« Quarante à cinquante refus par jour »… Pour fuir la canicule, vous passerez votre été à Cherbourg

C’est un territoire qui est souvent moqué pour son ciel capricieux. Depuis l’invention du bulletin météo télévisé, un nuage semble accroché au-dessus du Cotentin. Un climat (souvent) froid et humide qui préserve ce petit coin de France du tourisme de masse. Sauf que ça, c’était avant. Avant que le réchauffement climatique ne vienne colorer les cartes météo en rouge, violet et noir. Avant que l’on ne débatte de la nécessité de tout climatiser. Avant que la France ne soit mise à genoux par des températures supérieures 40 degrés. Avant que le Cotentin ne devienne l’un des endroits les plus « frais » du pays.

A Cherbourg, comme à Coutances ou à Carentan, les habitants n’ont pas échappé à la fournaise et aux températures caniculaires. Mais l’épisode de chaleur extrême s’est révélé plus court et surtout moins intense la nuit. « La semaine dernière, on était bien. On se sentait privilégiés. Il faisait chaud mais en fin de journée, on pouvait sortir. On allait à la plage avec les enfants », assure Aude, habitant de la métropole rennaise réfugiée dans sa famille à Pirou.

Cette singularité, les habitants de la Manche n’ont pas été les seuls à la remarquer. Attirés par les températures un peu plus clémentes, de nombreux habitants de la région parisienne, de la Touraine ou de la Bretagne intérieure ont migré vers cette pointe exposée à tous les vents. « On avait des appels tout le temps mais les emplacements étaient déjà presque tous réservés. On a réussi à combler quelques trous mais on a surtout dû dire non. La semaine dernière, on était entre quarante et cinquante refus par jour », témoigne Virginie Félix, qui tient le camping de la Plage, à Fermanville.

« Si on a encore une canicule »…

L’établissement a notamment attiré des retraités, qui cherchaient à poser leur camping-car ou leur caravane un peu plus au frais. L’ambiance était quasiment la même du côté de l’hôtel-restaurant La Régence, à Cherbourg. « On a des gens de Chinon (Indre-et-Loire) qui sont venus passer quatre jours parce qu’ils ne dormaient plus chez eux. On avait surtout des retraités, parce qu’il y avait encore école. Si on a encore une canicule dans les prochaines semaines, ça risque d’être encore plus demandé », estime Christophe Durand, propriétaire de l’établissement.

Port Racine, dans le Cotentin, est considéré comme le plus petit port de France. Les touristes sont nombreux à venir le photographier.
Port Racine, dans le Cotentin, est considéré comme le plus petit port de France. Les touristes sont nombreux à venir le photographier.  - Grégory Gérault/Hemis

Originaire de Sète (Hérault), le gérant de la Régence a repris l’hôtel en 2021. « Au début, on ne voulait surtout pas venir ici, parce qu’on avait peur du climat. Mais ça n’a rien à voir avec ce que nous montrait Évelyne Dhéliat », précise l’hôtelier. Il estime que la station météo de Cherbourg est « mal placée », affichant régulièrement des températures inférieures à la réalité.

Peu importe : en période de cagnard, la fraîcheur devient un argument touristique. « Cherbourg, tu n’y passes pas par hasard. Si tu es là, c’est que tu voulais y venir », tranche Christophe Durand. « Les gens veulent respirer, pas rester enfermés. Ils viennent chez nous pour pouvoir aller se balader toute la journée et dormir la nuit », abonde Virginie Félix. Pour la propriétaire du camping de la Plage, le Cotentin « tient sa revanche » après avoir longtemps souffert de sa réputation. « Avant, il n’y en avait que pour le Sud. »

Près de quatre millions de touristes

La tendance ne date cependant pas de cette année. Toujours très fréquentée par les passionnés d’histoire et de la Seconde Guerre mondiale, la Manche attire depuis bien longtemps des visiteurs en quête d’un littoral préservé et d’une côte sauvage découpée. Un peu moins de quatre millions de touristes et six millions d’excursionnistes se pressent chaque année à la Hague, à la pointe du Hoc, au plus petit port de France Port Racine ou encore dans le minuscule village de Barfleur.

Mais désormais, c’est également la douceur de son climat qui séduit. « Je ne sais pas s’il y a un effet canicule. Mais c’est vrai que depuis deux ou trois ans, à chaque fois qu’on a un phénomène de chaleur, on parle de nous. Peut-être que ça joue sur la fréquentation. C’est difficile à dire, car en juin, juillet et août, nous accueillons déjà beaucoup de monde, tout est complet. On reste d’ailleurs vigilants à ce que ça ne déborde pas », témoigne une porte-parole de l’Office du tourisme du Cotentin. Le centre d’information a même fait de cette singularité son slogan : « échapper à l’ordinaire. »

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