Edward G. Robinson: Le G garde une trace de Goldenberg?

Edward G. Robinson: le gangster le plus célèbre à l’écran

À 9 ans, il arrive à New York depuis Bucarest avec un nom que Hollywood n’aurait jamais mis sur une affiche. À 37 ans, Little Caesar fait de lui le gangster le plus célèbre d’Amérique. À 63 ans, il vend sa collection d’art pour payer son divorce. À 79 ans, l’Oscar arrive trop tard.

Il s’appelle Edward G. Robinson.

Mais avant cela, il s’appelait Emanuel Goldenberg.

Chez lui, les proches l’appelaient Manny.

Il naît le 12 décembre 1893, dans une famille juive roumanophone et yiddishophone de Bucarest. Son père travaille comme artisan. Sa mère tient la maison. La famille vit avec la peur ordinaire des violences antisémites de l’époque.

Puis vient le départ.

En 1904, les Goldenberg arrivent aux États-Unis. New York devient leur nouveau monde. Le Lower East Side devient leur école, leur refuge, leur épreuve.

Manny apprend l’anglais.

Il étudie.

Il pense d’abord devenir avocat, puis acteur.

En 1913, il choisit un nom de scène: Edward G. Robinson. Le G garde une trace de Goldenberg, comme un fil discret entre l’enfant immigrant et l’homme qui va entrer dans les cinémas américains.

Pendant des années, il travaille sur scène.

Puis, en 1931, Little Caesar sort.

Il joue Rico Bandello.

Petit.

Brutal.

Sec.

Dangereux.

Le public le voit et n’oublie plus son visage.

Hollywood lui donne alors des gangsters, des durs, des hommes qui menacent, ordonnent, frappent, regardent sans ciller.

Mais l’homme réel est presque l’inverse.

Robinson lit énormément.

Il parle plusieurs langues.

Il collectionne les peintures impressionnistes et postimpressionnistes avec une passion rare à Hollywood.

Degas.

Monet.

Pissarro.

Cézanne.

Renoir.

Dans les films, il est une menace.

Dans sa maison, il est un collectionneur devant une toile.

Cette contradiction le rend fascinant.

Le public connaît le criminel.

Ses amis connaissent Manny.

En 1927, il épouse Gladys Lloyd. Leur mariage dure près de 30 ans, mais se termine difficilement. En 1956, le divorce l’oblige à vendre la collection d’art qu’il a bâtie pendant des années. Stavros Niarchos l’achète pour plusieurs millions de dollars.

Pour Robinson, ce n’est pas seulement une vente.

C’est une amputation.

Puis Jane Bodenheimer entre dans sa vie.

Elle est créatrice de mode, connue professionnellement sous le nom de Jane Adler. Ils se marient en 1958. Elle ne lui rend pas sa jeunesse, ni sa première collection, ni les années perdues.

Mais elle lui rend une maison calme.

Une présence.

Une fin plus douce.

Il continue de travailler. Il apparaît dans Double Indemnity, Key Largo, The Ten Commandments, puis Soylent Green.

Soylent Green sera son dernier film.

Dans la scène finale, son personnage meurt pendant que Charlton Heston, son ami, joue face à lui. Robinson sait alors qu’il est gravement malade. Le cinéma enregistre sa dernière sortie avant que la vraie mort n’arrive.

Le 26 janvier 1973, Edward G. Robinson meurt à Los Angeles.

Il a 79 ans.

Il n’a jamais été nommé une seule fois aux Oscars.

Pas une.

Pourtant, quelques semaines avant sa mort, l’Académie a décidé de lui remettre un Oscar honorifique pour l’ensemble de sa carrière, le décrivant comme un artiste, un mécène et un citoyen, « a Renaissance man ».

Quand il apprend la nouvelle, il réagit avec une phrase simple :

“How sweet it is.”

Il voulait être là.

Il n’y sera pas.

Le 27 mars 1973, au Dorothy Chandler Pavilion, Charlton Heston monte sur scène pendant la 45e cérémonie des Oscars. Il présente l’Oscar honorifique d’Edward G. Robinson.

Jane Robinson l’accepte à sa place.

Elle ne fait pas un grand discours.

Elle dit simplement merci.

Et ce petit mot porte tout: l’enfant de Bucarest, le Lower East Side, Little Caesar, les tableaux vendus, les rôles oubliés par l’Académie, la maladie, et l’homme qu’elle appelait Manny.

L’Oscar arrive après la mort.

Mais il arrive quand même.

Pas pour Rico Bandello.

Pas pour le gangster.

Pour Emanuel Goldenberg.

Pour Edward G. Robinson.

Pour Manny.

Parfois, la reconnaissance arrive trop tard pour être entendue en public.

Mais pas trop tard pour dire la vérité.

Un homme peut jouer des monstres toute sa vie et rester, dans l’intimité, l’un des êtres les plus doux de la pièce.

JForum.fr avec Meta

La rédaction de JForum, retirera d’office tout commentaire antisémite, raciste, diffamatoire ou injurieux, ou qui contrevient à la morale juive.

La source de cet article se trouve sur ce site

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

PARTAGER:

spot_imgspot_img
spot_imgspot_img