Ancienne figure du nationalisme corse reconvertie dans les affaires, Alain Orsoni a été assassiné lundi à l’âge de 71 ans lors des obsèques de sa mère, dans son village natal. Un meurtre commis à distance, en plein cimetière, qui ravive les tensions autour de la criminalité organisée sur l’île de Beauté. 20 Minutes fait le point.
Un meurtre en pleine cérémonie funéraire
Les faits se sont produits vers 16h30. Alain Orsoni est décédé sur place, touché par une balle unique. Le procureur d’Ajaccio, Nicolas Septe, a indiqué qu’il s’agissait « d’un tir à longue distance ». Selon une source proche de l’enquête, la victime a été atteinte « en plein cœur », alors qu’elle se tenait devant la tombe de sa mère.
Le tir aurait été effectué « sans doute à plusieurs centaines de mètres ». Ce mode opératoire a profondément choqué en Corse, où la tradition catholique confère aux obsèques un caractère sacré. Alain Orsoni, qui partageait sa vie depuis plusieurs années entre la Corse et le Nicaragua, était revenu spécialement pour ces funérailles.
L’enquête confiée au parquet national anticriminalité
Compte tenu de la gravité des faits, l’enquête a rapidement été confiée au tout nouveau Parquet national anticriminalité organisée, co-saisi avec la Juridiction interrégionale spécialisée de Marseille. Il s’agit de la première saisine du Pnaco depuis son lancement début janvier, marquant une étape symbolique pour cette nouvelle juridiction.
L’enquête a été ouverte pour assassinat en bande organisée et association de malfaiteurs. Les investigations ont été confiées à la police judiciaire d’Ajaccio, avec l’appui de la brigade nationale de lutte contre la criminalité organisée corse, rattachée à l’Office central de lutte contre le crime organisé. Des magistrats spécialisés sont mobilisés sur place.
Une trajectoire et des rivalités anciennes
Cet assassinat s’inscrit dans un contexte de rivalités criminelles anciennes. Le clan Orsoni est opposé depuis des années à celui dit du « Petit Bar », soupçonné d’être dirigé par Jacques Santoni. Cette organisation avait déjà été impliquée dans un projet d’assassinat visant Alain Orsoni en 2008, finalement déjoué par la police. La famille Orsoni est marquée par les drames depuis plus de quarante ans. En 1983, son frère Guy avait été assassiné. Son fils, Guy Orsoni, aujourd’hui âgé de 41 ans et incarcéré, est présenté par les enquêteurs comme « une personnalité saillante du banditisme corse » et a récemment été condamné à une lourde peine de prison.
Notre dossier sur le crime organisé
Après des études à Paris, Alain Orsoni avait été l’un des dirigeants du Front de libération nationale de la Corse avant de fonder le Mouvement pour l’autodétermination. Contraint à l’exil en 1996 en pleine guerre fratricide nationaliste, il avait vécu aux Etats-Unis, en Espagne puis au Nicaragua. De retour en Corse, il avait aussi marqué la vie publique en présidant à deux reprises l’Athletic Club Ajaccio.
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