Sébastien Delogu risque 5 ans de prison, 750.000 € d’amende

Jusqu’à cinq ans de prison, 750.000 euros d’amende et l’inéligibilité : le député insoumis Sébastien Delogu jugé pour avoir divulgué des informations privées.

Le député insoumis des Bouches-du-Rhône sera jugé pour avoir détenu, puis diffusé publiquement des documents privés volés à un entrepreneur.

Il risque l’inéligibilité : Sébastien Delogu, député insoumis des quartiers nord de Marseille, sera jugé mardi 9 juin pour avoir détenu, puis diffusé publiquement, des documents privés volés à un entrepreneur, à qui il reprochait ses liens avec Israël.

Son avocat, Me Yones Taguelmint, a toutefois indiqué à l’AFP que le député ne se présenterait pas à l’audience mardi, du fait d’un « climat très tendu » autour de lui: Sébastien Delogu a dénoncé récemment plusieurs agressions et menaces le visant. Rappelant que son client « a répondu aux enquêteurs et n’entend pas se cacher derrière l’immunité parlementaire », Me Taguelmint va demander le renvoi du procès.

Accusé de recel de biens provenant d’un vol, et divulgation d’informations personnelles permettant d’identifier ou localiser une personne et exposant un risque direct d’atteinte à la personne, et atteinte au secret des correspondances, Sébastien Delogu encourt cinq ans de prison et 750.000 euros d’amende, et une peine complémentaire d’inéligibilité.

Une pochette volée
Les faits remontent au 19 septembre 2024, en plein conflit social dans la société Laser Propreté, en charge du nettoyage de la gare Saint-Charles et du réseau de transports marseillais.

Le dirigeant de la société, Isidore Aragones, ex-président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) de Marseille, voit s’introduire dans son bureau des représentants du personnel et des salariés, se plaignant notamment de ne pas percevoir l’intégralité de leurs salaires.

Quand ils repartent, il réalise qu’une pochette lui a été volée. À l’intérieur : son passeport et celui de son épouse, un devis pour un voyage à l’étranger, et d’autres documents privés.

Cinq jours plus tard, Sébastien Delogu, qui soutenait les grévistes de Laser Propreté, diffuse sur son compte Instagram « une grande partie des documents dérobés à Isidore Aragones, évoquant ses liens avec l’État d’Israël, ainsi que ses projets financiers personnels », selon le parquet.

Dans ses messages sur les réseaux sociaux, M. Delogu ironisait sur le coût des voyages de Isidore Aragones au Brésil et en Israël et des travaux prévus dans une résidence secondaire, évoquant aussi le soutien de l’ex-avocat à l’armée israélienne.

Le député des quartiers Nord de Marseille s’était fait connaître du grand public en brandissant un drapeau palestinien en séance à l’Assemblée nationale pour dénoncer la situation à Gaza en mai 2024, ce qui lui avait valu une exclusion temporaire de l’hémicycle.

« Je vis dans la peur depuis deux ans »
L’avocat d’Isidore Aragones, Me Samuel Chicha, a expliqué à l’AFP que son client attendait « d’être reconnu en qualité de victime ». « Il a reçu des appels malveillants, des menaces, cette histoire l’a poursuivi », a-t-il ajouté, dans le contexte du conflit au Proche-Orient.

Isidore Aragones a décrit à l’AFP : « Je vis dans la peur depuis deux ans, tous les matins quand je prends ma voiture, je regarde d’abord tout autour ». « Quand on connait ses followers, il m’a mis une cible dans le dos, c’est inacceptable », a-t-il déploré, estimant qu’un homme avec un tel comportement « ne peut pas représenter la nation ».

Me Taguelmint rappelle que les faits reprochés à M. Delogu s’inscrivent dans « un contexte précis » : le 19 septembre 2024, avant les événements au siège de Laser Propreté, la fille d’Isidore Aragones, avocate au barreau de Marseille, avait apostrophé Sébastien Delogu et Manuel Bompard à la terrasse d’un café, une altercation filmée et diffusée sur les réseaux.

« Vos bipeurs n’ont pas sonné? », a demandé Anouck Aragones. Deux jours plus tôt, deux vagues d’explosions d’appareils électroniques piégés avaient tué au Liban des membres du Hezbollah pro-iranien. Le ton monte, l’avocate se revendique « sioniste », puis demande : « l’antisémitisme, ça se soigne ? ».

Sébastien Delogu a déjà été condamné en 2025 pour « violences aggravées » à l’encontre de deux cadres de l’Éducation nationale en marge d’un blocus lycéen en 2023 à Marseille.

Fin mai, il a porté plainte contre un homme qui l’aurait insulté, agressé et menacé de mort, lui reprochant ses positions contre le gouvernement israélien. Le parquet de Marseille a ouvert une enquête.

Candidat malheureux à la mairie de Marseille, Sébastien Delogu a été ciblé durant la campagne des municipales par une campagne « d’ingérence numérique » dans laquelle seraient impliquées des officines israéliennes, avait indiqué à l’AFP une source informée, confirmant des informations parues dans les quotidiens de désinformation français Libération et israélien Haaretz.

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