La stratégie dangereuse du régime iranien: survivre à Trump et revenir plus fort
par Majid Rafizadeh
Depuis des décennies, le régime iranien dissimule ses intentions stratégiques derrière l’ambiguïté, les démentis et des déclarations soigneusement mesurées. Sa stratégie actuelle est désormais inhabituellement explicite.
Des propos récents attribués à Majid Shakeri, conseiller du président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, laissent entendre que Téhéran estime que la victoire ne passe pas nécessairement par une défaite militaire des États-Unis, mais par une gestion de la confrontation jusqu’à la fin du mandat du président Donald Trump en janvier 2029.
Shakeri décrit cette approche comme le maintien d’un état ni de guerre ni de paix, l’exercice d’ une « patience stratégique » et le fait de « composer avec lui [le président Trump] jusqu’à la fin de son mandat ». C’est une stratégie que Washington et ses alliés devraient prendre au sérieux.
Pour le reste de la présidence de Trump, le régime prévoit de jouer à un jeu bien connu d’ouverture et de fermeture du canal, de négociations intermittentes, de recours à des intermédiaires, de présence à la table des négociations puis de retrait. Avant même qu’on s’en aperçoive, deux ans se seront écoulés.
La seule priorité, c’est de survivre à Trump.
Le régime iranien prévoit manifestement de contrôler qui passe, à quelles conditions, et d’imposer des frais ou des « services de navigation » dès que Trump quittera ses fonctions.
La richesse que l’Iran obtiendrait en extorquant les marchés mondiaux de l’énergie revigorerait son soutien aux milices supplétives et aux groupes terroristes, et surtout — avec l’aide continue de la Chine, de la Russie et de la Corée du Nord — la police d’assurance ultime du régime : son programme nucléaire, qui serait maintenant dissimulé sous la montagne Pickaxe.
Les nations libres sont-elles prêtes à accepter une théocratie révolutionnaire expansionniste qui rejette totalement les normes occidentales et viole la liberté de navigation en tant que gardienne permanente d’un point de passage maritime stratégique ? Probablement.
C’est le danger de laisser un travail inachevé. La campagne de Trump a déjà causé de sérieux dégâts. Laisser le régime en place poursuivre le développement d’armes nucléaires et asseoir son contrôle sur le détroit d’Ormuz et le détroit de Bab el-Mandeb à l’entrée de la mer Rouge reviendrait à dilapider cet avantage.
L’objectif nécessaire est la capitulation sans condition, et non un accord bidon.
La seule réponse responsable est de priver le régime de cette opportunité. Il faut maintenir la pression économique, reprendre la pression militaire, destituer tous les échelons du pouvoir, soutenir ceux qui, en Iran et à l’étranger, sont prêts à mettre fin au règne de la théocratie, et refuser toute issue autre qu’une capitulation totale et inconditionnelle. Faute de quoi, Trump restera dans l’histoire comme celui qui a inauguré un monde bien plus dangereux.
Majid Rafizadeh est politologue, analyste diplômé de Harvard et membre du comité de rédaction de la Harvard International Review. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur la politique étrangère américaine
JForum.fr avec gatestoneinstitute.org
Photo : Un missile balistique Fattah est présenté lors du défilé militaire annuel à Téhéran, le 22 septembre 2023. (Photo AFP via Getty Images)
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