Selon les extraits obtenus par le Meir Amit Intelligence and Terrorism Information Center et diffusés par le journaliste Ohad Hamou sur la chaîne israélienne N12, rien de ce qui s’est produit au matin du 7 octobre 2023 ne relevait de l’improvisation. Un document, rédigé de la main de Sinwar en août 2022, soit environ un an avant l’attaque, décrit un plan structuré incluant une cartographie précise de la population, des localités, des carrefours stratégiques et des zones militaires du sud d’Israël, ainsi qu’une répartition des unités terroristes en fonction des objectifs fixés par le Hamas.
Selon ce plan, la clé du succès de l’invasion résidait dans la prise de contrôle des principaux carrefours du sud d’Israël. Le texte prévoyait une percée simultanée de la clôture de sécurité en 25 points, face à 25 carrefours, chacun devant être investi par une unité distincte et entraînée de 100 terroristes, soit 2 500 hommes au total pour cette seule phase de l’opération.
Sur une autre page du document, Sinwar précisait que l’objectif était de chasser les »colons » (selon les mots du chef terroriste) du sud d’Israël avec leurs véhicules, en donnant la priorité aux femmes et aux enfants, tandis que les hommes âgés de 17 à 50 ans devaient être pris en otages. Le texte ordonnait également la confiscation systématique des téléphones et de tout document que les victimes porteraient sur elles. Dans les faits, les terroristes du Hamas ont enlevé des femmes et des enfants et tué près de 1200 personnes le long de leur parcours – hommes, femmes et enfants confondus.
Le 7 octobre 2023, environ 3 100 terroristes du Hamas avaient pénétré en Israël en trois vagues successives, rejoints par 580 terroristes du Jihad islamique. Le plan initial de Sinwar prévoyait toutefois l’engagement d’un nombre de terroristes au moins trois fois supérieur. Selon le document, 2 210 hommes devaient être affectés à l’attaque de 221 kibboutzim et petites localités, 1 600 autres à huit localités plus importantes, et 2 000 hommes armés supplémentaires aux bases militaires. Combinés aux 2 500 terroristes chargés de la prise des carrefours, ce total portait, selon les instructions de Sinwar consignées dans le document, à 10 000 le nombre de terroristes entraînés censés envahir le pays.
Le document révèle également que Sinwar avait anticipé une réaction israélienne d’une extrême violence. Sous l’intitulé « plan de défense », il écrivait qu’Israël n’hésiterait pas à employer tous les moyens et armements à sa disposition, au-delà des seules frappes militaires, évoquant explicitement la possibilité d’un recours à l’arme nucléaire. Il ajoutait néanmoins qu’Israël serait d’abord surpris par l’attaque et plongé dans le chaos, et appelait à organiser, par précaution, une opération de reconquête symbolique des localités par la population. Il qualifiait cette campagne de lutte à mort, exprimant sa confiance dans une issue favorable.
Le docteur Haïm Isserovitch, de l’institut Meir Amit spécialisé dans l’étude du terrorisme et du renseignement, souligne que le document descend jusqu’au niveau le plus fin de la planification opérationnelle, avec des unités de dix terroristes chargées de pénétrer en territoire israélien. Il relève également l’importance accordée par Sinwar à l’imposition d’un récit , présentant l’invasion comme la mise en œuvre du « droit au retour » des Palestiniens.
Le document complet doit être publié dans les prochains jours par l’institut Meir Amit de recherche sur le terrorisme et le renseignement, au sein du ministère israélien du Renseignement. Il vient s’ajouter à d’autres pièces déjà rendues publiques, notamment un mémorandum antérieur révélé en octobre 2025, qui détaillait la volonté de Sinwar de mettre en scène des images d’horreur destinées à être diffusées en direct pendant l’attaque, afin de galvaniser l’opinion palestinienne et de déstabiliser la société israélienne.
Selon les analystes de l’institut Meir Amit, l’ensemble de ces documents témoigne d’une confiance démesurée du Hamas dans les chances de succès de l’opération, et d’une conviction profonde selon laquelle l’invasion déclencherait une union des différents fronts armés contre Israël, jusqu’à aboutir, dans l’esprit de ses concepteurs, à la destruction de l’État hébreu.
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