♫ Que reste-t-il, de nos amours, de l’élection d’avril, des rendez-vous, Macron, Prime Macron, de ma jeunesse… ♫ Alors que la Prime Macron est ressortie des placards pour lutter contre cette sale inflation post-détroit d’Ormuz, il est temps de se poser la question. Et si au fond, c’était cette mesure économique la plus historique du double quinquennat du Mozart de la finance ? La réforme des retraites suspendue, les aides à l’alternance rabotées, la taxe d’habitation qui menace de revenir… Que restera-t-il de la Macronie dans 15, 20 ou 30 ans, lorsqu’on l’étudiera au carbone 14 ?
Et bien peut-être cette prime justement, « un outil malin », juge Stéphanie Villers, macro-économiste à PwC France et Maroc. Pensée initialement pour calmer la colère des « gilets jaunes » en 2019, la prime Macron a déjà une durée de vie bien plus longue que prévu. Refondée en 2022 sous le nom de prime de partage de la valeur (PPV) (mais toujours appelé « Prime macron » dans le langage courant), elle a connu une deuxième jeunesse face à l’inflation suite à la guerre en Ukraine. En 2023, environ 5,9 millions de salariés en étaient bénéficiaires, soit encore plus que pendant la crise des « gilets jaunes » – 4,9 millions – ou le Covid 2020 – 5,5 millions selon l’Insee.
Ça s’en va et ça revient
Fixée librement par l’employeur, la PPV est exonérée de cotisations et contributions jusqu’à 6.000 euros sous conditions. Une exonération d’impôts sur le revenu est également en vigueur dans les entreprises de moins de 50 salariés en dessous de 3 Smic.
Certes, depuis 2024, la PPV connaît une baisse massive d’usage. Seulement 2,9 milliards d’euros y ont été consacrés en 2025, contre 4,57 milliards en 2023, selon l’Insee. Mais voilà donc qu’elle pourrait reconnaître un troisième retour en forme en 2026, preuve de son ultrapolyvalence. « Elle s’est déjà montrée très utile pour limiter la casse auprès du pouvoir d’achat, et pourrait servir à chaque choc exogène », estime Stéphanie Villers. De quoi la ressusciter encore et encore.
Surtout qu’avec le déficit massif de la France et l’explosion de la dette, les caisses de l’Etat sont vides. « Les aides de l’Etat et le »Quoi qu’’il en coûte » vont devenir de plus en plus impossibles aujourd’hui aux vues des finances publiques », poursuit la spécialiste. Reste donc cette prime défiscalisée, pour inciter les entreprises à faire un effort. Entre les caisses vides, et un contexte géopolitique plus que tendue et qui ne devrait pas manquer de nouvelles zones de tensions dans les décennies à venir, la prime Macron pourrait faire à nouveau parler d’elle.
« Ce n’est pas très novateur »
Suffisant pour passer à la postérité ? Alexis Guillaume, économiste à l’Institut Avant-Garde et spécialiste des politiques économiques publiques, se montre plus sceptique : « Défiscaliser ou exonérer de cotisations en période de crise, ce n’est pas très nouveau », pointe-t-il. « Macron est celui qui le fait le plus, ça peut effectivement être sa marque de fabrique. Cela a quand même porté son nom. »
Reste toutefois à savoir la place, positive ou négative, qu’elle aura dans l’histoire économique du pays. « Une étude de l’Insee montre que l’utilisation de cette prime a eu une utilité courte termiste sur le pouvoir d’achat, mais qu’elle a découragé les augmentations de salaire plus pérenne », note l’expert. Ainsi, en 2024, la France avait de loin la plus faible croissance salariale nette de toute l’Europe, avec seulement + 0,7 %, contre + 1,6 % pour le Royaume-Uni, 1,9 % pour l’Espagne, 2,2 % pour l’Allemagne et même 2,7 % pour l’Italie.
Il serait rude d’imputer cette stagnation, en cours depuis des années en France, à la seule prime Macron. Mais il est certain qu’elle n’a pas aidé, pour Alexis Guillaume : « C’est une double-peine. Non seulement, à moyen terme, votre salaire n’augmente pas, mais à long terme, vous ne cotisez pas pour votre retraite avec ce genre de prime. Votre niveau de vie baisse donc ».
Un manque de grandeur ?
Stéphanie Villers défend : « Aujourd’hui, avec la flambée des coûts, de nombreuses entreprises n’ont plus les moyens d’augmenter les salaires et se battent déjà pour survivre ». 19.243 défaillances d’entreprises ont été comptabilisées en France au premier trimestre 2026, selon l’Insee, un plus haut historique en augmentation de 6 % par rapport au premier trimestre 2025.
Alexandre Eyries, enseignant-chercheur HDR en sciences de l’information et de la communication à l’université catholique de l’Ouest, voit difficilement l’outil marquer les mémoires, car la postérité est rarement accordée à de simples primes. Qui se souvient des Balladurettes et des Jupettes, surnoms donnés aux primes à la casse sous le mandat de Premier ministre d’Edouard Balladur et d’Alain Juppé, interroge-t-il.
« Pour un double mandat présidentiel, une prime, ça manque quand même de grandeur au moment du bilan. De Macron, on se souviendra plus du contexte géopolitique et de la dimension internationale… », estime-t-il. Des crises majeures exogènes, responsable du maintien de cette prime, mais qui la feront aussi passer aux oubliettes de l’histoire.
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