Avez-vous entendu parler de ces trois voyages ?

Avez-vous entendu parler de ces trois voyages ?

La chronique quotidienne de Sivan Rahav-Meir

Dans toutes les synagogues du monde juif, nous avons achevé ce Chabbat le livre des Nombres (Bamidbar), souvent appelé le « livre des voyages ». De nombreux commentateurs expliquent qu’il s’agit peut-être du livre le plus proche de notre propre existence.

La majeure partie de notre vie n’est ni la Création du monde racontée dans la Genèse, ni la sortie d’Égypte décrite dans l’Exode. Notre vie est un long chemin.
Ce Chabbat, avec les parachiyot Matot et Massé, nous avons terminé un livre qui raconte près de quarante années d’errance : une route jalonnée d’étapes, de doutes, de réussites et de défis.

Et comment ce livre se conclut-il ? Non pas par un sommet ou un exploit spectaculaire, mais par l’énumération des 42 étapes parcourues par les Enfants d’Israël, de l’Égypte jusqu’aux portes de la Terre d’Israël. Moïse rappelle au peuple chacune des haltes : d’où ils sont partis et où ils ont campé.
À la veille de l’entrée en Terre promise, la Torah nous invite à faire une pause, à regarder le chemin parcouru, à tirer les leçons du passé et à comprendre le sens des étapes traversées. Celui qui n’apprend pas de l’histoire est condamné à répéter ses erreurs.
Mais la Torah n’est pas seulement un livre d’histoire. Les commentateurs expliquent que ce message s’adresse à chacun d’entre nous : notre vie est elle aussi faite de voyages. Nous devons accorder de l’importance à chaque étape, relier les événements entre eux, discerner le fil conducteur de notre histoire, sans nous laisser engloutir par une difficulté passagère ni nous griser par une réussite ponctuelle.

Premier voyage : celui de Yaakov Zarihan

Cette semaine, l’unité de Tsahal chargée de retrouver les soldats disparus a annoncé l’identification de la dépouille du soldat Yaakov Zarihan, tombé au combat il y a 78 ans.


Originaire du Maroc, arrivé en Israël à bord d’un bateau d’immigrants clandestins, il est tombé lors des convois de ravitaillement vers Jérusalem assiégée pendant l’opération Harel en 1948. Pendant des décennies, son lieu de sépulture est resté inconnu.
Les enquêteurs n’ont jamais cessé leurs recherches. Elles ont finalement permis d’établir qu’il repose au cimetière militaire de Kiryat Anavim. Ses sœurs ont reçu la nouvelle officielle et une cérémonie d’État sera prochainement organisée, avec une nouvelle pierre tombale portant enfin son nom.
Sa sœur, Yvonne Cohen, a déclaré avec émotion :
« C’est la fin d’un long cycle. C’est un monde entier qui se referme. Je vais appeler mes fils pour qu’ils viennent, pour la première fois, réciter le Kaddish sur sa tombe. »

Deuxième voyage : celui du retour vers Israël

Les hommes d’affaires israéliens Gideon Katz et Emmanuel Vetari organisent depuis des années des salons immobiliers destinés aux Juifs de la diaspora. Ces derniers mois, ils ont tenu des événements en Australie, en Angleterre et en Amérique du Nord.
Ils y ont constaté deux phénomènes nouveaux.
À l’extérieur des salles, des manifestations parfois violentes d’organisations pro-palestiniennes protestent contre des Juifs qui souhaitent acheter un logement en Israël.
À l’intérieur, en revanche, une réalité totalement différente apparaît.
Autrefois, explique Gideon Katz, les familles juives fortunées achetaient tranquillement un appartement en Israël comme investissement ou résidence secondaire.
Aujourd’hui, la motivation a radicalement changé.
« Quand vous voyez des manifestants hostiles devant la salle dans la ville où vous vivez, vous comprenez soudain que l’avenir de vos enfants et de vos petits-enfants ne se trouve peut-être plus à New York. »
Selon lui, cette évolution constitue l’une des plus grandes nouvelles positives que l’on ne met pas suffisamment en avant : des centaines de milliers de Juifs repensent leur avenir, envisagent leur Alyah et pourraient contribuer à faire progresser Israël de manière considérable.
Depuis Sim’hat Torah, des centaines de transactions immobilières ont été conclues.
Ce qui l’attriste le plus, ajoute-t-il, c’est de voir des Juifs manifester contre lui devant ces salons.
« Eux aussi ont des enfants. Eux aussi font partie de mon peuple. Cela montre jusqu’où peut aller l’éloignement entre frères. »

Troisième voyage : une élévation spirituelle au sein d’Israël

Parfois, l’Alyah n’est pas géographique : elle est intérieure.
Cette semaine, le ministre israélien de l’Éducation Yoav Kisch a régularisé la possibilité de mettre les téfilines dans les écoles publiques.
Autrefois, les programmes sur le patrimoine juif étaient imposés par le ministère. Aujourd’hui, le mouvement vient du terrain. Les élèves eux-mêmes expriment une véritable soif de tradition.
La conception de la jeune génération évolue : la tradition n’est plus seulement l’héritage des grands-parents ; elle devient une quête personnelle des petits-enfants.
Ce phénomène dépasse largement les simples stands de téfilines.
Lors d’un récent congrès de chefs d’établissement, le directeur d’un lycée laïque a raconté que de plus en plus d’élèves portent une kippa, qu’un Séfer Torah a été introduit dans son établissement et que davantage de jeunes observent le Chabbat.
Le directeur d’un lycée religieux lui a répondu avec humour qu’il enviait cet enthousiasme.
Deux nouvelles académies préparatoires à l’armée viennent justement d’ouvrir leurs portes. Elles sont destinées à de jeunes diplômés de l’enseignement public non religieux qui souhaitent approfondir leur identité juive.
L’académie Shoreshim, installée dans le moshav Shouva près de Gaza, participe à la reconstruction de cette région tout en répondant à une recherche spirituelle croissante.
L’académie de Hamat Gader, créée par l’association Derekh Ami, est née du même constat.
Son fondateur, Kobi Volk, explique :
« Beaucoup de jeunes issus du système public terminent le lycée avec le sentiment qu’il leur manque quelque chose. Ils recherchent une maison d’étude, une tradition, des racines. »
Personne ne sait encore exactement comment définir ces nouvelles structures. Ce ne sont pas simplement des académies religieuses pour des jeunes laïques.
La réponse se dessinera au fil du voyage.
Puissions-nous poursuivre ensemble ce chemin et parvenir à notre destination.

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