Avalanches, films, solidarité… La vie hors norme du snowboardeur professionnel Victor Daviet

Vues:

Date:

«Je suis comme un fou de voir tomber autant de neige… », lâche le pro rider Victor Daviet en guise de première phrase, lors de notre rencontre à Sainte-Foy-Tarentaise, en janvier dernier. Chez lui, le snowboard n’a jamais été seulement un sport : c’est une culture. Un univers plus guidé par l’image que par la course aux podiums.

Entre les frayeurs en montagne qu’il a choisi de transformer en formations de prévention, et l’exfiltration incroyable de jeunes snowboarders afghans menacés de mort, la vie de Victor Daviet suit un même fil rouge : celui d’un rider pour qui la glisse raconte surtout des histoires de solidarité, de responsabilité et de communauté.

Une planche de snowboard aux pieds, dès l’enfance

Pour lui, tout a commencé avec deux femmes : « Je me suis mis au snowboard car j’ai été influencé par deux femmes : ma marraine et ma mère. À l’origine, nous faisions tous du ski avec l’école. Et un jour, j’ai dit : « Non, moi, je veux faire comme ma mère. » », raconte-t-il. Elles l’emmènent rider dans les Alpes du Sud, près de Gap, sur les petites stations situées au-dessus du lac de Serre-Ponçon.

Victor Daviet lors des Safety Shred Days.
Victor Daviet lors des Safety Shred Days. - Thibault Montoni

Très vite, ce sport devient une passion : « J’étais dans un petit club, pas très axé sur la compétition, mais on nous a vraiment transmis la passion du snowboard. Je pense que cela a joué un rôle très important ». S’il commence la compétition plus tard que la moyenne, à 15 ans, il devient champion de France. Une bascule. « Ça m’a permis d’être sélectionné pour le sport-études à Villard-de-Lans », explique-t-il. C’est là qu’il rencontre ceux qui deviendront son équipe : Victor De Le Rue, Thomas Delfino, et d’autres encore. « C’est à partir de là que j’ai rencontré mes meilleurs amis, qui sont encore mes meilleurs amis aujourd’hui. »

L’aventure avant la compétition, l’image comme langage

Comme beaucoup d’athlètes, le jeune snowboardeur a suivi un schéma classique : compétitions, sponsors et saisons rythmées par un calendrier précis. « Je n’ai jamais vraiment eu l’âme d’un compétiteur. Je fais du snowboard pour moi, pas pour battre les autres. Je suis plus dans une sorte de défi contre moi-même ». Et surtout, il fonctionne en collectif. Ce basculement s’accompagne d’un autre élément central de la culture snowboard : la vidéo. Dans le monde du snowboard, les « parts » ne sont pas seulement un contenu : ce sont des références, presque une éducation.

« Petit à petit, je me suis retrouvé à cette position… sur des shootings avec mes idoles de jeunesse. Un jour, il reçoit un appel et, la semaine suivante, il se retrouve au Japon avec des riders qu’il regardait en boucle ». Si le snowboardeur enchaîne les films avec des marques, il multiplie également les projets personnels, notamment avec sa série Trip Roulette, qui mêle aventure, snowboard et écologie.

En cliquant sur« J’accepte », vous acceptez le dépôt de cookies par des services externes et aurez ainsi accès aux contenus de nos partenaires.

Plus d’informations sur la pagePolitique de gestion des cookies

Il raconte un épisode marquant : « On a modifié ma BX de 1998 pour qu’elle fonctionne à l’huile de friture. On est partis jusqu’en Norvège ». Il se souvient d’une voiture tellement chargée qu’elle semblait toucher le sol. Il évoque également son voyage en Mongolie, où il a atteint le camp de base à dos de chameau : « Qui m’aurait dit un jour que j’allais faire du snowboard en chameau ? ». Des situations improbables, mais aussi des exploits personnels, comme lorsqu’il a atteint le sommet du Denali, en Amérique du Nord, à plus de 6.300 mètres d’altitude.

Safety Shred Days : former pour prévenir

Si les voyages et les souvenirs s’enchaînent, la montagne rappelle que ce milieu peut être l’un des plus dangereux. En 2014, lors d’un shooting international, il se retrouve en première ligne en Alaska, au moment d’une énorme avalanche… Il s’en sort, déclenche son airbag et reste en surface. « Rien de grave, mais ça aurait pu vraiment être très chaud ». Deux ans plus tard, il retourne en Alaska. Cette fois, l’accident touche un ami. Et même en étant entouré de guides, d’un hélicoptère et d’un groupe de professionnels, l’évidence lui saute au visage : « Même en tant que professionnel et formé, il est possible de frôler la catastrophe. »

Victor Davier lors des Safety Shred Days.
Victor Davier lors des Safety Shred Days.  - Thibault Montoni

À ce moment-là, Victor Daviet comprend que le sujet dépasse le cadre de sa carrière : « Je me suis dit : là, il faut quand même que tu bouges. Tu vas faire quelque chose pour cette communauté du freeride qui t’a tout apporté ». C’est ainsi que naissent les Safety Shred Days. Un événement pensé pour rassembler en début de saison, former, rafraîchir les connaissances et rendre la prévention accessible. « L’idée, c’était surtout de proposer des formations accessibles, aussi bien en termes de tarifs que d’ambiance. »

« C’est la plus belle histoire de ma vie »

En 2021, Victor Daviet vit une nouvelle bascule. Tout commence au Pakistan, lors d’une édition des Safety Shred Days, avec une association qui collecte du matériel dans les Alpes pour développer les sports d’hiver dans ce pays. Il y fait la connaissance de l’équipe afghane de snowboard, composée de jeunes qui ont peu de moyens et de matériel, et dont le niveau est encore fragile. Mais ils sont portés par une immense détermination. Le snowboardeur sympathise avec ces jeunes : « Je me dis : on va faire un trip roulette chez eux pour documenter leur histoire ». Mais mi-août 2021, tout s’effondre, Kaboul tombe aux mains des talibans. Victor suit les images comme tout le monde. « Ils m’ont appelé et m’ont dit : « On a été menacés de mort pour avoir fait du snowboard. Il faut que tu nous aides. »

Autour de lui, une équipe s’organise alors, qui sera par la suite l’association Snowboarders of Solidarity. « Des personnes se sont engagées alors qu’elles ne connaissaient pas ces jeunes, qu’elles n’avaient jamais vus, et elles ont donné leur temps, leur argent pour les exfiltrer ». Si la course a été longue, chaotique et épuisante, la finalité est belle : un jour, Victor reçoit l’appel qu’il n’attendait plus. « C’est bon, tu as débloqué la situation. On arrive la semaine prochaine ». Il raconte l’arrivée comme une scène irréelle : « On est allés chercher sept Afghans avec le van de ma mère. »

Aujourd’hui encore, Victor Daviet est très ému lorsqu’il en parle : « C’est ma famille. Ils ont été menacés de mort pour avoir fait du snowboard, et pourtant, c’est aussi grâce à ce sport qu’ils ont été sauvés ». Quand on lui demande ce dont il est le plus fier, il ne cite pas de résultat sportif. Il répond sans hésiter : « Dans ma vie, c’est la chose dont je suis le plus fier ». Dans un sport que l’on imagine très individuel, ce qui anime le pro rider, ce sont toujours les autres.

La source de cet article se trouve sur ce site

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

PARTAGER:

spot_imgspot_img
spot_imgspot_img