Indignation au sein de la communauté juive en Suisse : un jeune homme, musulman d’origine suisse-tunisienne, âgé de 15 ans au moment des faits, est inculpé de tentative de meurtre à caractère antisémite et de sympathie pour l’État islamique. Malgré la gravité de l’acte, la loi suisse limite la peine pour les mineurs à un an d’emprisonnement.
Le procès du terroriste musulman qui a perpétré une grave attaque au couteau contre un juif ultra-orthodoxe l’année dernière est actuellement en cours à Zurich, et en Suisse, les critiques publiques se multiplient quant au fait que même s’il est reconnu coupable de tous les chefs d’accusation, il pourrait n’être condamné qu’à un an de prison.
L’accusé, un Suisse-Tunisien, était âgé de 15 ans au moment de l’attaque, le 2 mars 2024, et en a aujourd’hui 17. Selon l’acte d’accusation, il a sauvagement agressé un Juif ultra-orthodoxe de 50 ans près d’une synagogue à Zurich, le poignardant à 17 reprises et tentant d’assassiner d’autres Juifs. Le parquet des mineurs le poursuit pour plusieurs tentatives de meurtre, ainsi que pour des infractions liées au terrorisme et à l’antisémitisme, mais compte tenu de son âge au moment des faits, la loi suisse ne permet pas de le condamner à une longue peine d’emprisonnement.
Lors de l’audience, le juge a tenté d’interroger l’accusé sur l’état d’esprit du policier, les raisons de son affiliation à l’organisation terroriste État islamique et son opinion actuelle sur la victime. Le jeune homme a cependant refusé de répondre à la quasi-totalité des questions, se contentant systématiquement de répondre : « Pas de réponse. » Face à ce silence, le tribunal s’est appuyé sur les déclarations qu’il avait faites lors de l’enquête. Celles-ci indiquaient qu’il souhaitait être tué par la police après l’attaque, afin de mourir en martyr et d’accéder au paradis.
Selon l’acte d’accusation, son processus de radicalisation a débuté après le massacre du 7 octobre. Dans les mois qui ont suivi, il a effectué des recherches sur Internet concernant l’État islamique, la fabrication d’explosifs et les moyens de nuire aux Juifs. Dans un premier temps, il a envisagé de fabriquer une bombe et a même échangé des informations en ligne avec une personne partageant les mêmes idées. Cependant, réalisant la complexité de l’opération, il s’est tourné vers un projet plus simple : une attaque au couteau dans une synagogue.
Selon l’accusation, la veille de l’attaque, il a acheté un couteau de boucher dans un centre commercial de Zurich, tout en consultant les réseaux sociaux pour savoir quand les Juifs se rassemblaient pour la prière. Le 2 mars, il est arrivé à la synagogue, a lancé une diffusion en direct sur son téléphone portable et prévoyait d’enregistrer l’attaque pour la diffuser en ligne. Cependant, son téléphone étant resté dans sa poche, il ne subsiste qu’un enregistrement audio des instants d’horreur.
L’enregistrement montre qu’il a d’abord tenté d’entrer dans la synagogue, mais, constatant que la porte était fermée, il a décidé d’attendre à l’extérieur que le fidèle sorte. Sur l’enregistrement, on l’entend dire : « Ça y est, j’en ai un », puis on entend sa course, l’agression et les cris d’« Allahu Akbar ». Selon l’acte d’accusation, il a attaqué la victime par derrière, visant d’abord le cou et la tête, et a même tenté de lui trancher la gorge.
La victime, un Juif Haredi de 50 ans, parvint à s’enfuir quelques mètres plus loin dans la rue, mais le terroriste la poursuivit et continua de la poignarder à plusieurs reprises. Ce n’est qu’après une lutte sur le capot d’une voiture arrêtée à un feu rouge que des passants réussirent à maîtriser l’agresseur. La victime fut transportée à l’hôpital dans un état critique, souffrant notamment de graves blessures, et nécessita une intervention chirurgicale d’urgence. Elle y resta hospitalisée pendant une longue période et ne survécut que miraculeusement.
En raison du vif intérêt public, et bien que les procédures concernant un mineur se déroulent généralement à huis clos, des représentants des médias ont été autorisés à assister aux audiences et au prononcé du verdict. Le parquet requiert la peine maximale – un an d’emprisonnement – tandis que la défense cherche à obtenir l’acquittement du jeune homme pour tentative de meurtre et une peine de six mois d’emprisonnement seulement. Le verdict est attendu ce mardi 7 juillet à 13h30, heure suisse.
L’affaire fait grand bruit en Suisse, principalement en raison du décalage important entre la gravité de l’acte et la peine encourue. Alors qu’un adulte commettant une telle agression risque jusqu’à dix ans de prison pour coups et blessures graves, voire la perpétuité en cas de meurtre, un mineur ayant commis une tentative de meurtre est soumis à une législation pour mineurs beaucoup plus clémente. La loi actuelle privilégie la réhabilitation à la punition, partant du principe que les adolescents n’ont pas encore acquis la pleine maîtrise de leurs actes et que les peines sévères ne dissuadent pas nécessairement la récidive.
Suite à l’attentat de Zurich et à d’autres affaires graves, la Suisse a entrepris de promouvoir des initiatives législatives visant à alourdir les peines infligées aux mineurs auteurs d’actes terroristes ou de tentatives de meurtre. Pour l’instant, aucune avancée majeure n’a été constatée, mais le débat public, très vif, témoigne de la profondeur du choc provoqué par l’attaque et de la difficulté, pour une grande partie de la population suisse, d’accepter la possibilité qu’un terroriste ayant failli assassiner un Juif lors d’une attaque antisémite puisse recouvrer la liberté dans un délai relativement court.
JForum.Fr & JDN
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