Ki Tavo: « Etre content pour tout ce que l’Eternel te donne »

Chers Amis,
Depuis une semaine dans les communautés séfarades et les communautés moyen-orientales a été entreprise la récitation des « selihoth » en préparation aux solennités qui nous attendent d’ici encore quelques courtes semaines…
Faire teshouva ne signifie pas seulement de procéder à des lectures de textes de contrition mais, nous essayons d’être honnêtes envers nous-mêmes mais aussi et surtout vis-à-vis de notre Créateur…. cette sorte de repentance se rapporte à nous reprendre sur des points précis de notre comportement quotidien comme par exemple : sublimer des « passions » ces choses-là dont nous ne pouvons nous passer et qui nous nuisent car à cause de ces penchants-là nous pouvons en venir, à mentir, à oublier nos devoirs comme le respect aux parents/ au conjoint etc… le fait qu’on en oublie de prier ou de parler à HaShem, de faire…shabbath ???
Voici quelque chose dont on pourrait se débarrasser et qui pourrait nous rapprocher/nous rapporter des bénédictions divines…
Cordialement à vous, Dr Caroline Elisheva Rebouh PhD.

Ki Tavo: « Etre content pour tout ce que l’Eternel te donne »

Vers la fin de l’été, à l’époque où tout Juif se prépare à rendre des comptes, et à dresser un bilan de ses actes pour l’année qui s’écoule, arrive la parasha de « Ki Tavo ». Cette sidra est un peu redoutable à cause des « malédictions » qu’elle renferme. Elle est redoutée à tel point que dans certaines communautés en Afrique du Nord on demandait à une personne âgée de lire ces trois chapitres.

Nous avons déjà vu dans la parashat REEH lorsqu’il nous est dit : Vois, Je mets devant toi la bénédiction et la malédiction, (la vie ou la mort), (…) et tu choisiras la vie…. Que la bénédiction ou la malédiction ne sont pas forcément des recettes porte-bonheur ou porte-malheur (has vehalila) mais simplement plutôt une sorte de disposition d’esprit et lorsque nous accomplissons quelque chose de bien, aussitôt nous en ressentons le bienfait…..
Notre sidra commence par une promesse multifacettes où nous devons comprendre que Le Créateur ne nous demande pas de bien nous conduire et d’observer Ses préceptes pour rien mais, nous obtiendrons par notre conduite à recevoir les pluies en leur temps, la terre donnera ses fruits en leur temps et ainsi nous pourrons aussi prélever avec générosité les plus beaux fruits, les plus beaux prémices de notre bétail en remerciement au Tout Puissant….
De la même façon que D. veut nous abreuver de bienfaits généreusement, nous devons mériter ces cadeaux et donc nous habituer à exécuter les commandements avec générosité ce qui nous remplira d’aise : bénédiction?
Dans un certain sens oui car, il est écrit : « tu te réjouiras » c’est-à-dire se réjouir de tout acte que nous accomplissons. Plus loin nous voyons la promesse suivante : en adorant D. et en Le reconnaissant officiellement, Le Saint Béni soit-Il alors nous distinguera d’entre tous les peuples et nous placera au-dessus de tous. Or, souvent, le fait d’être un peuple que D. aime provoque de la part des autres nations une réaction inverse qui est la jalousie se manifestant par des actes regrettables à caractère haineux.
Est-ce donc bien une bénédiction ? C’est là qu’intervient, comme à chaque instant, notre yetser, notre penchant, le bon ou le mauvais qui va tenter d’attirer notre raison vers des limites que nous ne devons pas dépasser.
Le mauvais penchant est tours là, éveillé, ער, pour nous entraîner vers des sentiers que D. nous déconseille d’emprunter.
Les malédictions proférées le sont à l’encontre de celui qui voudrait profiter du plus faible : celui qui n’a personne pour le protéger comme la veuve, l’orphelin et même l’étranger, mais aussi contre celui qui profiterait de la faiblesse d’un handicapé par exemple, mais contre l’immoralité et l’inconduite dictée par des sentiments impurs de par leur nature ou de par la pensée qui conduit à l’acte.

Alors, pourrait-on s’interroger, pour quelle raison nous brandit-on la sanction qui interviendra si l’on n’observe pas la Torah et, le Shlah Hakadosh précise qu’après avoir énoncé tous les commandements à haute voix, il était important aussi de répéter que la bénédiction promise sera tenue si l’engagement de la « fiancée » (Israël) envers son « époux » (‘HaShem) est tenu.
L’avertissement ne peut être fait qu’à haute voix….. Et, de même que l’on ne reste jamais sur une mauvaise parole, Moïse revient sur tous les bienfaits dont ‘HaShem comblera Son peuple, si celui-ci observe son engagement…..

Moïse réitère ses avertissements au peuple pour qu’il n’encoure pas « les foudres » d’un époux bafoué ou la colère d’un père aux enfants désobéissants et irrespectueux, pour pouvoir se perpétuer sur cette terre bénie et pour rester une entité et ne pas se retrouver dispersé, avili, amoindri parmi les nations qui ne connaissent pas l’Eternel.
Nous prierons pour que D. nous donne toujours la force de lutter contre notre mauvais penchant, pour pouvoir nous trouver toujours dans un sentier qui nous mènera vers la kedousha.
Cette sidra montre on ne peut plus clairement à quel point le chemin vers le bien, la récompense et la bénédiction est directe si l’homme observe convenablement les préceptes divins, et comment, si ces mêmes préceptes sont méprisés et bafoués, l’homme peut recevoir sa part de punition, voire de malédiction.
Bien entendu, les choses ne se jaugent pas au coup par coup, et rien n’est automatique. Car, les choses ne sont pas simples étant donné que dans le sort de chacun entrent en ligne de compte non seulement le זכות אבות zekhout avoth ou mérite des pères mais aussi les mérites d’autres actions méritoires dont l’importance de chacune est inconnue de l’être humain.
L’éternelle question, de savoir pourquoi quelqu’un qui est un juste souffre alors qu’une autre personne moins méritante aux yeux de tous, réussit en tous points, se posera et s’imposera à l’esprit de tout être humain.
La réponse ne nous appartient pas : car des faits nous échappent et nous sont inconnus alors que l’Eternel est en possession de tous les tenants et aboutissants et qu’Il sait appliquer Sa justice.

C’est la raison pour laquelle, cette parasha vient rappeler qu’à tout moment et pour chaque acte, l’homme ne doit se départir de sa responsabilité non seulement pour lui-même mais vis-à-vis de ses propres enfants : d’une part pour leur servir d’exemple mais aussi pour qu’eux n’aient pas à souffrir de l’inconséquence des parents.
L’inconséquence des parents peut se voir à travers d’innombrables manquements à la voie tracée par la Torah mais pas seulement, elle peut se trouver dans un refus de l’adulte à assumer une responsabilité à quelque niveau que cela soit et, par exemple au niveau de l’installation dans le pays que l’Eternel a donné, comme le précisent les deux premiers versets riches d’enseignement de cette sidra :

והיה כי-תבוא אל-הארץ, אשר ה’ אלקיך נתן לך נחלה ; וירשתה, וישבת בה. ולקחת מכל-פרי האדמה, אשר תביא מארצך אשר ה’ אלקיך נתן לך—ושמת בטנא.
Quand tu arriveras dans le pays que l’Eternel te donne en héritage, quand tu en auras pris possession et t’y seras établi, tu prendras des prémices de tous les fruits de la terre, récoltés par toi, dans le pays que l’Eternel t’aura donné et tu les mettras dans une corbeille.

כי-תבוא en inversant les lettres du mot tavo l’on peut lire le mot avot : en effet, il est ici question de la terre que D. a promise à Avraham à Isaac et à Jacob en héritage : tout ce peuple qui est sorti d’Egypte et qui a erré 40 ans durant se trouve à présent au moment de l’entrée en pays de Canaan. Cette promesse faite à Abraham où D. dévoila au patriarche un aspect de ce qui deviendra l’histoire d’Israël c’est-à-dire que le fils d’Avraham et Sara donnera naissance à une descendance qui s’avèrera nombreuse mais qui pendant un temps sera avilie, humiliée et piétinée parce qu’elle ne sera pas sur sa terre, reviendra à cette patrie, ce pays qui a été promis aux patriarches où il sera le maître mais, saura se conduire avec aménité avec les étrangers.
Le mouvement « perpétuel » du peuple hébreu (עברי) est de quitter le pays où il est né, pour aller droit devant lui vers un pays que Dlui désigne, sans regarder en arrière, sans rien regretter et pas comme Edith, la femme de Loth qui a regardé derrière elle au moment de partir de Sodome ! Abraham et Sarah ont quitté Haran, sans se retourner, sans rien regretter en faisant confiance à D. et non pas comme ceux qui, bien qu’ayant assisté aux prodiges et aux miracles que D a faits en Egypte se sont mis à regretter les concombres, les poissons, l’ail et les melons d’Egypte ! Puis, Abraham a dirigé ses pas vers l’Egypte y a subi des épreuves avant de quitter ce pays étranger pour revenir en Canaan.

En quittant l’Egypte, les enfants d’Israël ont subi des épreuves de manière à être purifiés du pays étranger et rentrer purifiés dans le pays promis en héritage des pères.
Les étapes sont celles-ci: tu devras venir du verbe לבא et puis tu recevras le pays en héritage, tu t’installeras ce qui implique un acte supplémentaire c’est de pratiquer des semences car, le commandement suivant est de prélever tous les prémices de la terre et de les offrir au Temple de Jérusalem, après qu’ils auront été disposés dans une corbeille.
Ces étapes viennent clairement schématiser le fait que : s’installer dans ce pays doté de principes extra ordinaires passe par un processus particulier et par le fait que toute action comme toute offrande doit être d’un « parfum agréable » à l’Eternel pour permettre au peuple de se sentir chez lui, et d’y rester de façon permanente et se conduire avec aménité vis-à-vis des étrangers car nous aussi avons été exilés en terre étrangère.

Remercier pour tout ce que nous donne Hachem

Comparativement aux péricopes précédentes, celle-ci ne contient que peu de commandements mais dès le début de ce vingt-sixième chapitre du Deutéronome nous trouvons un commandement concernant les « bikourim » désignés dans le texte par le mot « reshit ».
Cette mitsva de présenter les prémices des cultures au Temple dans un panier s’accompagne d’un autre acte qui n’est stipulé pratiquement que lors de la présentation des prémices : la prosternation.

La prosternation est aussi un commandement s’adressant à Moshé, Aharon et ses fils et aux 70 « zekenim ».
La prosternation fait partie du rituel de kippour. D’après le midrash Tanhouma, Moïse avait « vu » par prophétie que les Temples seraient détruits et que, par conséquent, toutes les offrandes et tous les sacrifices n’auraient plus lieu, il instaura le devoir de prier 3 fois par jour.
La Guemara nous rappelle pourtant que les trois patriarches avaient eux-mêmes prié trois fois par jour: Abraham, le matin, Isaac à midi ou l’après-midi et Jacob le soir. Alors, qui a la primauté de ces trois prières quotidiennes ?
En suivant le commentaire du Rambam sur le traité de guemara « houline », nous apprenons un principe important : c’est que l’on n’observe pas de mitsvoth d’après l’exemple des patriarches mais parce que Moïse nous a ordonné de le faire !

Le mot « bikourim » n’est pas employé dans ce texte mais il est écrit : « réshith » ראשית. L’on pourrait alors s’interroger sur cette différence d’appellation mais, Maïmonide nous éclaire judicieusement : « les prémices du blé, du vin et de l’huile » sont importants car, de même que l’homme consacre au service pontifical son premier-né ou prémices de ses forces, lorsque l’homme fait de la pâte avec la farine du blé il doit prélever la « hala », il doit consacrer le vin et l’huile pour le culte.
Une partie de ce qui est récolté doit être offert à D. De cette manière l’homme publie de façon on ne peut plus officielle le fait qu’il reconnaît la Suprématie du Créateur sans les bontés duquel l’homme ne pourrait vivre. D. a donné des règles à suivre pour pouvoir profiter largement de l’abondance accordée par le Créateur.

Tout de suite après cette mitsva des bikourim, apparaît un autre commandement : « Etre joyeux pour tout ce que l’Eternel te donne ».
En effet, nous, pauvres êtres humains, ne songeons pas toujours à remercier D. pour ce que nous recevons de Lui, sans doute parce que parfois cela nous semble naturel comme marcher, parler, voir ou entendre mais si nous nous donnions la peine de réfléchir et de regarder autour de nous : certains ne peuvent se mouvoir, bouger, voir ou s’exprimer et alors, nous devons être heureux et nous réjouir pour ce que nous possédons et que d’autres rêveraient d’avoir !!!

Dans peu de temps, nous accueillerons une nouvelle année et nous devrions nous montrer empressés de nous efforcer de mieux adhérer à la Torah גe faire teshouva, c’est-à-dire de manière plus concrète de revenir humblement et avec amour vers HaShem qui nous permet de fleurir et de prospérer…
Cette sidra montre on ne peut plus clairement à quel point le chemin vers le bien, la récompense et la bénédiction est direct si l’homme observe convenablement les préceptes divins, et comment, si ces mêmes préceptes sont méprisés et bafoués l’homme peut recevoir sa part de punition, de malédiction.
Lors des débuts de la vie de l’homme et de la femme, Adam et Eve, pour avoir désobéi à D., le serpent a eu à subir une punition et non des moindres : le serpent était pourvu de pattes, après avoir sciemment induit l’homme en erreur, le serpent a subi sa peine : ramper dans le sable toute son existence.
L’homme a subi la sienne : alors qu’il était d’une dimension hors normes dirait-on, il a vu sa taille diminuer.

En s’installant dans ce pays offert par D. à Son peuple, les étapes à suivre viennent clairement schématiser le fait que : s’installer dans ce pays doté de principes extra ordinaires passe par un processus particulier et par le fait que toute action comme toute offrande doit être d’un « parfum agréable » à l’Eternel. Le peuple ainsi se sentira chez lui.
Pour y rester de façon permanente il devra se conduire avec aménité vis-à-vis des étrangers car nous devons nous souvenir que nous aussi, avons été exilés en terre étrangère.

Caroline Elisheva REBOUH.
ד »ר קרולין אלישבע רבוה בן אבו Etudes Juives

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