De notre envoyé spécial à Dallas, au pays des illusions perdues,
Ce n’est pas forcément la coutume en veille de match, mais il aurait peut-être fallu donner quartier libre à joueurs de l’équipe de France lundi soir, en les obligeant à faire un tour du côté du Cowtown Coliseum de Fort Worth. Dans cette arène, où l’odeur de bouse et de foin chatouille les narines toute une soirée durant, les Bleus auraient pu avoir un aperçu de ce qu’est la combativité, le courage, le dépassement de soi et la force de caractère de cow-boy grimpant à califourchon sur le dos de taureaux de plusieurs centaines de kilos se débattant avec une puissance inégalée pour se débarrasser de ces inusuels invités.
Car, mardi, à quelques kilomètres de Fort Worth, dans l’ultramoderne AT & T Stadium d’Arlington et son écran géant de 49 mètres de long et 22 mètres de haut, les Bleus ont manqué de tous ces attributs en demi-finale de la Coupe du monde. Dans ce qui était annoncé comme une finale avant l’heure face à l’Espagne, les Tricolores ont finalement laissé la Roja se la couler douce. Une défaite (0-2) nette et sans bavure, sans même qu’on ait eu l’impression que le clairon français n’ait eu le temps de sonner la révolte avant que tous les soldats ne rentrent définitivement à leur camp de base respectif.
Les supporteurs français ne « s’attendaient pas à ça »
Pendant les trois heures de vol qui ont ramené la délégation française à Boston, après le match, les Bleus ont dû longuement se triturer les méninges sur le non-match qu’ils ont produit à partir de la 20e minute de jeu et cette faute de poussin de Lucas Digne qui a provoqué un penalty sur Lamine Yamal et l’ouverture du score de Mikel Oyarzabal. Un peu comme il y a quatre ans, lors de la finale du Mondial, où après un but de Messi là aussi sur penalty (23e), l’équipe de France s’était liquéfiée.
Sauf que, au Qatar, il y avait eu une réaction, tardive certes, mais une réaction quand même, avec ce doublé de Kylian Mbappé en une poignée de secondes qui a bouleversé le cours d’une soirée qui était jusque-là très tranquille : rythme cardiaque augmenté, ongles rongés, cheveux arrachés, insultes lâchées… Et l’impression, au terme de cette rencontre, d’avoir partagé un moment historique où toutes les émotions ont traversé notre corps malgré la défaite.
De l’autre côté de l’Atlantique, cette fois, on était plus sur une bradycardie (rien à avoir avec l’ancien quarterback des New England Patriots). Car les Bleus n’ont jamais réussi à emballer cette demi-finale et laissé espérer qu’une nouvelle remontada était possible. Au grand dam des supporteurs français, comme Alain, venu avec son fils et croisé autour du stade après le match :
« On n’a pas vibré, jamais un seul instant. C’est une très très grosse déception, une désillusion même. On a fait pire que la Belgique (défaite 2-1 par l’Espagne en quart), sans marquer de but, sans se montrer dangereux. Je ne m’attendais vraiment pas à ça. »
« On n’a pas joué comme on aime jouer »
Alors que certaines villes françaises (Bordeaux, Toulon…) avaient décalé leur feu d’artifice du 14-Juillet pour laisser toute la place à cette demi-finale ou que les bars pouvaient retransmettre la compétition sans avoir les préfets sur le râble, la prestation des Bleus a finalement, malgré la canicule, refroidi tout le monde. Pas d’émotion, pas de joie, pas même de colère à la fin du match. Comme si, et c’est peut-être la pire des choses, le fatalisme avait pris le pas sur tous ces sentiments. Résigné, comme quand Tadej Pogacar se lance seul dans un numéro à 310 km de l’arrivée.
Si emballante et enthousiasmante depuis le début du tournoi, avec des prestations collectives abouties et des performances individuelles (Mbappé, Olise, Dembélé…) à saluer, l’équipe de France est retombée dans une léthargie que personne n’avait vu venir face à cette Espagne que tout le monde pensait prenable. « Ils jouent comme ils aiment jouer au football. Nous, on n’a pas joué comme on aime jouer au football, a résumé Rayan Cherki l’un des deux seuls joueurs courageux à être venus s’exprimer devant les médias en zone mixte. Quand on joue notre football, c’est extraordinaire. »
Entré en jeu à un gros quart d’heure de la fin du match, l’ancien Lyonnais n’a pu insuffler un nouveau souffle à ses coéquipiers. Et, lorsqu’il lui a été posé la question en zone pour savoir comment il expliquait ce manque de réaction, Cherki a été très clair : « S’il n’y a pas eu de réaction, c’est très très grave, mais je ne pense pas que ce soit le cas, parce qu’on est dans une demi-finale de Coupe du monde (il a insisté sur chaque mot), parce qu’on veut tous gagner. Il nous a manqué beaucoup de choses. »
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Alors, évidemment, cette sortie de route ne nous fera pas oublier les moments d’euphorie qui sont venus égayer nos vies pendant ce mois américain. Ces passes laser d’Olise dans le dos des défenseurs, ces frappes monumentales de Mbappé, la délicatesse des dribbles de Doué, l’assurance d’Upamecano, le triplé de Dembélé… Mais ils laissent un goût amer en bouche. Comme si on avait assisté à un feu d’artifice sans profiter du bouquet final. Et un 14-Juillet, ça la fout mal.
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