1948: Frank Sinatra participa à l’opération « Copa »?

Mars 1948. New York. Des agents du FBI stationnaient devant l’hôtel Fourteen, sur la 60e Rue Est, surveillant l’entrée principale avec une ténacité acharnée, comme si l’établissement leur devait de l’argent.

Ils savaient que la Haganah menait une opération de trafic d’armes depuis ce bâtiment. Ils savaient que Teddy Kollek était leur homme.
Ce qu’ils ignoraient, en revanche, c’est que la boîte de nuit Copacabana se trouvait au sous-sol et que Frank Sinatra y achevait son dernier tour de chant de la soirée.

Kollek avait un problème. Un capitaine de navire irlandais attendait à quai, à New York, avec un bateau chargé de munitions à destination de la Palestine ; il refusait de bouger tant qu’il n’aurait pas été payé. L’argent — environ un million de dollars — se trouvait dans une sacoche. Tous les agents fédéraux présents surveillaient les mains de Kollek. S’il sortait avec ce sac, l’affaire tombait à l’eau avant même d’avoir commencé.

Il jeta un coup d’œil à Sinatra, de l’autre côté de la salle. Il prit une décision.

Au petit matin, Kollek sortit par l’entrée principale de l’hôtel Fourteen, la sacoche à la main. Le FBI le suivit. Au même moment, Sinatra se glissa par la sortie de derrière, un sac en papier à la main. Un policier sur le trottoir croisa son regard et eut un sourire entendu : « C’est quelle nana ce soir, Frank ? »

S’il avait su…

Sinatra se rendit à pied jusqu’au quai dans l’obscurité, remit l’argent au capitaine et regarda le navire quitter le port en direction d’un pays qui, techniquement, n’existait pas encore. Des années plus tard, il confia à sa fille Nancy : « C’était la naissance d’une jeune nation. Je voulais apporter mon aide. Je craignais qu’elle ne s’effondre. »

Ce que personne, en dehors de son cercle intime, ne savait, c’est que ce moment se préparait depuis longtemps.

Tout avait commencé dans une cuisine de Hoboken.

La voisine de ses parents, Mme Golden, le gardait lorsqu’il était enfant. Elle ne lui parlait qu’en yiddish. Il apprit cette langue avant l’italien. Elle lui offrit une mezouza qu’il porta pendant des années. Elle se disait sa « mère juive ». Lui se considérait comme un Juif honoraire, et il l’entendait au sens où l’on revendique quelque chose que l’on a mérité, plutôt qu’un héritage de naissance. En 1942, alors que les premiers rapports sur la brutalité nazie parvenaient aux États-Unis, Sinatra avait 26 ans. Il fit frapper des centaines de médailles — portant saint Christophe d’un côté et l’étoile de David de l’autre — et les fit envoyer aux soldats américains en route pour l’Europe. L’année suivante, il participa au spectacle *We Will Never Die* (« Nous ne mourrons jamais ») de Ben Hecht ; cette fresque dramatique, présentée dans six villes sur une période de quatre mois, attira l’attention du public sur le sort des Juifs en Europe, à une époque où la majeure partie de l’Amérique détournait encore le regard.

L’opération « Copa » en 1948 ne constituait pas un écart par rapport à sa carrière. C’était le prolongement de ce qu’il était déjà.

Après la proclamation de l’indépendance d’Israël, Sinatra poursuivit son engagement. Il se produisit devant les troupes de Tsahal à la base aérienne de Tel Nof. Il prit place aux côtés de Ben Gourion et de Moshe Dayan lors du défilé du Jour de l’Indépendance en 1962. Il fit don des bénéfices de sa tournée de concerts en Israël pour la construction d’un centre de jeunesse à Nazareth destiné aux enfants arabes et juifs ; deux ans plus tard, il revint pour tourner *L’Ombre d’un géant* (Cast a Giant Shadow) — l’histoire de Mickey Marcus et de la guerre de 1948 — et versa l’intégralité de son cachet d’acteur à ce même centre. En 1972, il récolta 6,5 ​​millions de dollars en promesses d’achat d’obligations d’État israéliennes (Israel Bonds). En 1975, il fit un don supplémentaire de 250 000 dollars et annonça publiquement que ce geste honorait la mémoire de Mme Golden, originaire de Hoboken.

La femme qui lui avait offert la mezouza reçut ainsi un hommage d’une valeur de 250 000 dollars de la part de la vedette la plus célèbre au monde, trente ans après les faits.

Golda Meir lui offrit un Uzi en or. Il l’emportait avec lui lors de ses tournées.

Le Centre international pour étudiants Frank Sinatra, situé à l’Université hébraïque, ouvrit ses portes en 1978. En 2002, le Hamas fit exploser une bombe dans sa cafétéria. Neuf personnes furent tuées et près d’une centaine blessées.

Son nom figurait sur ce bâtiment.

La Ligue arabe interdit la diffusion de ses disques et de ses films. Le Liban lui en interdit totalement l’accès. À Beyrouth, les gens continuaient pourtant à acheter ses disques.

Son valet George Jacobs, qui l’avait accompagné en Israël en 1962, a raconté ce qu’il avait vu à leur arrivée. « C’était toute une nation d’outsiders et de survivants », a-t-il écrit, « les gens que Sinatra respectait le plus, des personnes qui, comme lui, avaient déjoué tous les pronostics. »

Tout tient là, en somme. Pas dans l’opération du Copa, ni dans l’Uzi en or, ni dans les 6,5 millions de dollars. C’est l’histoire d’un gamin de Hoboken apprenant le yiddish auprès d’une voisine qui se disait sa « mère juive », devenant l’artiste le plus célèbre au monde et passant le reste de sa vie à lui prouver qu’il l’écoutait vraiment.

« Ole Blue Eyes ». « The Chairman of the Board ». Le roi du Rat Pack.

Et trafiquant d’armes pour l’État d’Israël.

JForum.fr avec Meta

La rédaction de JForum, retirera d’office tout commentaire antisémite, raciste, diffamatoire ou injurieux, ou qui contrevient à la morale juive.

La source de cet article se trouve sur ce site

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

PARTAGER:

spot_imgspot_img
spot_imgspot_img