Etats-Unis : « Sa position est affaiblie »… Pourquoi le vote contre la guerre en Iran est un « camouflet » pour Trump

Sale semaine pour Donald Trump. Après un clash avec son allié Benyamin Netanyahou lundi, le président américain doit maintenant composer avec la désapprobation d’élus du Congrès sur la guerre en Iran, dans laquelle il s’enlise depuis le 28 février dernier. Mercredi, la Chambre américaine des représentants a voté en faveur d’une résolution ordonnant le retrait des troupes américaines « des hostilités contre la République islamique d’Iran ».

Ce texte était la quatrième tentative des élus pour limiter les pouvoirs de guerre du dirigeant américain, qui est passé outre l’autorisation du Congrès exigée sous 60 jours après le déclenchement des hostilités selon la loi. S’il n’est que symbolique, le président conservant un droit de veto, ce vote reste un message clair pour le locataire de la Maison-Blanche. « Sa position est affaiblie », tranche Ludivine Gilli, directrice de l’Observatoire de l’Amérique du Nord à la Fondation Jean-Jaurès, qui pointe même un « camouflet ».

Voix dissonantes

Quatre représentants républicains ont joint leurs voix aux démocrates pour adopter la résolution : Brian Fitzpatrick, Tom Barrett, Warren Davidson et Thomas Massie. Ce dernier, élu dans le Kentucky, avait déjà pris ses distances avec Donald Trump depuis quelques mois. Sanction immédiate : il a été battu mi-mai par un candidat soutenu par le milliardaire républicain à l’occasion d’une primaire dans son Etat.

« Depuis qu’il est revenu au pouvoir, Trump tient le parti d’une main de fer, décrypte Ludivine Gilli. Il a montré sa capacité à faire échouer les campagnes de réélection de certains députés ou sénateurs républicains en leur opposant des candidats qu’il a validés. » Et jusqu’à présent, cette menace payait. « Depuis janvier 2025, il fait à peu près ce qu’il veut, souligne-t-elle. Mais ce vote montre que les élus contre lesquels il s’est mobilisé lui rendent la pareille et que d’autres élus, qui n’avaient pas encore été ciblés, osent s’opposer avec des conséquences. »

Les élections en ligne de mire

Est-ce pour autant le signe de fissures au sein du Grand Old Party (GOP) ? Difficile d’imaginer une rébellion massive au Congrès pour Ludivine Gilli. Mais quelques élus, notamment au Sénat où les mandats sont plus longs, pourraient faire pencher la balance sur certains votes. « Les sénateurs qui se sont vus opposés des candidats républicains aux primaires n’ont plus rien à perdre. Certains avaient mis leur fierté et leur langue dans leur poche sur certains sujets, mais plus rien ne les retient », détaille Ludivine Gilli.

A l’image de John Cornyn, sénateur du Texas battu par Ken Paxton, sélectionné par le président, ou encore Bill Cassidy, soutien de la destitution de Trump en 2021 et défait à la primaire sénatoriale de Louisiane par un candidat MAGA. « Certains sont aussi en campagne pour leur réélection », avance Ludivine Gilli. Parmi les quatre voix dissonantes, tous se présentent dans des territoires où le scrutin s’annonce serré et deux sont des vétérans de l’armée américaine. Sur le terrain, le rejet de la guerre peut faire mouche auprès des électeurs.

Une guerre impopulaire

« Cette guerre est la plus impopulaire probablement depuis la Seconde Guerre mondiale, assure Romuald Sciora, chercheur associé à l’IRIS, directeur de l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis. Il y a une grande déception du côté des républicains, de la base MAGA de Donald Trump mais aussi de la population en général qui rejette ce conflit, qui semblait inutile et qui est aujourd’hui perdu ». Les conséquences économiques sont palpables. « L’inflation grimpe, les prix à la pompe se sont stabilisés mais ne sont pas retombés… », énumère Ludivine Gilli.

« Il y a toujours eu ces électrons libres opposés à Donald Trump, mais cette fois il est plus fébrile qu’il ne l’a jamais été. Et il est isolé à la Maison-Blanche », note Romuald Sciora, auteur de America 250, une histoire graphique des Etats-Unis (éd. Point Nemo). Fin février, les opérations ont été déclenchées contre l’avis de son vice-président J.D. Vance et de Susie Wiles, sa puissante directrice de cabinet.

« Toujours le maître »

« Trump n’est pas à terre », tempère néanmoins le spécialiste. « Il suffit d’obtenir un accord avec l’Iran, de crier victoire et de passer à autre chose, en faisant tomber le régime castriste à Cuba par exemple, et il reprendra la main, expose-t-il. Et si les élections de mi-mandat ne sont pas trop méchamment perdues, il sera toujours le maître au sein du parti. »

Toujours aussi prolixe sur son réseau Truth Social, Donald Trump a critiqué ce vote qu’il qualifie de « dénué de sens » et d’acte « antipatriotique ». « Ce sont des opportunistes ! Ils devraient avoir honte », a-t-il lancé à l’adresse des députés républicains dissidents. Si les élus démocrates ont salué « un message fort et sans équivoque » à l’adresse du président, pas sûr que l’intéressé ne se sente concerné.

La source de cet article se trouve sur ce site

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

PARTAGER:

spot_imgspot_img
spot_imgspot_img