Assiste-t-on à une rupture historique entre ces deux univers ?

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Assiste-t-on à une rupture historique entre ces deux univers ?

Les scènes de violence survenues cette semaine à Bnei Brak – voitures de police vandalisées, agents blessés, arrestations en série et affrontements nocturnes – ont frappé l’opinion publique israélienne. Pourtant, pour Eliyahu Berkovits, chercheur au sein du programme consacré aux ultra-orthodoxes à l’Institut israélien de la démocratie, ces événements ne relèvent pas d’un dérapage isolé. Ils s’inscrivent dans une évolution plus longue, marquée par des tensions croissantes entre une partie de la société haredi et l’État.

À l’origine des heurts : l’interpellation de jeunes hommes susceptibles d’être appelés sous les drapeaux dans les Forces de défense israéliennes. Depuis plusieurs mois, l’application plus stricte des règles de conscription a ravivé un débat ancien. Selon Berkovits, il faut dépasser la seule lecture sécuritaire pour comprendre la dynamique interne à l’œuvre dans le monde haredi.

Traditionnellement, la société ultra-orthodoxe en Israël se compose de trois grands courants : les lituaniens ashkénazes, les séfarades et les différentes dynasties hassidiques. Bien qu’attachés à une stricte observance religieuse et souvent critiques envers les politiques publiques, ces groupes ont, dans leur majorité, entretenu un rapport institutionnel avec l’État. À leurs côtés existent cependant des mouvances ouvertement antisionistes, comme Eda HaHaredit ou Neturei Karta, historiquement engagées dans des manifestations virulentes sur des questions liées au Shabbat ou au service militaire.

Un tournant majeur intervient en 1998 avec l’adoption de la loi Tal, destinée à encadrer les exemptions accordées aux étudiants des yeshivot tout en favorisant, progressivement, leur intégration dans l’armée. Son invalidation ultérieure par la Cour suprême et les tentatives répétées de réforme ont mis en lumière des fractures internes. Certains dirigeants rabbiniques ont prôné le dialogue pour limiter l’impact des nouvelles législations ; d’autres ont rejeté toute forme de compromis.

La rupture s’est accentuée en 2012 avec l’émergence du Peleg Yerushalmi, issu du courant lituanien mais adoptant une ligne particulièrement intransigeante contre la conscription. Contrairement aux groupes antisionistes historiques, ses membres proviennent du cœur même du monde haredi dominant : mêmes écoles, mêmes quartiers, mêmes réseaux familiaux. Cette contestation « de l’intérieur » modifie l’équilibre traditionnel d’autorité.

Le contexte sécuritaire récent a encore tendu le climat. L’attaque du Hamas le 7 octobre et la guerre qui a suivi ont profondément changé la perception publique du service militaire. La prolongation des combats et l’augmentation des pertes ont renforcé les appels à une répartition plus équitable de l’effort national. Dans ce cadre, les exemptions généralisées sont davantage contestées.

Au sein de la communauté haredi, les réactions sont contrastées. Si des figures de premier plan, comme le rabbin Dov Landau, ont mis en garde contre les manifestations violentes, des signes d’affaiblissement de l’autorité rabbinique apparaissent chez certains jeunes. Les militants du Peleg Yerushalmi ont mis en place des systèmes d’alerte permettant de mobiliser rapidement des dizaines, voire des centaines de personnes lors d’une tentative d’arrestation. Ce mécanisme favorise un cycle d’escalade : intervention policière, rassemblement massif, affrontements, diffusion d’images de violences.

La relation à la police constitue un autre facteur clé. Une étude publiée en 2024 par l’Institut israélien de la démocratie montre que la confiance des haredim envers les forces de l’ordre est plus faible que dans le reste de la population juive. Certains dénoncent une présence policière jugée excessive et ciblée ; d’autres regrettent au contraire un manque d’intervention face à la criminalité locale. Ce double ressentiment complique l’action des autorités, qui peinent à trouver un équilibre entre fermeté et retenue.

Pour Berkovits, les événements de Bnei Brak ne représentent ni l’ensemble de la communauté haredi ni une simple explosion passagère. Ils traduisent une fragmentation interne, une pression accrue de l’opinion israélienne sur la question militaire et une difficulté institutionnelle à gérer des tensions accumulées depuis des décennies. L’évolution des relations entre l’État et le monde haredi dépendra désormais des choix politiques à venir et de la capacité des différents acteurs à contenir une frustration qui, elle, ne date pas d’hier.

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