Au moins quatre personnes ont été tuées et plus de cent blessées en Ukraine dans d’intenses bombardements russes nocturnes qui ont particulièrement visé la capitale.
Kiev et Moscou ont fait état de l’utilisation par la Russie de son missile balistique à capacité nucléaire Oreshnik. L’Union européenne et Emmanuel Macron ont fermement condamné l’utilisation de ce vecteur. Voici ce que l’on sait.
Que s’est-il passé ?
La Russie a visé l’Ukraine avec « 90 missiles et 600 drones », ont indiqué les forces de l’air ukrainiennes dimanche matin, précisant que 55 missiles et 549 drones ont été interceptés. L’un de ces missiles était un Oreshnik, missile balistique hypersonique russe de portée intermédiaire et capable de transporter des ogives nucléaires, a indiqué de son côté le président ukrainien Volodymyr Zelensky.
Vladimir Poutine « a lancé son Oreshnik contre Bila Tserkva », a déclaré Volodymyr Zelensky. Cette zone est située au sud-ouest de Kiev, à 1.130 km du site de lancement du missile. « Ils sont vraiment fous » a ajouté le président ukrainien. Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent que le missile a déployé six grappes de sous-munitions, déployant chacune six sous-munitions, soit 36 au total.
Le président Volodymyr Zelensky avait mis en garde la veille contre des préparations en vue d’une frappe massive avec utilisation possible de ce missile Oreshnik. L’ambassade américaine à Kiev avait également « reçu des informations concernant une attaque aérienne potentiellement importante qui pourrait survenir à tout moment ».
Qu’est-ce que le missile Oreshnik ?
L’Oreshnik, qui signifie « noisetier » en russe, est un missile balistique « à portée intermédiaire » qui est capable d’atteindre des cibles comprises entre 3.000 et 5.500 kilomètres. Il n’entre donc pas dans la catégorie des missiles intercontinentaux qui ont une portée de plus de 5.500 km. Selon Vladimir Poutine, ce missile hypersonique peut atteindre la vitesse de Mach 10, « soit 2,5 à 3 kilomètres par seconde » (environ 12.350 km/h). Muni de têtes multiples qui suivent chacune une trajectoire indépendante lors de leur entrée dans l’atmosphère, ce missile serait d’autant plus difficile à intercepter, a affirmé le président russe.
Des affirmations qu’il faut relativiser, selon les spécialistes. « L’impact réel de ce missile est probablement relativement faible en raison d’une précision terminale limitée, compensée par l’utilisation de 36 sous-munitions uniquement cinétiques [non guidées] », explique sur X Etienne Marcuz, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS). L’Oreshnik est ainsi « une arme de saturation, destinée uniquement à traiter des cibles étendues – villes, bases aériennes, sites industriels… »
Par ailleurs, « la Russie ne dispose probablement que d’un petit nombre de lanceurs et de vecteurs, ne permettant pas, à court terme, une campagne de frappes prolongée sur le modèle des attaques balistiques iraniennes. Il s’agit donc avant tout d’une arme psychologique, du moins dans sa version conventionnelle, l’Oreshnik étant une arme à capacité duale pouvant être équipée de charges nucléaires ».
Est-ce la première fois que la Russie utilise ce vecteur ?
Non, c’est la troisième fois, après les tirs de novembre 2024 et janvier 2026. Le 21 novembre 2024, il avait frappé une grande usine militaire dans la ville de Dnipro, dans le centre de l’Ukraine. Moscou a depuis annoncé le début de sa production en série et la Biélorussie, pays allié de la Russie, a indiqué qu’il a été déployé sur son territoire mi-décembre 2025. Le 9 janvier dernier, un nouvel Oreshnik avait touché la région de Lviv, dans l’ouest du pays, visant certainement un dépôt de gaz souterrain dans cette région située près de la frontière avec la Pologne.
Un « message stratégique envoyé aux Occidentaux »
« La France condamne cette attaque et le recours au missile balistique Oreshnik, qui signent surtout une forme de fuite en avant et l’impasse de la guerre d’agression de la Russie » a dénoncé ce dimanche Emmanuel Macron sur X, soulignant que des « objectifs civils » étaient visés. Le ministère de la Défense russe affirme, lui, n’avoir visé que des cibles militaires.
Rome a également « condamné fermement » l’utilisation de ce missile, de même que l’Union européenne, qui dénonce « une tactique d’intimidation politique et un jeu téméraire avec le bord du précipice nucléaire » a écrit la cheffe de la diplomatie de l’UE Kaja Kallas.
Etienne Marcuz explique de son côté que « le Kremlin cherche probablement à envoyer un message stratégique aux Occidentaux, visant à rappeler au besoin que la Russie reste une grande puissance, malgré ses déconvenues en Ukraine ».
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