L’UE aime le droit international? Surtout quand il s’applique à Israël

L’Europe aime le droit international — surtout quand il s’applique à Israël

Il y a quelque chose de profondément révélateur dans la réaction européenne à Israël : le droit international semble devenir une affaire de géométrie variable dès qu’il s’agit de l’État juif.

Benjamin Netanyahu vient de mettre le doigt sur cette contradiction avec une question embarrassante : pourquoi Bruxelles s’indigne-t-elle avec autant de vigueur du projet israélien dans la zone E1, tout en restant beaucoup plus discrète lorsqu’il s’agit de l’occupation du nord de Chypre par la Turquie ?

La comparaison dérange précisément parce qu’elle est difficile à écarter d’un revers de main.

Israël prévoit la construction de plus de 1 200 logements dans la zone E1, à l’est de Jérusalem. Pour l’Union européenne, le projet est extrêmement préoccupant: il risquerait de morceler davantage la Cisjordanie et de compromettre la possibilité d’un futur État palestinien viable. Bruxelles rappelle que les implantations israéliennes dans les territoires occupés sont contraires au droit international.

Très bien. Mais alors, où est la même indignation lorsqu’il s’agit de Chypre ?

L’île est divisée depuis l’intervention militaire turque de 1974. La République de Chypre, membre de l’Union européenne, ne contrôle qu’une partie de son territoire. Au nord, une entité soutenue par Ankara — la République turque de Chypre du Nord — exerce son autorité, sans être reconnue internationalement comme un État.

La Turquie, elle, n’est pas une puissance marginale. C’est un membre de l’OTAN, un partenaire stratégique de l’Europe et un pays avec lequel Bruxelles entretient depuis des décennies des relations diplomatiques et économiques complexes.

Et pourtant, la question chypriote ne déclenche pas à Bruxelles la même frénésie morale que chaque annonce israélienne concernant les implantations.

C’est précisément ce que Netanyahu a dénoncé.

Son intervention est d’autant plus intéressante qu’elle intervient après que la Slovénie a refusé de soutenir une déclaration commune des 27 condamnant la politique israélienne de colonisation. Le Premier ministre slovène Janez Janša a défendu le droit de son pays à mener sa propre politique étrangère, plutôt que de se laisser enfermer dans une position européenne automatique.

Netanyahu l’a félicité pour cette attitude, la présentant comme un exemple de souveraineté et de courage politique.

On peut naturellement contester la politique israélienne en Cisjordanie. On peut estimer que les implantations constituent un obstacle majeur à la création d’un État palestinien. On peut même considérer que le projet E1 est une erreur stratégique.

Mais si telle est la position, elle doit être défendue selon un principe universel.

C’est là que l’Union européenne devient vulnérable.

Une politique étrangère crédible ne peut pas consister à brandir le droit international contre ses adversaires tout en traitant avec infiniment plus de prudence les violations commises par ses partenaires. Si l’occupation territoriale est condamnable, elle doit l’être indépendamment de l’identité de celui qui occupe le territoire. Si les changements démographiques ou territoriaux imposés par la force sont inacceptables, ils doivent l’être partout.

Sinon, le message envoyé n’est pas que l’Europe défend le droit international.

Le message est qu’elle sélectionne les situations dans lesquelles elle souhaite réellement le faire respecter.

Et c’est une distinction considérable.

Le problème dépasse donc largement la zone E1 ou même le conflit israélo-palestinien. Il touche à la crédibilité géopolitique de l’Europe. Une puissance qui exige des autres le respect de règles qu’elle applique de manière sélective finit inévitablement par perdre son autorité morale.

La question chypriote est particulièrement embarrassante pour Bruxelles parce qu’elle est au cœur même de l’Union. Chypre est un État membre. La Turquie est un voisin immédiat, un membre de l’OTAN et un acteur incontournable dans les dossiers migratoires, sécuritaires et énergétiques.

Cette complexité explique sans doute la prudence européenne.

Mais elle ne la justifie pas nécessairement.

La diplomatie est compliquée. Les principes, eux, ne devraient pas l’être.

Si l’Europe veut condamner Israël au nom du droit international, elle en a parfaitement le droit. Mais elle doit alors accepter une règle beaucoup plus exigeante : appliquer les mêmes standards à tous.

C’est précisément ce que Netanyahu vient de lui rappeler.

Et c’est peut-être la partie de son message que Bruxelles préférerait ne pas entendre.

par J. Vercors

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