La course de fond a démarré au mois de juin et s’accélère depuis la proclamation des résultats du bac. Comme chaque été, trouver un logement pour la rentrée s’annonce galère pour les étudiants, confrontés à une pénurie de logements accessibles et à l’envolée des loyers. « Aujourd’hui, trop d’étudiants ne choisissent plus leurs études, c’est le prix du logement qui choisit pour eux », s’alarme l’association Que Choisir Ensemble, qui a mené l’enquête dans onze grandes villes universitaires.
C’est, par exemple, le cas de Rennes qui a accueilli l’an dernier plus de 80.000 étudiants. « Ce nombre a progressé de 40 % en quinze ans et on devrait encore avoir 3.000 étudiants de plus à l’horizon 2030 », souligne Honoré Puil, vice-président de Rennes métropole en charge du logement et de l’habitat.
Une attractivité qui a un revers : une forte tension sur le marché locatif même si « la rentrée s’annonce un peu moins tendue cette année selon les agences immobilières », précise l’élu. Elle le sera tout de même car la capitale bretonne, comme toutes les grandes villes universitaires, manque cruellement de logements Crous. « Il n’y a que sept logements pour cent étudiants donc très peu de demandes aboutissent, même pour les étudiants boursiers », souligne Laure Chabot, vice-présidente étudiante du Crous Bretagne.
« L’Etat s’est totalement désengagé »
Et la situation ne va pas s’améliorer de sitôt car seule une résidence universitaire de 250 studios doit sortir de terre en 2028. « Il faudrait investir massivement dans la construction de logements Crous mais l’État s’est totalement désengagé », tacle Elouan Le Guilly, élu du syndicat étudiant Union Pirate. Face à cette pénurie, les bailleurs sociaux tentent bien de construire davantage avec plus de 700 logements étudiants qui seront livrés d’ici 2032 dans la métropole rennaise. Ce qui est encore bien trop peu pour répondre à une demande croissante.
Dans ce contexte, de nombreux étudiants n’ont alors pas d’autre choix que de se tourner vers le privé. Via des particuliers, des agences immobilières mais aussi, de plus en plus, des résidences privées. De nombreux acteurs privés, grandes chaînes nationales ou promoteurs locaux, ont investi massivement sur ce marché. « C’est un marché aujourd’hui mature qui répond à une réalité locative et économique », analyse Édouard Fourniau, président de Consultim Groupe, spécialisé dans les résidences services.
Studios meublés et services divers
Les résidences étudiantes privées poussent ainsi comme des champignons à proximité des campus. Rien qu’à Rennes, leur nombre a augmenté de 57 % entre 2020 et 2026 et cela va se poursuivre avec près de 4.000 nouvelles places qui vont être créées dans les six prochaines années. « Après la crise immobilière, beaucoup ont choisi d’investir dans ces résidences privées car la demande est très forte et c’est aussi un produit de défiscalisation, l’un des seuls qui restent », observe Honoré Puil.
Moyennant un loyer pouvant aller, à Rennes, de 500 à 750 euros par mois charges comprises, ces résidences proposent des studios meublés et équipés et tout un tas de services comme le wifi, une salle de sport ainsi que des espaces partagés pour le travail ou la détente. Un budget conséquent pour les étudiants. Laure Chabot a vécu dans l’une de ses résidences privées. Elle payait 610 euros par mois pour un studio de 20 m². « Je suis partie au bout de six mois car c’était beaucoup trop cher, souligne l’étudiante en santé publique. Je suis maintenant chez un particulier et je paye 600 euros pour un 40 m² », assure-t-elle.
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« Une marchandisation du logement étudiant »
Selon la vice-présidente étudiante du Crous Bretagne, ces résidences privées n’ont rien d’autre qu’un but lucratif. « Cela précarise encore plus les étudiants qui doivent encore dépenser plus pour se loger », assure la jeune femme, qui dénonce « une marchandisation du logement étudiant. » « On n’a malheureusement pas d’autre choix pour se loger », déplore aussi le syndicaliste Elouan Le Guilly.
Édouard Fourniau ne nie pas cette tension « très forte ». « On n’est pas le Crous, il y a derrière des acheteurs qui attendent une rentabilité », insiste-t-il. Et de préciser : « cela rassure aussi des parents de trouver cette solution pour leur enfant car il y a un accueil, des services et tout un environnement sécurisé. » A condition de pouvoir se l’offrir.
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