Un manuscrit ancien découvert à la bibliothèque d’Oxford a résolu le mystère du lieu de sépulture de Rachi à Troyes, en France | Les élèves de la Yechiva Vizhnitz de Londres ont célébré un Siyoum Massekhet (fin d’étude d’un traité du Talmud) au cœur du jour de la Hilloula sur le site du cimetière historique | Le rav Israël Meir Gabbai agit auprès des autorités pour ériger une stèle à l’emplacement exact.
Kol réga’ – Moshe Weisberg
Le mystère vieux de longs siècles sur le lieu de sépulture de Rachi a été résolu, à la lumière d’un manuscrit ancien révélé à la bibliothèque d’Oxford, aux côtés de manuscrits et de cartes anciennes découverts cette année.
Le maître d’Israël, rav Chelomo ben Yits’hak (Rachi), est né en l’an 4800 (1040) dans la ville de Troyes, en France. À l’âge de vingt ans, il partit étudier la Tora en Allemagne (Ashkenaz), et à trente ans, il revint en France, où il dirigea une Yechiva et rédigea ses œuvres jusqu’à son décès le 29 Tammouz de l’an 4865 (1105).
À la fin de la période des Richonim (maîtres médiévaux), les Juifs furent expulsés de France. Les stèles du cimetière de Troyes furent alors arrachées et, pendant plusieurs siècles, aucun Juif n’habita à Troyes. Bien que les descendants des Juifs de France aient conservé la tradition selon laquelle Rachi était enterré à Troyes, diverses rumeurs commencèrent à circuler au fil du temps, selon lesquelles il aurait été enterré à Prague en République tchèque, ou à Worms en Allemagne.
Bien qu’il soit évident qu’il était invraisemblable qu’il se soit déplacé vers des lieux aussi lointains — d’autant plus que ces endroits abritaient une présence juive continue qui n’a jamais eu connaissance d’une telle sépulture, et que ces rumeurs ne provenaient pas de sources autorisées —, elles ont tout de même instillé le doute quant à son enterrement dans sa ville de Troyes. Ainsi, les chercheurs eurent l’habitude d’écrire au sujet de Rachi que le lieu de sa sépulture demeurait inconnu.
Cette année, en préparation d’un voyage des élèves de la Grande Yechiva « Beth Israël » Vizhnitz de Londres sur les tombes de nos maîtres les Richonim en France, sous la direction du rav Levi Yitzchak Hager (fils de l’Admour de Vizhnitz-Londres), des efforts approfondis ont été menés à ce sujet. Ils ont découvert à la bibliothèque d’Oxford, en Angleterre, un manuscrit ancien entre les pages duquel a été révélée pour la première fois une source ancienne et claire attestant que Rachi a bel et bien été enterré à Troyes.
Ce manuscrit est le Séder HaYa’has (Lignée généalogique) des sages de France à l’époque des Rishonim, écrit en France à la fin du cinquième millénaire (du calendrier hébraïque). Une partie en avait été citée par le Maharchal dans ses Responsa (chapitre 29), mais il est ici retrouvé pour la première fois dans son intégralité. Le texte est difficile à lire, et même les chercheurs qui l’avaient consulté il y a quelques années n’avaient pas remarqué la grande nouveauté contenue dans la ligne suivante.
Dans ses écrits sur Rachi, il est consigné en ces termes :
« En l’an 4865, la lumière d’Israël s’est éteinte, la couronne de notre gloire est tombée, et il s’est couché avec ses pères à Troyes ! »
Cela concorde parfaitement avec les propos du Rabbénou Tam, petit-fils de Rachi, qui, dans son ouvrage Séfer HaYachar (Responsa, chapitre 16), qualifie la ville de Troyes de « ville des sépultures de mes pères » (selon le verset de Ne’hémie 2, 5). Toutefois, cette formule ne précisait pas explicitement qu’il s’agissait de Rachi. Mais dans le manuscrit Séder HaYa’has, écrit en France seulement quelques générations après Rachi — alors que la communauté et le cimetière juif y existaient encore —, il est explicitement mentionné que Rachi a bien été enterré auprès des tombes de ses ancêtres à Troyes.
À la suite de cette découverte, des contacts ont été pris avec des historiens de la ville de Troyes travaillant pour le gouvernement français. Ces derniers ont surpris les chercheurs en leur apprenant que, très récemment, ils avaient eux aussi découvert d’autres sources issues d’écrits non-juifs de l’époque des Richonim affirmant que Rachi avait été enterré à Troyes. Ils ont également retrouvé des cartes précises de l’emplacement du cimetière juif de Troyes et s’apprêtent à publier l’ensemble de ces détails à la fin de l’été.
Entre-temps, la semaine dernière, les élèves de la Yechivath Vizhnitz de Londres se sont rendus sur les tombes de nos maîtres en France, en signe de reconnaissance de la part de la direction de la Yechiva pour leur engagement quotidien à consigner leurs heures d’étude tout au long de l’année. Après avoir prié dans le Ohel des Tossafistes dans la ville de Ramerupt (qui, comme nous l’avons écrit en son temps, n’est absolument pas lié aux tombes de ces maitres), ils se sont rendus à Troyes, toute proche, et ont prié sur le terrain du cimetière où Rachi est enterré.
Ils y ont même célébré la fin de l’étude du traité Baba Batra étudié à la Yechiva durant l’année, au cœur même du jour de la Hilloula de Rachi. Ils ont ainsi accompli les paroles de Rachi (Yevamoth 122b) : « Le jour où un grand homme meurt, on l’établit en son honneur, et chaque année, lorsque ce jour arrive, les disciples des sages se rassemblent de tous les environs et viennent sur sa tombe avec le reste du peuple pour y tenir une session d’étude. »
Le rav Israël Meir Gabbai, président de l’organisation Oholé Tzaddikim, qui a participé à ce voyage, a rencontré lors de sa visite à Troyes des avocats locaux ainsi que des représentants de la communauté et de la municipalité. L’objectif est de préparer toutes les démarches nécessaires afin d’ériger une stèle à la mémoire du saint Rachi à l’emplacement exact et de manière très digne, permettant ainsi aux foules du peuple d’Israël de venir se recueillir sur sa tombe et d’obtenir des délivrances spirituelles et matérielles pour l’ensemble de la communauté et pour les individus.
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