Le défilé de personnalités politiques françaises s’accélère à Kiev depuis quelques semaines. Edouard Philippe y était le 26 mai dernier. Bruno Retailleau six jours plus tôt. Gabriel Attal s’est rendu en Ukraine quatre fois. Raphaël Glucksmann est un habitué, et ce depuis le début des manifestations de 2013. Tous ont un point commun : ils sont candidats à l’élection présidentielle française l’an prochain.
Se rendre en Ukraine est devenu un passage obligé pour ceux qui prétendent à la fonction suprême. « L’époque où on pouvait faire une campagne purement hexagonale est derrière nous », explique au Parisien Brice Teinturier, directeur général délégué d’Ipsos. Si les responsables politiques français ne peuvent échapper à cette visite pour marquer leur soutien à l’Ukraine, que peut en tirer de son côté Volodymyr Zelensky ?
La France, un soutien clef pour l’Ukraine
Au-delà de la « tradition » diplomatique, « rencontrer des candidats qui ont des chances de devenir président ou occuper un poste important permet d’avoir un bon contact pour l’avenir », explique Nicolas Tenzer, spécialiste des questions internationales et auteur de Notre Guerre (Editions de L’Observatoire). En ce qui concerne le terrain ukrainien, Fabienne Hara, directrice du programme Europe de Crisis Group, la prochaine échéance électorale « suscite une incertitude quant à la poursuite du soutien à l’Ukraine » dans sa guerre contre la Russie. Plus qu’un pari, ces visites sont « un principe de précaution », résume Nicolas Tenzer.
Engager ou entretenir de bonnes relations, c’est une manière de s’assurer de la continuité de cette politique menée par Emmanuel Macron. Car aujourd’hui, « le rôle de l’Europe dans le soutien financier et militaire apporté à l’Ukraine s’est accru au point de remplacer les États-Unis », rappelle l’experte. Kiev a besoin de ce soutien européen dans lequel Paris tient un rôle militaire clef avec la formation de plus de 20.000 militaires ukrainiens depuis 2022, financier puisque l’aide de la France fait partie des plus élevées dans l’UE, avec 7,56 milliards d’euros et diplomatique en soutenant les sanctions contre la Russie.
Des engagements nuancés
Pour ce qui est des rencontres, des visites, des personnalités, Volodymyr Zelensky laisse ses conseillers lui indiquer quoi faire. Avec un emploi si chargé qu’un président en guerre depuis plus de quatre ans, il ne peut pas voir tout le monde. Si Edouard Philippe a pu lui serrer la main mais pas Bruno Retailleau, ce n’est pas forcément parce que le second s’est montré plus prudent sur une future adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne, mais simplement « parce que ce n’est pas toujours possible de recevoir tout le monde », estime Nicolas Tenzer. Et peut-être qu’il s’agit aussi de miser sur le cheval qui a le plus de chances de gagner la course à l’Elysée.
Ce n’est pas anodin de voir le chef des Républicains montrer clairement son soutien à l’Ukraine, surtout quand on sait les liens qu’a entretenus son proche allié François Fillon avec la Russie jusqu’en 2022. C’est même « plutôt une bonne chose », selon Nicolas Tenzer, qui se félicite d’observer un soutien à l’Ukraine au PS, chez les Verts jusqu’aux Républicains « malgré les nuances entre les partis et les candidats ».
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Raphaël Glucksmann est ainsi engagé dans la cause ukrainienne depuis la « révolution de Maïdan » en 2014. Gabriel Attal, ancien Premier ministre d’Emmanuel Macron, avait eu l’occasion par ses fonctions de montrer que la France se tient au côté de l’Ukraine. Et si certains soutiens paraissent plus récents, « ils ne sont pas forcément opportunistes, veut croire Nicolas Tenzer. Ils ont juste compris un peu sur le tard. » Finalement, pour Volodymyr Zelensky, peu importe la raison qui pousse ces candidats à faire le déplacement dans un pays en guerre, « il a besoin de tout le soutien possible, plus on parle de l’Ukraine, mieux c’est », ajoute Fabienne Hara.
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