Que dit réellement la feuille de route pour Gaza
par Pierre Rehov
Tout repose alors sur une question que l’annonce a laissée sans réponse: le Hamas a-t-il accepté de renoncer au pouvoir et à l’armement qui l’ont défini pendant des décennies, ou seulement de changer l’étiquette qu’on leur appose ?
La même clause de la feuille de route désigne le dépositaire : le nouveau NCAG palestinien [Comité national pour l’administration de Gaza], et stipule qu’« aucune arme ne doit être transférée ou remise à Israël ou à des parties non palestiniennes ». Qu’est-ce qui pourrait mal tourner ?
Lorsque cette séquence sera terminée, seul le NCAG palestinien sera autorisé à détenir et à contrôler des armes dans la bande de Gaza.
Le Hamas a passé près de quatre décennies à transformer les trêves en arsenaux.
En 2005, Israël a retiré tous ses soldats et expulsé tous les résidents juifs de la bande de Gaza, et ce qui s’y est développé depuis est une machine de guerre soutenue par l’Iran : des roquettes, un vaste réseau de tunnels terroristes, des usines d’armement implantées dans des quartiers densément peuplés et un système scolaire qui enseigne aux enfants que le terrorisme est une carrière.
Des milliards de dollars d’aide internationale, destinés au logement, aux dispensaires et à l’emploi, ont été débloqués. Au lieu de cela, ces fonds ont servi à produire des armes et à construire un réseau militaire souterrain d’au moins 560 kilomètres de tunnels, comportant 5 700 puits d’entrée, et des centres de commandement installés dans et sous des hôpitaux.
Durant ce cessez-le-feu, le Hamas a, selon les estimations des services de renseignement militaire israéliens, reconstitué ses forces à environ 27 000 hommes armés. Le mouvement continue de verser des salaires mensuels à quelque 49 000 fonctionnaires, gère 13 municipalités et les ministères de l’Économie, de l’Éducation, de la Santé et des Affaires sociales, perçoit des taxes sur le commerce et détourne les fonds d’aide internationale. Il contrôle toujours environ 40 % de la bande de Gaza, la partie la plus peuplée du pays.
Les clans ayant combattu le Hamas sont exclus. Le Hamas lui-même est simplement traité, « vérifié », réaffecté et continue de percevoir son salaire.
La vérification repose sur des institutions qui fonctionnent à peine… Certifier la démilitarisation d’un territoire abritant 27 000 terroristes du Hamas entraînés et lourdement armés n’est pas une mission pour un projet pilote à l’échelle d’une entreprise.
Au-dessus de cette force se trouve un Conseil exécutif de Gaza où siègent la Turquie et le Qatar, deux gouvernements dont l’utilité pour Washington tient précisément à leur accès au Hamas. Le Qatar, soutien indéfectible du Hamas, a été invité à certifier le désarmement de son allié.
« Le Qatar est en tête du financement du terrorisme mondial… encore plus que l’Iran », selon Udi Levy, ancien haut responsable du Mossad, le service de renseignement israélien, spécialisé dans la guerre économique contre les organisations terroristes.
Le Qatar considère très probablement que sa seule mission à Gaza est de s’assurer que le Hamas reste armé et au pouvoir pour faire avancer le programme des Frères musulmans, dont le Hamas est, en grande partie grâce au financement du Qatar, la branche palestinienne.
Le Qatar, bien sûr, par le biais de son empire médiatique Al Jazeera, est le principal porte-voix des Frères musulmans au Moyen-Orient et en Asie du Sud.
La devise des Frères musulmans est : « Allah est notre objectif ; le Prophète est notre guide ; le Coran est notre loi ; le djihad est notre voie ; mourir pour la cause d’Allah est notre plus grand espoir. »
Dans le cadre du plan de paix de Trump de septembre 2025, l’armée israélienne s’est retirée jusqu’à une ligne lui permettant de contrôler environ 53 % de Gaza, et a depuis étendu son emprise à près de 60 %. C’est cette présence qui a incité le Hamas à signer quoi que ce soit. L’échanger contre un calendrier de « certifications » reviendrait à reproduire la plus vieille erreur de la diplomatie au Moyen-Orient : une concession israélienne irréversible obtenue en échange d’une promesse palestinienne réversible.
Les tunnels doivent être photographiés et détruits ou rendus inutilisables, les installations de production d’armements détruites et non scellées, et toutes les roquettes retirées de Gaza. Les structures de commandement doivent être dissoutes, le Hamas et le Jihad islamique exclus de toute institution armée, y compris la police – et chaque étape doit être validée par les services de renseignement israéliens et américains, et non par un comité siégeant au Caire. Voilà à quoi ressemblerait le respect de ces engagements.
D’ici là, les soldats israéliens qui tiennent la ligne restent le seul mécanisme de vérification dont Israël dispose réellement. Ils doivent rester où ils sont.
Pierre Rehov, diplômé en droit de Paris-Assas, est un journaliste, romancier et documentariste français. Il est l’auteur de six romans, dont « Au-delà des lignes rouges », « Le Troisième Testament » et « L’Éden rouge », traduit du français. Son dernier essai sur les suites du massacre du 7 octobre, « 7 octobre – La riposte », a figuré parmi les meilleures ventes en France.
JForum.fr avec gatestoneinstitute.org
Photo : Trump s’exprime lors du Sommet pour la paix à Gaza à Charm el-Cheikh, en Égypte, le 13 octobre 2025. (Photo : Yoan Valat/Pool/AFP via Getty Images)
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