Scandale France Télévisions Delphine Ernotte a menti

Évoquant une énième «fumisterie», le groupe affirme au Figaro n’avoir jamais eu recours à un cabinet de conseil privé pour se préparer à l’audition des parlementaires. Sans toutefois nier la tenue d’un déjeuner entre les différentes parties.

Delphine Ernotte a-t-elle commis un délit de parjure ?

La question a été publiquement posée ce mercredi 10 juin, alors que la présidente de France Télévisions est accusée d’avoir menti sous serment devant la commission d’enquête sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public. Auditionnée le 8 avril dernier, elle avait en effet affirmé sous serment qu’aucune entreprise n’avait été sollicitée pour préparer les salariés de France Télévisions à être entendus par la commission d’enquête. Sauf que «Marianne révèle aujourd’hui que c’est faux», lance le rapporteur de la commission, le député UDR Charles Alloncle, en référence à une enquête publié par le magazine hebdomadaire mardi. «Un cabinet privé a bien été mandaté par France Télévisions pour cette mission», écrit-il sur son compte X, relayant la principale révélation du titre.

Le député ciottiste précise encore que, selon Marianne, Delphine Ernotte aurait même participé, en personne, à un déjeuner de travail avec les dirigeants du cabinet de conseil Forward Global, spécialisé dans l’accompagnement d’entreprises face aux risques numériques, économiques et informationnels. «Le délit de parjure devant une commission d’enquête parlementaire est passible de 5 ans d’emprisonnement et de 75.000 euros d’amende», prévient le rapporteur sur son compte X. Avant de s’adresser directement à la présidente de France Télévisions : «Madame Ernotte, pourquoi avoir menti ? Comment les Français qui payent pour France Télévisions peuvent-ils encore vous faire confiance ?», l’interroge-t-il.

Un simple «partage d’expérience»
«Cette affaire est une fumisterie de plus», se défend Christophe Tardieu auprès du Figaro. Le secrétaire général de France Télévisions assure que son groupe n’a «jamais eu recours», ni «payé aucun cabinet de conseil pour préparer les auditions des 55 personnes du groupe auditionnées pendant ces six mois de travaux». Et s’il ne nie pas que le déjeuner mentionné par Marianne a bien existé, il explique que le cabinet Forward Global a «simplement partagé son expérience des commissions d’enquête à deux reprises en début de travaux», comme l’ont également fait «d’anciens ou actuels parlementaires».

Un simple partage d’expérience donc, qui est venu parfaire la préparation réalisée en interne par les équipes de Christophe Tardieu. «Nous ne sommes pas si stupides», s’égosille-t-on aujourd’hui chez France Télévisions, furieux de ce qui s’apparente pour certains à de la pure et simple manipulation. En outre, les liens tissés avec le cabinet Forward Global sont bien antérieurs à la commission d’enquête, dans la mesure où celui-ci accompagne déjà l’entreprise publique depuis 2022 sur un certain nombre de sujets légaux tels que la protection des données ou la cybersécurité.

Sur les réseaux sociaux, beaucoup s’interrogeaient sur l’intérêt pour Delphine Ernotte de mentir sur un tel sujet. Elle n’aurait, dans tous les cas, pas pris un tel risque, appuient ses soutiens. Pour rappel, les travaux de la commission avaient été lancés à la demande de l’UDR, le petit parti d’Éric Ciotti, allié du RN qui réclame la privatisation de l’audiovisuel public. Manque de neutralité et de contrôle, conflits d’intérêts, coûts trop importants… L’audiovisuel public est en «crise» et ne répond plus aux «attentes des Français», avait jugé le rapporteur Charles Alloncle dans son rapport publié début mai, immédiatement taxé de vouloir l’affaiblir…

D’après les informations de Boulevard Voltaire, le député Charles Alloncle va, dans les prochains jours, faire un signalement à la Justice au titre de l’article 40 du Code de procédure pénale, alors qu’après les révélations de Marianne, des soupçons de parjure planent sur Delphine Ernotte.

En effet, la présidente de France Télévisions semble être dans la panade. Si le scout « met son honneur à mériter confiance », nul doute qu’elle n’est pas un disciple de Baden-Powell. Alors qu’elle avait affirmé, sous serment, qu’aucun salarié de son groupe n’avait bénéficié des conseils d’une entreprise privée pour se préparer aux auditions de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public, Marianne révèle ce qui ressemble à une supercherie.

Sa parole a-t-elle encore une valeur ? La question, pourtant, n’avait aucune ambiguïté, Charles Alloncle n’est pas de ce bois. « J’aimerais revenir sur la façon dont la commission d’enquête a été préparée, […] Est-ce que vous avez eu recours à une société privée extérieure pour préparer, pour vous assister, pour conseiller les personnes auditionnées dans le cadre de la commission d’enquête ? », lui demandait le député UDR de l’Hérault, lors de sa seconde audition, le 8 avril. « Non. » Imperturbable, Delphine Ernotte n’a visiblement rien à se reprocher. « Je vais répondre très simplement : non. Aucune entreprise privée n’a été utilisée pour travailler avec les personnes qui allaient être interrogées par la commission d’enquête. » Pourtant, c’est tout l’inverse que révèle Marianne, ce 9 juin. D’après les informations de nos confrères, le cabinet Forward Global est intervenu auprès des équipes de France Télévisions pour les préparer à leurs auditions. A minima lors de deux réunions d’une heure trente. Et d’un déjeuner de travail auquel a participé Delphine Ernotte en personne. Gageons qu’entre la poire et le fromage, le nom de Charles Alloncle a été prononcé à la table des puissants.

Spécialisé en communication de crise
Spécialisé en cybersécurité, le cabinet Forward Global accompagne aussi ses clients en matière de relations publiques et de communication de crise. Sur son site, au volet « communications stratégiques », le contenu des services de l’agence est sans équivoque : « Coaching en communication exécutive et formation aux médias : exercices de simulation pour les personnes représentant leur entreprise ou institution dans les médias, visant à améliorer leur capacité à communiquer efficacement avec les journalistes, le public et les autres parties prenantes clés. »

D’après Marianne, Forward Global « accompagne » France Télévisions depuis plusieurs années. La filiale du groupe spécialisée en communication de crise est l’agence DGM Conseil. Elle s’honore d’être un prestataire du service public. « En 2020, en partenariat avec France Télévisions, nos équipes ont géré la communication digitale de l’opération caritative « Tous Unis pour le Liban », autour d’un grand concert à L’Olympia », peut-on, par exemple, lire sur son site. L’un des salariés de l’agence, Xavier Kreutzer, désormais spécialisé dans la gestion de crise, connaît d’ailleurs bien de l’intérieur la boutique, puisqu’il a lui-même travaillé, dans le passé, à France Télévisions.

« Si on ne dit pas la vérité, cela s’appelle du parjure, souligne, auprès de BV, Caroline Parmentier, députée RN du Pas-de-Calais et secrétaire de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public (voir son interview sur BV). Il faut qu’elle en réponde ; ces gens-là ne sont pas au-dessus des lois, renchérit-elle. Qu’en pense Jérémie Patrier-Leitus ? », lance, un brin caustique, la parlementaire. Le député Horizons a tenu bravement son rôle de « père la morale » durant les six mois de travaux de la commission qu’il présidait.

Madame Ernotte, pourquoi avoir menti ? »
« Cette affaire est une fumisterie de plus », tempête Christophe Tardieu, le secrétaire général de France TV, auprès du Figaro. Le cabinet de Delphine Ernotte se défend et joue la carte de l’enfant de chœur. Sage comme une image et blanc comme neige. Il évoque des conseils « hors contrats » et un « simple échange d’expérience ». Comique, non ? « C’est toujours payant, ce genre de choses, ironise Caroline Parmentier, ce sont des échanges de bons procédés ». Et la parlementaire d’évoquer la polémique des suites dans lesquelles logeaient des dirigeants de France Télévisions lors du festival de Cannes en échange d’espaces publicitaires.

Du petit-lait pour Charles Alloncle, dans le cadre du bras de fer qui l’oppose à Delphine Ernotte. L’élu ne compte pas en rester là et s’apprête à déposer un article 40 auprès du procureur de la République, selon le Code de procédure pénale. « Le délit de parjure devant une commission d’enquête parlementaire est passible de cinq ans d’emprisonnement et de 75.000 euros d’amende », rappelle le député ciottiste. « Madame Ernotte, pourquoi avoir menti ? Comment les Français qui payent pour France Télévisions peuvent-ils encore vous faire confiance ? » Ha, parce qu’il en reste ?

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