l’opération Rempart en Judée-Samarie, Israël avait opté pour une occupation temporaire de plusieurs villes afin de démanteler les réseaux terroristes après une vague d’attentats-suicides. Cette action ciblée, bien que massive, s’était voulue limitée dans le temps pour éviter une gestion quotidienne de populations hostiles.
En 2009 et 2014, lors des opérations Plomb Durci et Bordure Protectrice à Gaza, la pression publique pour une occupation totale avait été forte, mais les gouvernements successifs avaient privilégié des frappes massives et des incursions ponctuelles, craignant l’enlisement dans un territoire densément peuplé et politiquement explosif.
Ce que signifierait une occupation totale de Gaza aujourd’hui
L’occupation complète de la bande de Gaza ne serait pas seulement un acte militaire : elle impliquerait un engagement prolongé, des moyens humains et logistiques considérables, et un coût politique élevé.
Effectifs nécessaires
Pour contrôler durablement les 365 km² de la bande de Gaza et ses plus de 2 millions d’habitants, les estimations militaires parlent d’un minimum de 30 000 à 40 000 soldats déployés en permanence. Ce chiffre inclurait :
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des unités de combat pour la sécurisation des zones urbaines,
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des forces spéciales pour les opérations de contre-terrorisme,
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des unités du génie pour le déminage et la destruction des tunnels,
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des brigades logistiques et médicales pour soutenir les troupes.
Durée et intensité
Même avec un succès militaire rapide, la pacification pourrait durer plusieurs mois, voire des années. Les premières semaines seraient les plus violentes : combats de rue, élimination de cellules armées, sécurisation des infrastructures critiques (centrales électriques, dépôts d’armes, points d’eau). Une fois la résistance armée réduite, il faudrait établir un régime militaire chargé de l’administration quotidienne : sécurité civile, gestion des hôpitaux, approvisionnement alimentaire et eau potable.
Risques opérationnels
Une présence permanente exposerait Tsahal à :
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une guérilla urbaine continue, avec des attaques sporadiques et des embuscades,
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un harcèlement par les roquettes depuis des zones non encore sécurisées,
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un risque accru pour les otages, dont certains pourraient être utilisés comme boucliers humains,
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une pression diplomatique internationale forte, allant jusqu’à des sanctions économiques ou des résolutions contraignantes au Conseil de sécurité de l’ONU.
Coût humain et financier
En plus du risque élevé de pertes militaires, l’occupation totale signifierait pour Israël :
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un coût estimé entre 3 et 5 milliards de dollars par an pour la seule présence militaire,
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un impact économique indirect dû à la mobilisation prolongée des réservistes,
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un poids psychologique lourd sur la société israélienne, déjà éprouvée par les combats et la captivité prolongée des otages.
Objectifs stratégiques
Le but affiché serait double : anéantir le Hamas et empêcher la reconstitution de toute force militaire hostile, tout en créant un nouvel ordre sécuritaire dans la bande de Gaza. Mais, comme le rappellent les précédentes expériences israéliennes au Liban ou en Cisjordanie, tenir un territoire hostile est plus difficile que de le conquérir.
En résumé, une occupation totale de Gaza représenterait le scénario le plus coûteux et le plus risqué, mais aussi celui qui offrirait potentiellement à Israël la maîtrise la plus complète de la situation.
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