Les navires autonomes d’Elbit et de l’Industrie aéronautique israélienne capables de neutraliser des mines dans le détroit d’Ormuz
Au cours de la guerre, l’Iran a dispersé des mines marines dans les eaux du détroit d’Ormuz, sans marquer précisément leur emplacement sur une carte. Les États-Unis ont lancé une opération pour les localiser et les neutraliser — une démarche susceptible de constituer un tournant dans un domaine où opèrent Elbit et l’Industrie aéronautique israélienne (IAI), grâce à deux navires autonomes qu’elles ont développés ces dernières années.
Le département de la Défense américain a annoncé mercredi que le déminage des eaux du détroit d’Ormuz pourrait durer six semaines, l’opération ayant débuté environ une semaine plus tôt. Ce processus pourrait marquer un moment clé pour le secteur des navires autonomes, un domaine resté en marge de l’industrie de l’armement ces dernières années, mais qui se révèle essentiel pour faire face à de tels défis.
L’arme du pauvre
Conformément à la stratégie iranienne dans la sphère aérienne — recourir à des moyens relativement peu coûteux, tels que missiles balistiques et drones dont le prix est bien inférieur à celui des avions de chasse ou des systèmes de défense aérienne qui les interceptent —, l’Iran utilise également en mer « l’arme du pauvre » : les mines marines.
La marine iranienne, lourdement frappée lors de l’opération « Rugissement du lion », conserve néanmoins suffisamment de petites embarcations pour larguer des mines marines, dont chacune ne coûte que quelques milliers de dollars. Or, chacune d’elles peut provoquer des dégâts se chiffrant en dizaines de millions de dollars, selon le bâtiment touché.
Ces mines, de moins d’un mètre de diamètre, peuvent contenir plusieurs centaines de kilos d’explosif. Elles se déclenchent sous l’effet de signaux sismiques, acoustiques, électromagnétiques, ou encore par contact avec l’hélice d’un navire. L’explosion crée une bulle d’eau qui soulève le navire, lequel se brise en retombant.
Selon le colonel (rés.) Shlomo Gueta, ancien chef de la recherche du renseignement de la marine israélienne : « Les Iraniens disposent de mines d’influence, copies d’un modèle soviétique KMD-500 de 500 kg dont 300 kg sont de l’explosif. »
Pour comparaison, les Houthis avaient utilisé dans le détroit de Bab el-Mandeb des mines ancrées beaucoup plus légères, de quelques dizaines de kilos. Les KMD‑500 conviennent pour des eaux peu profondes (jusqu’à 50 m). Ils peuvent être déclenchés par contact ou par signaux acoustiques/magnétiques. Deux mines peuvent être larguées depuis une simple embarcation pneumatique.
Le déminage, un défi de longue haleine
Comme sur terre, il est beaucoup plus aisé de déployer des mines que de les retirer. Les Iraniens ne savent pas forcément où se trouvent celles qu’ils ont larguées dans la précipitation, d’autant que les courants peuvent les déplacer. Selon Gueta, leur nombre réduit montre qu’elles servent surtout à dissuader, mais une telle démarche reste une « arme à double tranchant ».
Cette situation met en lumière le domaine du déminage maritime, où les grandes entreprises mondiales sont actives.
• Raytheon fabrique un mini‑torpille nommée Barracuda, de 12 kg et 1,2 m de long, qui peut être dirigée vers une mine repérée et la faire exploser.
• Thales a lancé un petit patrouilleur autonome de 12 m, Ariadne, capable d’opérer seul ou à distance, grâce à un sonar et à une IA de détection d’objets.
• Saipem (Italie) produit un mini‑sous‑marin autonome, Flat Fish, conçu pour repérer les mines jusqu’à 3 km de profondeur et parcourir 100 km avant recharge.
L’apport israélien : Seagull et BlueWhale
Les principales sociétés israéliennes — Elbit, Industrie aéronautique israélienne (IAI) et Rafael — développent elles aussi des systèmes similaires.
Le navire autonome Seagull d’Elbit (12 m, aluminium) peut servir de patrouilleur, torpilleur, chasseur de sous‑marins ou de mines. Non habité, il peut opérer plusieurs jours sans intervention humaine. Son sonar tracté détecte les mines, puis il déploie un robot sous‑marin (ROV) relié par câble pour les identifier et éventuellement y fixer une charge explosive. En 2020, Elbit a acquis la société américaine Sparton pour renforcer cette activité.
L’IAI a développé la BlueWhale (ou Kisaron), sous‑marin autonome de plus de 10 m, vendu récemment à la marine allemande pour environ 50 millions de dollars. Cinq exemplaires ont été construits, destinés notamment à surveiller les Houthis et les Iraniens dans la région. Doté d’un sonar intelligent, il peut différencier les mines camouflées en rochers.
Rafael propose également le Protector, un navire autonome anciennement conçu pour d’autres missions, mais auquel on a ajouté des capacités de détection de mines.
Une rivalité mondiale et une asymétrie économique
Les Américains, Canadiens et Australiens développent aussi de tels systèmes. Mais l’avantage iranien reste l’asymétrie économique : leurs engins, comme le torpille autonome Azhdar, sont bien moins sophistiqués que ceux d’Elbit ou de l’IAI, mais coûtent une fraction du prix — une stratégie délibérée pour compenser la supériorité technologique adverse.
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