Autour de la table de Chabbath n° 551 Choftim
Emouna, la Foi en Hachem ?
Au début de notre paracha est enseignée la Mitsva de placer des tribunaux rabbiniques afin de rendre la justice selon la Tora entre les membres de la communauté juive. Parmi les lois liées aux jugements on trouve l’interdit du « Cho’had », le « Bakchich » c’est-à-dire que les plaignants n’ont pas le droit, d’après notre sainte Thora, de payer des pots de vins aux juges afin qu’ils fassent pencher le jugement en leur faveur.
Au début du Quovets Maamarim, le Rrv Elhanan Wasserman zatsal explique un principe sur ce phénomène. Mais avant cela, il pose une question : pourquoi existe-t-il des gens septiques concernant l’existence de Hachem et la création du monde ? On constate, que parmi les Nations de ce monde, de grands savants comme Aristote ne sont pas arrivés à la croyance en un D’ unique. Donc comment la Tora peut demander à chaque Juif dès l’âge de la Bar Mitsva de croire en D’, en la Tora et les Mitsvoth ? Pour mes lecteurs de plus en plus nombreux, Ken Yirbou, jusqu’au lointain Cameroun et même du Congo de la ville de Pointe noire, il est bon à savoir que toute personne de la communauté âgée de plus de 13 ans doit pratiquer toutes les Mitsvoth. Or la première d’entre elles, d’après le décompte du Rambam, est la Mitsva de la croyance au D’ unique. Donc si les plus grands savants du monde n’ont pas adhéré à cet axiome de base, qu’il existe un D’ unique et Maître sur terre, comment la Tora peut-elle obliger à partir de treize ans, le jeune à admettre cette donnée si difficile à acquérir ? Intéressante comme question, n’est-ce pas ?
Dans son développement, le rav Wasserman explique que la Emouna, la foi en Hachem, est quelque chose de très facile à appréhender ! Il n’y a qu’à voir le monde, l’immensité de la mer par exemple la vue splendide qu’ont les vacanciers des hauteurs de Netanya sur le littoral ou, lehavdil, les Alpes, pour comprendre que TOUT a été créé par la Libre Volonté de Hachem ! Or mes lecteurs le savent parfaitement bien, si le grand oncle d’Amérique vient faire un passage remarqué dans sa famille restée au pays de la douce France et qu’il achète un magnifique +quad 4/4 dernier cri pour la plus grande satisfaction de ses neveux, lorsque notre oncle donnera les clefs (du 4/4), il dira : « Mes chers enfants je suis si content de vous voir que j’ai tenu à vous acheter ce jouet en signe d’amour ». Mais notre oncle, même s’il est riche comme Crésus, ne mettra jamais le quad, flambant neuf, dans la rue en face de l’habitation avec un grand écriteau : « SANS PROPRIETAIRE » ! Car il est certain qu’un homme équilibré ne fera jamais de multiples efforts entre l’achat, et le transport pour mettre un objet de valeur à la disposition de tout public, n’est-ce pas ? Donc si Maître Capello m’a bien suivi dans cette profonde démonstration, à plus forte raison, Celui qui a créé ces magnifiques plages et l’immensité des océans et aussi la savane africaine ne l’a pas fait parce qu’Il s’ennuyait (pardonnez-moi pour l’expression). Donc il est clair, comme l’eau de source, claire et limpide, que Celui qui a créé ces monts et ces océans l’a fait pour un but bien défini : qu’un peuple vienne le servir, à l’image de l’oncle américain qui fait cadeau du quad à ses neveux afin de resserrer les liens familiaux… Cqfd.
Le rav continue et demande : si c’est tellement simple alors pourquoi y-a-t-il tant de gens qui ne partagent pas cet axiome si évident ? Il répond à partir de notre paracha. Dans toute cette création il existe un énorme bakchich ! En fait, pour arriver à la résolution exacte d’un problème, il faut enlever les intérêts que l’homme a de part et d’autre de la balance. Tant que l’homme n’arrive pas à se défaire des intérêts préliminaires, alors automatiquement son esprit ne sera pas libre de trancher le problème en toute sincérité !
La Guemara Ketouvoth (105) donne l’exemple de Rabbi Yichmaël qui devait juger son métayer sur une certaine affaire. Cependant, le jour du jugement, il est venu voir son maître qui était aussi son juge, avec une corbeille de fruits lui représentait le paiement de la semaine de location du champ. Seulement son habitude était de le payer toutes les veilles de Shabbat et là, son métayer a avancé le paiement au jeudi, jour du jugement. Rabbi Yichmaël lui dira alors qu’il est impropre à le juger, car le fait d’avoir avancé le paiement hebdomadaire est assimilé à un Cho’had !
De là le rav Wasserman dit que si pour un tout petit pot de vin un grand Sage s’est rendu impropre à juger une affaire, alors que dira-t-on pour nos questions fondamentales ?
Un homme qui n’a pas été éduqué dans la pratique de la Tora et des Mitsvoth aura beaucoup de mal à accepter son erreur. On est trop bien installé dans la routine avec ses mauvaises habitudes qui font tinter à l’oreille : « Maurice, enfin, tu ne vas quand même pas aller au cours du Lundi soir, le rabbin va te dire de ne pas aller au ciné le samedi ou il te dira de changer ton portable ! C’est impossible etc. ». Donc de cette Mitsva du Cho’had il sort un principe imparable, c’est que l’homme n’appliquera sa jugeote que lorsqu’il aura préalablement enlevé ses préjugés et autres intérêts! Et ce principe universel s’exerce dans de nombreux domaines de la vie, il n’y a qu’à ouvrir les yeux pour se rendre compte de l’étendue du travail à accomplir !
Le Sippour
La force de la prière
Cette semaine je vous ferais partager ce sippour véridique que rapporte le rav/Conférencier Chlomo Brawerman chlita. C’est vrai qu’une bonne partie de mes lecteurs sont encore en pleine vacances tandis que ce sippour nous ramènera dans une réalité très sombre, cependant son message n’est pas temporel et aussi nous renforcera à l’approche des jours redoutables (Roch Hachana-Kippour) qui s’approchent.
Il s’agit d’un témoin des atrocités nazies qui habitait à Bené Braq : le rav Avraham Moses (Rehov Haguaï), un juif ‘hassid. Il raconte : « J’habitais en Hongrie, j’étais jeune à l’époque (semble-t-il dans les 13 ans) et dans les années 44 les nazis ont envahi le pays et ils ont déporté une grande partie de la population juive vers le camp d’Auschwitz (Pologne). Seulement ma famille a été déportée vers un autre camp (de travail) dans les environs de Vienne (Autriche). Dans le train à bestiaux qui nous a transportés la promiscuité était si grande que les vieillards et les plus jeunes n’ont pas survécu. Il n’y avait ni à boire ni à manger… La soif était terrible. Les gens se piétinaient les uns les autres et à notre arrivée nous n’avions plus de forces physiques ni psychiques. Les survivants du convoi ont été affectés à une fabrique de vêtement pour les soldats germains. Nous étions du matin au soir devant des machines à tisser. Notre père était aussi à la tache seulement à tout moment il était en train de prier. Le reste du groupe était dans la plus grande des peines et disaient à mon père comment peux-tu faire des prières dans de pareilles conditions ? Nous étions tellement dévalorisés par les allemands que l’on se demandait à quoi cela servait de faire des prières ? Nous ressentions comme si Hachem nous avait délaissés. Par contre mon père répondait à chaque fois : ‘Je suis certain que Hachem est proche de nous comme il est écrit : ‘D’ est proche de tous ceux qui L’appelle. Hachem désire notre prière dans ces moments difficiles ». Mon père multipliait les prières alors qu’il était devant sa machine. De notre côté nous étions dans la peur que les nazis le découvrent car ils patrouillaient fréquent dans les ateliers. Nous disions à notre père : ‘Ce n’est pas le moment de faire ta Tefila ! Et pourtant il continuait. Le jour qu’on craignait, arriva. Un responsable nazi passa dans les rangs et vit notre père qui faisait sa Tefila. Il cria « Qu’est-ce que tu fais ? » Notre père répondit en toute quiétude : ‘Je prie le Ribono Chel ‘Olam, le Maître du monde ! » Je savais que c’était sa fin…Je tremblais de peur pour lui. Seulement s’est déroulé un grand miracle, le contrôleur dit : « Prier c’est quelque chose d’important… à partir de maintenant tu vas prier pour la réussite du 3ème Reich« . La réponse du nazi nous a complétement désarçonné. Le contrôleur organisa même une pièce pour notre père et lui dit : ‘Tu resteras dans cette pièce pour prier toute la journée ! ». Le nazi a fait en sorte que la pièce soit chauffée et il rajouta : « Si des gradés venaient découvrir le subterfuge tu devras faire comme si tu déplaçais des objets en disant que tu répares l’endroit pour des soldats qui doivent venir ». Tandis que le responsable disait à notre père de rester à prier (Tehilim) dans la pièce chauffée, tout travail supplémentaire il le demandait aux autres détenus de le faire à sa place. Le froid était glacial dans l’usine et lorsqu’un de mes frères ou ma mère voulait se réchauffer ils allaient dans la pièce où vivait mon père qui était chauffée et éclairée. Durant cette période, nous avons vu la force de la prière.
Une fois, des gradés sont venus dans l’usine et ont demandé à envoyer notre père vers Auschwitz, le contrôleur leur a dit : ‘Laissez-le, c’est le meilleur élément de toute l’usine ! » Dans la plus grande des obscurités nous avons vu que Hachem écoute la prière de ceux qui Le craignent.
Une autre fois, les nazis ont constaté que les toilettes de l’usine avaient été cassées. Leur rage était sans borne, ils ont sommé le groupe de dénoncer celui qui était le responsable et sinon qu’ils allaient tous être liquider (nous étions plusieurs centaines). Mon père prit conseil auprès du rav de l’usine s’il pouvait se déclarer comme l’auteur du sabotage afin de sauver tout le monde (bien qu’il doive y passer). Le rav, dans sa grande humilité, n’a pas voulu lui répondre car c’était une question de vie ou de mort… Au final mon père endossa la responsabilité du dommage. Notre père savait qu’il allait à sa mort certaine mais il sentait une si grande proximité avec Hachem qu’il voulait éviter le pire pour les centaines de travailleurs, il disait : « Je veux me sacrifier pour mes frères juifs/Teir Brödé… ». Il se tourna vers le responsable est déclara : ‘Je suis le fauteur ! » L’allemand garda le silence une petite minute (nous étions dans la grande frayeur). L’allemand dit : « Je ne te crois pas ! » Et il ne l’a pas touché ! Suite à cela il a interdit quelques jours la ration alimentaire à tous les ouvriers/esclaves. La faim nous tenaillait mais notre père était heureux de son geste. Le rav du campement lui dit : ‘Je t’envie pour cette Mitsva que tu as accomplie par souci de sacrifice pour toute la communauté ».
Vers les derniers mois de guerre les nazis ont fait un édit scélérat : toutes les familles parents et enfants devaient être transférées vers un autre camp (Auschwitz). Tous ceux qui avaient des enfants prirent peur. Un des médecins de l’usine proposa à notre père un document certifiant qu’il n’avait pas de descendance dans l’usine. Sa réponse fut : « J’ai déjà vu assez de fois combien Hachem m’a secouru tout le long de cet internement et je peux m’appuyer sur Lui sans avoir aucune crainte, « en Toi j’ai confiance je n’aurais pas honte j’enlèverais toute crainte de mon cœur et je placerais tout sur Hachem ».
Aves toutes ces épreuves notre père avait appris qu’il ne fallait pas faire trop d’efforts (Hishtadlout) il faut avoir seulement confiance en Hachem. Finalement les nazis nous ont parqués dans un train en direction d’Auschwitz. Le plan était diabolique : faire disparaitre tous les témoins (jeunes) qui avaient vu les atrocités pratiquées par les nazis. Après quelques jours de voyage en trains à bestiaux les alliées ont bombardé les lignes de chemins de fer (ndlr depuis 1942 les américains étaient au courant d’Auschwitz mais ne sont pas intervenus, ni bombardés les lignes de chemins de fer ni même les fours crématoires qui fonctionnaient à merveille alors qu’il suffisait d’un seul bombardier pour stopper la machine d’extermination nazi… le sang juif ne valait pas un sous…). Nous étions à quelques kilomètres du camp mais nous ne pouvions pas continuer le trajet donc nous avons reculé en direction d’un autre camp ‘Strassov » (et là-bas il n’y avait pas de travail) et les conditions étaient pires qu’à Vienne. Seulement c’était notre délivrance. Car tous ceux restés à Vienne dans les dernières semaines de la guerre ont dû faire les marches de la mort. Les nazis prenaient les rescapés de tous les camps et les obligeaient jour après jour à marcher sans manger ni boire et celui qui ralentissait son allure était automatiquement abattu… Paix en leurs âmes…
Fin du Sippour véritable (de la part du fils Avraham qui a longtemps vécu à Bené Braq) pour nous apprendre que la Tefila sincère même si des fois ce n’est pas le beau fixe (nous ne sommes pas devant les cocotiers de la belle plage des îles…) nous apportera la vraie délivrance espérée.
Chabbat Chalom
David Gold
Tél : 00 972 55 677 24 63
Email : [email protected]
A la semaine prochaine, si D’ le veut !
Birkat Mazel Tov pour le rav David Bellaich et son épouse (Modiin Elit) à l’occasion du mariage de leur fils.
Et aussi : pour le Zivoug Haguoun de Albert Avraham Ben Jacqueline Sultana.
La source de cet article se trouve sur ce site

