Gianni Infantino sort le parapluie, mais la fronde s’organise contre sa réélection à la tête de la Fifa

L’énième projet inconsidéré de Gianni Infantino pour l’avenir du foot sera-t-il celui qui marquera sa chute ? On en est encore loin aujourd’hui, mais ce qui paraissait illusoire il y a quelques semaines est peut-être en train de prendre forme. Car l’enchaînement des coups de force fait monter la grogne un peu partout.

La perspective de se retrouver avec une Coupe du monde à 64, la création du Mondial des clubs, le Prix de la paix inventé de toutes pièces pour satisfaire la vanité de Donald Trump, la levée de la suspension de Balogun pendant le Mondial, cela fait beaucoup. Et en peu de temps. Alors la révélation de ce projet de vendre la Coupe du monde en petits morceaux à des investisseurs privés, dont l’entourage proche du président américain, pourrait bien être le dernier élément menant à la disgrâce. On est même tenté de dire qu’il doit l’être.

Un homme providentiel nommé Nasser al-Khelaifi ?

L’exploitation commerciale et marketing à marche forcée au détriment du jeu, de ses acteurs et de ceux qui l’aiment, finira bien par perdre le tout-puissant patron de la Fifa. C’est en tout cas l’idée qu’on se fait de la défense de ce bien commun, universel. Après avoir été la première à réagir de manière vigoureuse à l’annonce de ce plan de société commerciale, la vieille Europe organise la fronde. Selon le média américain Politico, spécialisé dans les jeux de pouvoir, les responsables du football européen envisagent sérieusement de porter un candidat en opposition au grand patron lors de la prochaine élection, en mars prochain.

Cet homme providentiel se nommerait Nasser al-Khelaifi. Le président du PSG a tissé sa toile dans les instances depuis son arrivée en 2011. Entré en 2016 au Conseil exécutif de l’European Club Association (ECA), l’organisation qui représente les clubs auprès de l’UEFA, il en a pris la tête en 2021, après avoir marqué des points au moment de la crise de la Superligue. Elu représentant des clubs professionnels au Comité exécutif de l’UEFA en 2019, il en est également l’incarnation au Conseil de la Fifa depuis 2025. Sans oublier sa casquette de président du groupe beIN Media, acteur majeur des droits télévisés du foot dans le monde – une situation de conflit d’intérêts dénoncée en France par ses détracteurs, au passage. Oui, le personnage a aussi ses zones d’ombre.

D’après Politico, qui en a eu la confirmation auprès de trois hauts responsables du football international, des discussions entre dirigeants européens ont commencé pendant la Coupe du monde, pour aboutir à un consensus sur le nom d’al-Khelaifi. Mercredi, un porte-parole du Qatarien a démenti : « Nasser n’a absolument aucune ambition, aucune intention, aucun intérêt pour le poste à la FIFA », a-t-il déclaré au média américain. Logique, ce genre de bataille ne s’ourdit pas au grand jour.

Infantino sait soigner ses électeurs

Que ce soit al-Khelaifi ou un autre, c’est le moment en tout cas. Comme le dit un responsable de l’Union européenne, « les planètes sont alignées ». Le temps presse, en revanche. Huit mois ne seront pas de trop pour faire le tour des popotes et convaincre le plus largement possible. On le rappelle, chacun des 211 membres dispose d’une voix lors de l’élection du président de la Fifa. Celle du Panama, du Luxembourg, du Swaziland ou des Îles Cook compte autant que celle du Brésil, de l’Allemagne ou de l’Italie, pour prendre les trois pays au palmarès le plus fourni.

Infantino s’appuie sur ce système pour verrouiller sa place. S’il élargit le nombre de participants à la Coupe du monde et promet toujours plus d’argent pour tous, c’est aussi pour s’assurer du soutien des « petits » pays. Et il conserve beaucoup de partisans, notamment dans les Confédérations africaine (CAF) et asiatique (AFC), qui représentent à elles deux 110 pays membres – soit plus de la moitié.

Un graphique on ne peut plus clair.
Un graphique on ne peut plus clair.  - Capture d’écran 20 Minutes

D’ailleurs, la CAF est la seule entité à ne pas avoir critiqué le projet du grand patron, même sur la forme, promettant « d’examiner et d’évaluer l’initiative proposée ». L’AFC, comme la Concacaf (Amérique du nord et Caraïbes), a quant à elle regretté qu’il ait été rendu public sans que les Fédérations aient été sondées avant. Entre s’étonner du manque de concertation et voter pour l’opposition, il y un grand pas.

Quand nous l’avions interrogé pendant la Coupe du monde sur une potentielle remise en cause d’Infantino en raison de toutes les polémiques, l’ancien président du comité de gouvernance de la Fifa Miguel Maduro ne croyait pas en une révolte :

« Infantino va rester au pouvoir. La Fifa génère des revenus absolument colossaux, cet argent est à la disposition de son président, qui l’utilise en partie pour récompenser, à travers les programmes de développement, les présidents et les fédérations qui lui sont loyaux et qui votent pour lui. »

Présenter un candidat d’opposition aurait au moins le mérite d’ouvrir des débats. Car à la Fifa, comme en URSS à l’époque, le président peut être élu par acclamation s’il est seul en lice – c’était le cas pour Infantino en 2023. Deux candidats (ou plus), c’est l’obligation de faire campagne, d’exposer des idées, de prendre en considération les retours du terrain, et in fine de se soumettre à un vrai exercice démocratique. Au premier tour, il faut obtenir les deux tiers des suffrages exprimés. Au second, s’il y a lieu, la majorité simple.

L’Europe en première ligne

Face au mécontentement grandissant, Gianni Infantino a défendu son idée dans une vidéo publiée par la Fifa mercredi soir. Le dirigeant italo-suisse évoque « une proposition, une offre » qui s’inscrit « dans le cadre d’un processus démocratique ». « Surtout, c’est une opportunité, mais pas une obligation », martèle-t-il, comme pour effacer l’impression de passage en force. En contradiction avec la date butoir du 19 septembre imposée aux Fédérations pour adhérer ou non, et à la menace implicite pour celles qui refuseraient de ne pas toucher la totalité de l’argent qui tomberait du ciel dès la création de cette fameuse « FIFA Forward Enterprise ».

Dans ce combat annoncé, l’Europe, même si elle devait marcher seule un temps, possède des arguments. Elle est le berceau de ce sport, ses compétitions de clubs sont les plus suivies dans le monde, les plus grands joueurs y évoluent et elle domine historiquement la Coupe du monde, avec sept des dix derniers vainqueurs, deux-tiers des finalistes et 60 % des demi-finalistes sur les 23 éditions totales.

Toute l’actu autour de la Coupe du monde

« L’Europe est le nerf de la guerre, et surtout le nerf du business, parce que c’est elle qui a l’argent. C’est elle qui, même si le Golfe est capable de mettre de l’argent sur la table, sera en capacité finalement de bloquer les meilleurs joueurs, détaille Jean-Baptiste Guégan, expert en géopolitique du sport, auprès de l’AFP. C’est donc à l’UEFA de se bouger et l’Union européenne sera derrière. » La menace sérieuse d’un boycott de la prochaine Coupe du monde pourrait faire son effet. Mais avant ça, le Vieux Continent semble décidé à bousculer le prince de la Fifa au sein même de son royaume.

La source de cet article se trouve sur ce site

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

PARTAGER:

spot_imgspot_img
spot_imgspot_img