Diego Garcia, avec ses 45 km2, offre un immense lagon large de 10 km et profond de 31 m. Ces belles capacités de mouillage permettent d’accueillir un porte-avions US et les bâtiments du 2e Maritime Pre-positioning Ship Squadron. Selon les déploiements d’unités de l’US Navy et de l’US Air Force, quelque 2500 et 1500 militaires et civils US y sont basés.
Les États-Unis ont qualifié la base de Diego Garcia de « plate-forme pratiquement indispensable » pour les opérations de sécurité au Moyen-Orient, en Asie du Sud et en Afrique de l’Est. À 4 000 km de l’Iran, on pouvait la penser à l’abri.
La base de Diego Garcia, visée par l’Iran ce vendredi, est essentielle dans la stratégie militaire des Etats-Unis. Selon le « Wall Street Journal » et la BBC, deux missiles iraniens ont tenté, vendredi, de cibler cette base militaire américano-britannique, située au cœur de l’océan Indien.
Après la révolution iranienne de 1979, les Etats-Unis agrandissent la base pour accueillir davantage de navires de guerre et de bombardiers lourds. La présence américaine à Diego Garcia doit permettre aux forces américaines « de projeter leur puissance à travers l’océan, de dissuader leurs adversaires et de rassurer leurs alliés », analyse le cercle de réflexion Chatham House(Nouvelle fenêtre), basé à Londres. Un argument encore actuel pour les voix qui s’inquiètent d’une présence chinoise plus importante dans l’océan Indien.
Une base particulièrement utile pour les opérations de l’armée américaine.
D’après le New York Times, la base militaire de Diego Garcia compte aujourd’hui quelque 4 000 membres américains et britanniques, à la fois militaires et civils. En période de paix, l’île sert à des activités de « renseignement et de soutien logistique, avec le pré-positionnement de matériels et d’équipements » tels que des munitions ou des denrées alimentaires, décrit le Cnes.
Elle peut « accueillir des dizaines de navires et des centaines d’avions », d’après cette même source. La base a l’avantage de pouvoir accueillir des bombardiers, des avions de ravitaillement ou de reconnaissance, détaille également Chatham House. Elle peut aussi ravitailler des porte-avions et destroyers, et dispose d’importantes capacités pour stocker du carburant. Les Etats-Unis ont investi « au moins trois milliards de dollars » sur « une vingtaine d’années » pour faire de Diego Garcia un « complexe aéronaval de première importance », évalue le Cnes.
L’armée américaine a eu recours à cette base de l’océan Indien dans les années 1990 et 2000, lors des guerres du Golfe ou du conflit en Afghanistan. En 2008, comme le rapportait Le Monde, Washington a également reconnu avoir utilisé l’île de Diego Garcia pour des transferts de personnes suspectées de terrorisme. Six bombardiers y ont été déployés en renfort en 2020, précise le Cnes, et la base a récemment permis de lancer plusieurs attaques visant des rebelles houthis au Yémen, alliés de l’Iran contre Israël dans la guerre à Gaza, relève le cercle de réflexion Chatham House.
Une île au cœur de tensions récentes avec Londres
Ces derniers mois, la base de Diego Garcia s’est retrouvée au centre de critiques de l’administration Trump à l’encontre de son allié britannique. « Ce n’est pas à Winston Churchill que nous avons affaire », a lancé début mars le président américain, estimant être « mécontent de Londres » et du Premier ministre britannique, Keir Starmer. Dans un premier temps, Londres avait notamment refusé que les Etats-Unis utilisent cette base pour frapper l’Iran. Donald Trump a exprimé « son désaccord avec notre décision de ne pas participer aux frappes initiales », a observé le chef du gouvernement britannique.
A la Maison Blanche, Donald Trump commente aussi régulièrement la question de la souveraineté de l’archipel des Chagos. D’après un accord signé en mai 2025, le Royaume-Uni doit restituer cet archipel à l’île Maurice tout en conservant un bail de 99 ans sur Diego Garcia, afin de maintenir la base militaire. Non sans contradictions, le président américain a récemment déclaré qu’il comprenait cette décision puis l’a critiquée, à plusieurs reprises.
« Ne cédez pas Diego Garcia ! », a ainsi écrit le 18 février le chef d’Etat, sur son réseau Truth Social. « Si l’Iran décidait de ne pas conclure d’accord, les Etats-Unis pourraient être amenés à utiliser Diego Garcia et l’aérodrome situé à Fairford, en Angleterre, afin d’éradiquer toute attaque potentielle menée par un régime hautement instable et dangereux », a-t-il ajouté. C’était dix jours avant le début de la guerre au Moyen-Orient.
L’accord de restitution des Chagos, âprement discuté et approuvé par les Etats-Unis, a été signé par Londres en mai 2025. Selon ce texte, le Royaume-Uni restitue les Chagos à Maurice mais conserve un bail de 99 ans sur Diego Garcia, afin de maintenir une base militaire américano-britannique dans cette région stratégique. Les Britanniques sous-louent l’île au Pentagone jusqu’en 2036 contre un loyer de 101 millions de livres (120 millions d’euros). Selon un avis d’attribution de marché du 13 janvier, c’est la société américaine Amentum (via sa filiale Amentum Mitie Pacific LLC) qui est chargée de opérations de « base operating support services » jusqu’en 2034 pour un montant total de 656 356 854 dollars.
Le secrétaire d’Etat américain Marco Rubio avait alors salué sur X un accord qui « assure une exploitation à long terme, stable, et efficace » de la base de Diego Garcia « essentielle pour la sécurité régionale et mondiale ». Visiblement, son boss n’est plus du même avis. Ayant compris que Diego Garcia constitue la seule base militaire anglo-américaine permanente dans l’océan Indien, Trump pourrait être tenté d’en faire un autre point de fixation et de désaccord. A l’image du Groenland.
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