Élections palestiniennes ignorées: quand la réalité ne correspond pas au récit officiel
Sharon Levy
Les élections municipales palestiniennes se sont déroulées dans toute la bande de Gaza et en Cisjordanie, mais n’ont bénéficié que d’une couverture médiatique internationale minimale et souvent incomplète.
Lorsque la couverture médiatique existait, elle se limitait souvent à des récits familiers, reléguant au second plan les dynamiques politiques internes palestiniennes et les changements générationnels, et privilégiant plutôt l’accent sur Israël.
En ignorant ou en minimisant les développements et les changements politiques au sein de la société palestinienne, les médias occultent le rôle actif des Palestiniens.
Pour la première fois en 20 ans, les Palestiniens ont tenu des élections municipales à Gaza et dans plusieurs localités de Cisjordanie.
Cela aurait dû faire la une des médias.
Les élections israéliennes auront lieu dans plusieurs mois, mais elles font déjà la une des journaux. Pourtant, le scrutin palestinien s’est déroulé dans une relative indifférence médiatique. Et lorsqu’il a été évoqué, sa portée plus large a été largement ignorée: les élections offrent un aperçu de la société palestinienne – son orientation politique, ses tendances idéologiques et ses futurs dirigeants.
Couvrir ces élections aurait nécessité une chose que de nombreux médias évitent : déplacer l’attention d’Israël vers les dynamiques internes palestiniennes.
Ce changement remet en cause une vision médiatique établie de longue date qui présente Israël comme l’ auteur de tous les méfaits et le principal obstacle à la paix.
Pourtant, le simple fait que des élections aient eu lieu — même au niveau municipal et avec une faible participation — aurait dû leur conférer un intérêt médiatique certain. Les journalistes basés en Israël et en Cisjordanie publient quotidiennement des reportages sur la région. Le silence était ici un choix délibéré.
Et ce choix compte.
Ignorer les élections occulte des évolutions majeures au sein de la société palestinienne. Une jeune génération s’engage de plus en plus politiquement et recherche des alternatives à Mahmoud Abbas, chef du Fatah , et à ses 22 ans de règne.
Ces élections ont également mis en lumière une réalité souvent passée sous silence : les Palestiniens ne sont pas politiquement unis.
Gaza et la Cisjordanie fonctionnent selon des systèmes totalement différents, façonnés par le clivage persistant entre le Fatah et le Hamas . Malgré des efforts de réconciliation répétés, cette division perdure, engendrant des trajectoires politiques fondamentalement différentes.
Il ne s’agit pas d’un détail mineur. C’est un élément central pour comprendre la politique palestinienne.
Pourtant, dès que les élections ont fait la une des journaux, le discours habituel accusant Israël n’a pas tardé à se manifester. CNN , par exemple, a insisté sur le « bombardement » israélien comme un obstacle à la tenue du scrutin.
Ce qui manque à ce tableau : le Hamas.
Aux termes du cessez-le-feu, le Hamas est tenu de renoncer au pouvoir politique à Gaza. Son absence du scrutin n’est pas fortuite. Sa participation, conformément aux accords conclus entre l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) et l’Autorité palestinienne, aurait exigé la reconnaissance d’Israël et le soutien à une solution à deux États – des positions fondamentalement incompatibles avec l’idéologie du Hamas.
L’influence du Hamas était néanmoins indéniable.
Même sans se présenter officiellement aux élections, le groupe a maintenu son emprise sur le terrain, patrouillant les bureaux de vote. Des Gazaouis ont rapporté que certains candidats auraient des liens avec le Hamas . Dans un territoire gouverné d’une main de fer, une véritable indépendance est difficile, voire impossible.
Même sans victoire formelle, le Hamas conserve le pouvoir.
Toute critique du groupe entraîne de graves conséquences. Ceux qui osent s’exprimer ont été emprisonnés, torturés ou exécutés .
Et pourtant, il existe un détail crucial — et peu médiatisé.
Tous les candidats devaient respecter les accords reconnaissant Israël et rejetant la violence. Cette condition à elle seule représente un changement potentiel – un indicateur modeste mais significatif d’évolution politique.
C’est aussi un détail trop souvent négligé.
Quand on fait abstraction du contexte, l’action palestinienne se réduit à une simple réaction à Israël, sans refléter les dynamiques internes. Ignorer ou minimiser ces élections déforme la réalité et occulte l’évolution possible de la société palestinienne.
Ces élections ont offert une occasion rare d’explorer la complexité de la politique palestinienne.
Au lieu de cela, une grande partie des médias a choisi de ne pas regarder.
Née à Toronto, Sharon Levy s’est installée en Israël en octobre 2023 et a occupé divers postes au sein d’institutions de défense et de recherche israéliennes. Elle est titulaire d’une maîtrise en sciences politiques, avec une spécialisation en contre-terrorisme et cybersécurité, de l’Université Reichman.
JForum.fr avec HonestReporting
Crédit photo : Présidence palestinienne/Anadolu via Getty Images
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