Les dirigeants préférés des Palestiniens? Des chefs terroristes!

Les dirigeants préférés des Palestiniens: un terroriste condamné du Fatah ou le Hamas

par Bassam Tawil

Près de trois ans après le massacre perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023 en Israël et suite à la guerre dévastatrice dans la bande de Gaza, on aurait pu s’attendre à un changement fondamental dans l’opinion publique palestinienne.

Les Palestiniens auraient pu se détourner du Hamas, du terrorisme et de l’« Axe de la résistance » soutenu par l’Iran. Ils auraient également pu exiger de nouveaux dirigeants attachés à la démocratie, aux réformes, à la fin de la corruption et à la coexistence pacifique.

Le dernier sondage d’opinion publique palestinien dresse cependant un tableau inquiétant.

L’ enquête , menée par le Centre palestinien de recherche politique et d’enquêtes (PSR) en Cisjordanie et dans la bande de Gaza entre le 5 et le 8 août 2026, révèle que malgré le recul du soutien au Hamas, les attitudes politiques fondamentales qui minent la société palestinienne depuis des décennies demeurent largement intactes. Le Hamas reste une force politique majeure; des terroristes condamnés et des dirigeants du Hamas restent des candidats populaires à la présidence de l’Autorité palestinienne ; une très large majorité s’oppose au désarmement inconditionnel du Hamas ; et l’Iran, le Hezbollah et les Houthis au Yémen continuent de bénéficier de taux d’approbation remarquablement élevés.

La découverte la plus alarmante concerne peut-être l’identité des futurs dirigeants palestiniens.

Interrogés sur la personne la plus apte à succéder au président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, 39 % ont désigné Marwan Barghouti, chef du Fatah emprisonné. Khalil al-Hayya, chef du Hamas, arrive en deuxième position avec 16 %, suivi de Mohammed Dahlan, ancien responsable du Fatah, avec 15 %.

Dans une hypothétique élection présidentielle opposant Abbas, Barghouti et al-Hayya, Barghouti recueillerait un score impressionnant de 54 % des suffrages exprimés par les électeurs probables. Al-Hayya obtiendrait 26 %, tandis qu’Abbas n’en recueillerait que 14 %.

Qui est Marwan Barghouti ?

Il ne s’agit pas d’un dissident politique palestinien emprisonné. Un tribunal israélien l’a condamné en 2004 pour cinq chefs d’accusation de meurtre liés à trois attentats terroristes.

Il a également été reconnu coupable de tentative de meurtre et d’appartenance à une organisation terroriste. Barghouti a été condamné à cinq peines de prison à perpétuité consécutives, assorties de 40 années supplémentaires.

Pourtant, c’est cet homme que la majorité des électeurs palestiniens potentiels souhaiteraient voir devenir leur prochain président.

Le candidat arrivé en deuxième position est le chef du Hamas. Ce seul fait devrait susciter l’inquiétude à Washington, Bruxelles et dans les autres capitales occidentales qui persistent à parler des élections palestiniennes comme si le vote, à lui seul, allait miraculeusement instaurer la modération et la démocratie.

Les élections législatives de l’Autorité palestinienne sont prévues pour le 28 novembre 2026, et l’élection présidentielle devrait avoir lieu début 2027. Le sondage PSR donne un aperçu des conséquences possibles de ces élections. Si elles se déroulaient aujourd’hui, le Fatah obtiendrait 32 % des voix et la liste « Changement et Réforme » du Hamas 29 %. Dans la bande de Gaza, le Hamas arriverait en tête avec 34 % des suffrages, contre 30 % pour le Fatah.

Autrement dit, le Hamas pourrait encore remporter une autre élection de l’Autorité palestinienne (comme il l’a fait en 2006).

Il s’agit du même Hamas qui a perpétré le massacre du 7 octobre. Pourtant, malgré tout ce qui s’est passé depuis, ce groupe terroriste reste à portée de tir du Fatah lors des élections.

Il est vrai que le Hamas a perdu du soutien. L’identification globale au Hamas est passée de 35 % il y a dix mois à 24 %. La satisfaction quant à son action durant la guerre de Gaza a chuté de 60 % à 42 %.

Ces changements ne doivent pas être ignorés. De plus, il ne faut pas les confondre avec un rejet palestinien du Hamas ou de son idéologie.

Interrogés sur la faction la plus digne de les représenter et de les diriger, les Palestiniens voient toujours le Hamas devancer le Fatah d’Abbas : 28 % contre 21 %. Un pourcentage encourageant de 44 % estime qu’aucune des deux factions ne mérite de diriger, mais le Hamas demeure néanmoins un acteur politique majeur et conserve le soutien de près d’un quart de la population.

Ce que disent les Palestiniens au sujet des armes du Hamas est encore plus révélateur.

Une écrasante majorité (72 %) estime que le Hamas ne devrait pas désarmer avant le retrait complet d’Israël de la bande de Gaza. Seuls 20 % sont favorables à un désarmement avant un retrait israélien total. L’opposition au désarmement du Hamas atteint 79 % en Cisjordanie et 62 % à Gaza.

C’est un point crucial. Le problème n’est donc pas de savoir si les Palestiniens approuvent ou désapprouvent les agissements du Hamas. La question est de savoir s’ils estiment que le Hamas devrait être autorisé à conserver ses armes et à continuer de fonctionner comme une organisation armée.

La réponse de près des trois quarts des personnes interrogées est claire : oui, au moins jusqu’à ce que la condition du Hamas, à savoir un retrait israélien total, soit remplie.

Cela devrait particulièrement préoccuper l’administration Trump et tous ceux qui attendent du Hamas un désarmement dans le cadre des derniers accords sur Gaza. Le Hamas n’agit pas en vase clos. Il sait qu’une large majorité de Palestiniens s’oppose à ce qu’il soit contraint de rendre ses armes avant un retrait israélien.

Le sondage montre également pourquoi un engagement américain direct auprès du Hamas est dangereux.

L’envoyé américain Jared Kushner a récemment rencontré le chef du Hamas, Khalil al-Hayya, et d’autres responsables du Hamas au Caire, dans le cadre des efforts américains visant à faire progresser le plan de paix pour Gaza du président Donald J. Trump.

Quelles que soient les intentions de l’administration, de telles réunions offrent au Hamas ce qu’il recherche depuis des années : une légitimité internationale.

Lorsque des représentants de la première superpuissance mondiale s’assoient directement avec les dirigeants du Hamas, ce dernier peut présenter cette rencontre aux Palestiniens, aux Arabes et aux musulmans comme la preuve du succès de sa stratégie.

L’organisation terroriste désignée par les États-Unis qui a perpétré le massacre du 7 octobre n’est plus seulement soumise à des pressions pour se rendre ; ses dirigeants sont assis en face de hauts représentants américains.

Le message est clair : le terrorisme paie. Si vous commettez des attentats, prenez des otages, conservez vos armes et survivez assez longtemps, les Américains finiront par négocier avec vous.

Cette perception est particulièrement dangereuse à quelques mois des élections palestiniennes. Au lieu d’isoler politiquement le Hamas, un dialogue direct au plus haut niveau contribue à présenter ce groupe terroriste comme un acteur régional incontournable.

Le sondage PSR contient un autre avertissement : l’admiration des Palestiniens pour l’Iran et ses alliés terroristes reste extraordinairement élevée.

Au Yémen, le taux de satisfaction à l’égard des Houthis s’élève à 61 %. Le Hezbollah et l’Iran recueillent chacun 50 %. Par ailleurs, interrogés sur leur position durant la récente guerre Iran-Américaine, 45 % des Palestiniens se sont déclarés favorables à l’Iran, contre seulement 12 % qui s’y sont opposés.

Ces chiffres sont difficiles à concilier avec les affirmations selon lesquelles la société palestinienne est en pleine transformation vers la modération.

Les Houthis ont attaqué Israël, l’Arabie saoudite et le transport maritime international. Le Hezbollah agit depuis longtemps comme un mandataire lourdement armé de l’Iran au Liban. L’Iran finance et arme des groupes terroristes dans tout le Moyen-Orient, notamment le Hamas et le Jihad islamique palestinien.

Pourtant, ce sont parmi les acteurs régionaux qui obtiennent les taux de satisfaction palestiniens les plus élevés.

Il faut reconnaître que le sondage présente certains résultats encourageants. Le soutien à la lutte armée comme stratégie la plus efficace a diminué , passant de 41 % à 27 %, tandis que le soutien aux négociations a augmenté, passant de 36 % à 44 %. Ce sont des changements significatifs.

Cependant, même dans ce cas, la prudence est de mise. La moitié des Palestiniens rejettent toujours l’idée que la résistance armée n’ait pas permis de protéger les Palestiniens ni de mettre fin au conflit, malgré les destructions subies à Gaza et dans certaines parties de la Cisjordanie. De plus, 36 % sont toujours favorables à une reprise des affrontements et à une intifada armée (soulèvement) contre Israël.

L’Autorité palestinienne, quant à elle, est confrontée à sa propre crise de légitimité.

79 % des Palestiniens souhaitent la démission d’Abbas. 83 % estiment que la corruption sévit au sein des institutions de l’Autorité palestinienne. 65 % considèrent que l’Autorité palestinienne est devenue un fardeau plutôt qu’une réussite pour le peuple palestinien. Seuls 20 % sont satisfaits de l’action d’Abbas.

Cela soulève une question à laquelle les gouvernements occidentaux devraient répondre avant de célébrer l’annonce de nouvelles élections palestiniennes : que sont précisément censées accomplir ces élections ?

Les élections ne sont pas automatiquement synonymes de démocratie, de modération ou de paix.

L’Autorité palestinienne a organisé des élections législatives en 2006. Le Hamas y a participé et a remporté le scrutin. Un an plus tard, le Hamas a pris le contrôle de la bande de Gaza par la force.

Les Palestiniens pourraient désormais se diriger vers de nouvelles élections où le Hamas pourrait à nouveau s’imposer comme la principale force politique, ou du moins conserver une influence politique prépondérante. Parallèlement, le principal candidat à la présidence de l’Autorité palestinienne purge cinq peines de prison à perpétuité dans un pénitencier israélien, et son principal rival islamiste est le chef du Hamas.

Pourquoi, dès lors, la communauté internationale devrait-elle se précipiter vers des élections susceptibles de légitimer les extrémistes et les terroristes plutôt que de les marginaliser ?

Avant les élections, les Palestiniens ont besoin d’une véritable réforme politique. L’Autorité palestinienne a besoin d’institutions responsables, de tribunaux indépendants, de la liberté d’expression, de la fin de la corruption et, surtout, d’une culture politique qui ne glorifie pas les terroristes et ne considère pas les groupes armés comme des alternatives légitimes au gouvernement.

Bassam Tawil est un Arabe musulman installé au Moyen-Orient. Son travail est rendu possible grâce au généreux don d’un couple souhaitant garder l’anonymat.

Photo : Affiche de Barghouti en uniforme de prisonnier, dans un local de campagne à Ramallah, le 3 mars 2021. (Photo : Abbas Momani/AFP via Getty Images)
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