Iran: des négociations pour la paix ?

RJ 30/4/26  Les bombardements de  l’Iran ont cessé depuis le 7 avril 2026, il y a quatre semaines.  Depuis lors,  le blocage du détroit d’Ormuz est devenu l’épouvantail de nos sociétés.

Alors que le Président américain répète qu’il a gagné la guerre et que l’ennemi n’a plus de marine, la télévision iranienne montre de petites vedettes prenant le contrôle d’un navire récalcitrant. Peu à peu s’infiltre en nous l’image d’un Iran agile et résilient face à des Etats Unis surarmés et patauds.

Désormais, pour bien des commentateurs, Trump a perdu cette guerre  et il doit négocier sous peine de plonger l’économie mondiale dans la tourmente.

Notons néanmoins, en ce qui concerne l’économie américaine qui est la seule qui préoccupe le président américain, que en deux mois, depuis le 28 février, le SP500, l’indice de la Bourse a monté de 2,5% et que l’inflation ne s’élève qu’à 3,3% en glissement annuel alors que, avant même la hausse des prix du pétrole, on redoutait les effets sur la hausse des prix de l’augmentation des tarifs douaniers. Grâce à la Cour Suprême qui les a largement invalidés et aux assouplissements auxquels il a lui-même procédé, le Président américain a évité au consommateur un choc inflationniste.

Si la majorité des électeurs lui sont actuellement hostiles, les élections de midterms ne sont que dans six mois et Trump espère que le nouveau Gouverneur de la FED sera moins inflexible sur les taux que son prédécesseur, et mettra ainsi les Républicains en meilleure posture électorale.

De plus, bonne nouvelle pour le Président, plusieurs Etats  démocrates sont en gros troubles économiques. Il en est ainsi de l’Etat de New York et plus encore de la Californie, qui ayant imposé des taxations élevée pour des raison écologiques, a fermé ses raffineries, importe une partie de son pétrole du Moyen Orient et se retrouve avec des prix à la pompe supérieurs de moitié à ceux de la moyenne américaine.

Au contraire, des Etats républicains comme la Louisiane qui produit du gaz, l’Alaska, le Dakota et surtout le Texas à cause de leur pétrole sont de grands bénéficiaires de la crise du détroit d’Ormuz.

Ces considérations permettent de croire Donald Trump quand il dit qu’il a le temps, alors que beaucoup estiment qu’il cherche avant tout à se débarrasser du fardeau iranien.

C’est certainement cela que pensent les dirigeants iraniens, qui n’ont pas, eux, à se soucier d’élections. Un Président américain pressé d’en finir, quelle aubaine !

D’autant plus qu’on sait que Trump a peur de s’engager dans un conflit au sol où, en face d’ennemis heureux de donner leur vie pour le paradis et ses délices, il aurait à rendre compte à son  peuple de chaque soldat tué si loin du continent américain et pour une cause qui reste obscure à beaucoup.

On ne doit pas cependant sous-estimer la détermination du Président américain dont l’opinion à l’égard de l’Iran n’a pas varié depuis ses premiers pas en politique.

Il vient de  refuser d’hallucinantes exigences lors de la rencontre avortée d’Islamabad. Les Iraniens, se présentant comme les vainqueurs du conflit, revendiquaient une garantie américaine d’arrêter définitivement la guerre et de lever leur part du blocus et une reconnaissance du droit de l’Iran au contrôle du détroit d’Ormuz

Puis une fois les sanctions économiques annulées, l’Iran accepterait  de «discuter» du nucléaire. Cela lancerait les Etats Unis dans d’interminables négociations pendant que l’Iran aurait tout le loisir de reconstituer ses armements.

Même un Trump expert dans l’art de faire passer des vessies pour des lanternes aurait du mal à parler de victoire….

Le Président américain sait, quoi qu’il en dise, qu’il a piteusement échoué avec le dictateur nord-coréen. Mais pour ce dernier, la bombe atomique n’est qu’une garantie de survie du régime, alors que pour la théocratie iranienne, elle est un danger existentiel pour beaucoup de pays du et pas seulement pour Israël envers qui le régime, depuis sa création, réitère des promesses de destruction de façon obsessionnelle

«La paix n’est pas l’absence de guerre, c’est une vertu, un état d’esprit, une volonté de bienveillance, de confiance, de justice. » La phrase est de Baruch Spinoza. Avec l’Iran actuel, nous sommes aux antipodes.

Pourtant certains Etats, la France en particulier, insistent sur le fait que les Américains et les Israéliens mènent une guerre  illégitime, que cette guerre n’est pas la leur, et qu’un conflit ne peut se résoudre que par la diplomatie qui amènera enfin la paix pour la région… C’est la même conception de la paix que celle de Chamberlain et Daladier à Munich. Parler de paix avec un régime pareil, que ce soit avec ses fanatiques dits extrémistes ou ses fanatiques dits modérés, c’est humilier le sens de ce mot. Lorsque Mme Vautrin, ministre des Armées, assimile par ailleurs Tsahal au Hezbollah, elle fait pire encore…..

Que fera le Président américain, avec ses moyens et ses porte avions ? Les experts pensent aujourd’hui pour la plupart qu’il va resserrer lui-même le blocus dont les Iraniens ont voulu faire leur joker, car ce blocus dont ils ont tiré beaucoup de prestige leur coûte très cher.

Ce serait un habile retour du berger à la bergère. Chaque jour l’Iran perd près de 500 millions de dollars de revenus pétroliers et il aura de plus en plus de mal à payer ses services. Par ailleurs, le pétrole qui ne sort pas du puits se fige comme l’huile refroidie sur la poêle et peut rendre ce puits inutilisable, car le récurage y est bien plus complexe que dans une cuisine… C’est l’avenir du pays qui serait en jeu.

Mais il s’agit là d’anticipations et de mécanismes à long terme. Or, la résilience du régime iranien est extrême. Il se prépare depuis près d’un demi-siècle à la confrontation finale et ceux qui le dirigent (Vahidi notamment) sont ceux-là mêmes qui ont préparé cette résilience en multipliant, dispersant, enterrant les usines de fabrication des armes et en leur consacrant l’essentiel des revenus pétroliers du pays.

Il semble clair que la campagne de bombardements récente a détruit une grande partie du potentiel militaire, et notamment des moyens complexes de fabrication de missiles, une activité que l’Iran a développée alors qu’il était soumis aux sanctions du JCPOA et à laquelle des pays amis comme la Chine et la Russie (un autre bénéficiaire du blocus pétrolier) ont apporté leur concours logistique ou commercial. Les experts s’accordent pour évaluer que ce potentiel de fabrication a été détruit pour 60% à la suite des bombardements. Les pessimistes en concluent qu’il leur en reste près de la moitié…

Les bruit de délitement et de panique à l’intérieur du régime iranien appartiennent pour l’instant à la catégorie du wishful thinking, des désirs qu’on prend pour des réalités. Chacun des responsables iraniens sait qu’il s’agit pour lui et pour ses idées d’une question de survie. La décision appartient aux plus durs et les soi-disant modérés s’y conforment publiquement quand on le leur demande.

Quant au peuple iranien, il a été saigné par les massacres de janvier qui ont décapité en masse ceux qui ont levé la tête. Aussi affaibli puisse-t-il apparaitre, un régime organisé autour de la répression des opposants et de l’élimination des branches inutiles peut supporter longtemps un étranglement économique. De plus,ce régime a aujourd’hui des alliés: les pays qui aux Nations Unies l’ont choisi pour une fonction de prestige à l’ECOSOC en représentent un éventail.

Aussi longtemps que les militants de base des basidj et des pasdaran lui obéiront, autrement dit aussi longtemps qu’il pourra les payer, un tel régime pourra tenir. Le peuple iranien est une variable d’ajustement et c’est lui qui souffrira. Les pressions économiques,  ne suffisent pas à elles seules et est probable qu’une reprise des bombardements soit nécessaire pour démanteler en profondeur les structures de fabrication et de transport et les lieux de mobilisation. Nul ne sait aujourd’hui si Trump la décidera.

S’il le fait, on trouvera des commentateurs pour dire que c’est une nouvelle gesticulation criminelle. Il est à noter que suivant les sources iraniennes elles-mêmes, corroborées par des évaluations extérieures indépendantes, le nombre de morts provoquées par six semaines de frappes aériennes américaines et israéliennes est d’environ 3500, soit, malgré des erreurs sur des équipements civils (par exemple une école bombardée par les Américains), moins de 10% des morts provoqués en deux jours par les basidj dans la population iranienne au mois de janvier. Cette comparaison pour distinguer la guerre par rapport à la sauvagerie……

Le fait que le peuple iranien, dont la grande majorité  déteste le régime, trouve en lui les moyens de se révolter ne relève pas de l’évidence. Mais  la paix, la vraie, ne se fera que  sur les décombres de la théocratie. et non grâce à d’hypocrites appels à un dialogue diplomatique.

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