Avec l’aide de l’Inde: Israël inflige à l’Iran son coup le plus douloureux.
Dans un contexte où les routes commerciales deviennent un instrument de pression, un pays incapable de se positionner comme partie prenante de la solution risque de rester partie intégrante du problème. C’est l’occasion pour Israël de se forger une « assurance stratégique » et de devenir un maillon essentiel de la chaîne mondiale.
Kobi Ben Moshe
Téhéran pendant le cessez-le-feu | Photo : REUTERS/Thaier Al Sudani
Les annonces en Israël concernant l’accélération de l’initiative IMEC en raison des tensions autour du détroit d’Ormuz rappellent brutalement la dépendance de l’économie mondiale aux points de blocage géopolitiques.
Le chantage iranien persistant, conjugué à l’incertitude accrue lors des récents conflits, fait planer une grave incertitude sur la stabilité des principales routes commerciales.
Dans ce contexte, l’initiative du Corridor économique Inde-Moyen-Orient-Europe (IMEC) n’est plus une simple idée, mais une nécessité stratégique.
Ce corridor, destiné à relier l’Inde à l’Europe via les pays du Golfe, la Jordanie et Israël, offre une alternative terrestre et maritime permettant de contourner le détroit d’Ormuz et de réduire la dépendance à son égard.
Son potentiel économique est considérable et repose sur le volume d’échanges commerciaux qu’il permettra de connecter.
Ce corridor devrait relier des régions qui, ensemble, produisent près de la moitié du PIB mondial, les échanges entre les pays concernés étant déjà estimés à 1 600 milliards de dollars, soit environ 18 % du commerce mondial.
Les estimations indiquent que la construction de cette infrastructure pourrait à elle seule réduire les délais de transport maritime entre l’Asie et l’Europe d’environ 40 % et les coûts logistiques d’environ 30 %, ce qui représente un avantage concurrentiel direct et accroît le volume des échanges transitant par cet axe.
Projet IMEC : Route commerciale entre l’Inde et Israël | Photo : Utilisation autorisée en vertu de l’article 27A
En termes d’impact économique, les estimations pour les pays concernés indiquent déjà une augmentation des échanges commerciaux de plusieurs dizaines de milliards de dollars : par exemple, pour l’Inde seulement, cela représenterait une hausse d’environ 21,8 milliards de dollars par an des exportations et une augmentation du PIB pouvant atteindre 1,5 % d’ici la fin de la décennie.
Pour Israël, l’importance de cet accord réside dans son rôle de plaque tournante du transit : augmentation des volumes d’échanges, investissements de plusieurs milliards de dollars dans les infrastructures portuaires, ferroviaires et énergétiques, et développement des activités logistiques, énergétiques et numériques, notamment les interconnexions par câbles d’électricité, de gaz et de communication, susceptibles de générer de nouvelles sources de revenus et d’attirer des capitaux étrangers.
Mais au-delà de sa portée économique, il s’agit d’une manœuvre géostratégique susceptible de bouleverser l’équilibre des pouvoirs dans la région : si le commerce mondial trouve une voie alternative stable , l’influence de l’Iran diminuera et Israël bénéficiera d’une plus grande marge de manœuvre, notamment en matière de sécurité. La véritable question est donc : Israël est-il prêt à exploiter ce potentiel ?
Israël bénéficie d’une situation géographique privilégiée, mais fonctionne dans les faits davantage comme une île économique que comme un carrefour régional. Ses infrastructures existantes, notamment ses ports, ses voies ferrées et ses axes de transport, ont été conçues avant tout pour répondre aux besoins internes, et non dans une perspective faisant d’Israël un pont entre les continents.
L’IMEC change la donne. Elle exige une approche différente : il ne s’agit plus de concevoir des infrastructures au service du seul citoyen, mais des infrastructures au service d’une chaîne d’approvisionnement mondiale où Israël joue un rôle de premier plan.
Cela implique des investissements massifs dans le port d’Eilat, porte d’entrée du sud, une liaison ferroviaire à grande vitesse vers le nord, le développement d’aéroports pour le fret et l’intégration aux systèmes énergétiques, du gaz à l’électricité, qui relieront Israël, l’Europe et le Moyen-Orient.
L’exemple de la Corée du Sud, qui a fait du port de Busan un moteur de croissance nationale, n’est pas fortuit. Là aussi, on a compris qu’un petit pays peut devenir une puissance économique grâce à des infrastructures intelligentes et à une connectivité mondiale.
Israël se trouve à un stade similaire, mais cette opportunité pourrait disparaître rapidement. Le défi n’est pas seulement technique ou économique, mais aussi politique.
L’implication de l’Arabie saoudite dans le projet reste une question ouverte, mais même sans solution définitive, les progrès réalisés avec les États du Golfe et la Jordanie peuvent créer une dynamique positive.
De plus, l’existence même d’un tel processus engendre des investissements, une coopération et une interdépendance qui renforcent la stabilité régionale.
Il est important de comprendre que l’IMEC n’est pas qu’un simple projet de transport. C’est un mécanisme de création d’une « assurance stratégique » pour Israël.
Un pays qui fait partie intégrante de la chaîne d’approvisionnement mondiale est perçu non seulement sous l’angle de la sécurité, mais aussi comme un partenaire économique essentiel pour ses alliés.
Il s’agit d’un changement profond dans la perception du pouvoir. En fin de compte, la question n’est pas de savoir si le projet est économiquement viable à court terme, mais quel est le prix de l’inaction.
Dans un contexte où les routes commerciales deviennent un instrument de pression, un pays incapable de se positionner comme une partie de la solution risque de devenir une partie du problème.
Dès lors, voici la question stratégique à laquelle les dirigeants du pays doivent répondre : Israël continuera-t-il à privilégier une approche locale ou choisira-t-il enfin de s’engager sur la scène internationale ?
L’auteur est le PDG de la société de conseil et de gestion AVIV, qui fait partie du groupe MATRIX.
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