Guerre au Moyen-Orient : « C’est mon devoir sacré d’être là »… Le lutteur lyonnais Meisam Amini confie son quotidien en Iran

Meisam Amini a beau vivre en France depuis 2010, il n’a pas hésité en janvier dernier à rejoindre son Iran natal pour soutenir ses proches, en pleine situation politique de plus en plus « instable ». Double champion d’Asie et vice-champion du monde de lutte en 2003, à même pas 20 ans, ce Lyonnais d’adoption raconte à 20 Minutes son quotidien extrêmement stressant depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient.

Entraîneur au sein du club de Lyon Saint-Priest Lutte, l’Iranien de 42 ans apprécie les nombreux messages de soutien venus de France sur son compte Instagram (17.000 abonnés). Celui qui a également collaboré avec la Fédération internationale de lutte lors des JO de Paris 2024 livre sa vision d’une période sous haute tension traversée dans sa province du Mazandéran (nord de l’Iran), aux côtés de ses parents et de son fils Mikaeil (16 ans).

Comment vivez-vous cette période actuelle, avec une trêve fragile instaurée entre les Etats-Unis et l’Iran depuis deux semaines ?

Rien n’est encore fixé. Le pays est officiellement en trêve mais la situation est très critique. Si un accord global n’est pas trouvé dans les jours qui viennent, la guerre pourrait reprendre de plus belle. Ces derniers mois, il y a eu beaucoup de drames en Iran, avec d’abord les événements lors des manifestations, où beaucoup ont perdu la vie, puis la mort d’enfants dans les bombardements.

Je présente mes condoléances à toutes les familles et je prie pour que Dieu apaise leurs cœurs. Nous vivons dans l’attente permanente d’un événement tragique. Ceux qui habitent près des sites stratégiques ou des villes sensibles sont les plus angoissés. Car même avec la précision technologique des frappes, la guerre reste imprévisible et des civils innocents finissent toujours par en payer le prix fort.

Souhaiteriez-vous rentrer au plus vite dans votre région lyonnaise ?

Non, tant que la situation n’est pas stable, je ne peux pas rentrer en France. Mon cœur est partagé : si ça se stabilise enfin et que ma présence ici n’est plus une nécessité vitale pour ma famille, je rentrerais immédiatement et mon premier réflexe sera d’aller au club de Saint-Priest pour reprendre l’entraînement de plus belle. Mais là, mon souhait est de rester ici pour protéger mes parents et ma famille. C’est pareil pour mon fils Mikaeil (né en Iran et arrivé en France à l’âge de 6 mois), qui est venu ici avec moi et qui tient absolument à rester à mes côtés. Dans ces conditions de guerre si difficiles, la présence d’une seule personne peut être déterminante.

De même, en tant qu’athlète national, je sens que mon rôle est de rester debout aux côtés du peuple et de lui apporter toute l’aide possible, quelle qu’elle soit. Je n’oublie jamais que lorsque j’étais sur le tapis de lutte pour représenter l’Iran, ce sont ces mêmes gens qui m’accompagnaient par leurs prières et leurs encouragements. Aujourd’hui, dans ces moments cruciaux et douloureux, c’est mon devoir sacré de leur rendre la pareille, d’être là pour partager leur peine, leur chagrin, et surtout pour insuffler de l’espoir.

Meisam Amini, ici lors des Championnats du monde de lutte 2003 à Istanbul (Turquie), durant lesquels il avait obtenu la médaille d'argent sous les couleurs de l'Iran
Meisam Amini, ici lors des Championnats du monde de lutte 2003 à Istanbul (Turquie), durant lesquels il avait obtenu la médaille d’argent sous les couleurs de l’Iran - Meisam Amini

Quel a été l’élément déclencheur qui vous a poussé à retourner en Iran en ce début d’année 2026 ?

Je voyais que la situation y devenait instable et j’étais très inquiet pour mes parents et mes proches. Quelques jours avant les manifestations de janvier, je suis donc parti avec Mikaeil. Et quelle chance d’être là ! À cause du stress extrême des événements, mon père a fait une crise cardiaque et il a dû subir une opération à cœur ouvert. Après l’opération, son état était très critique. Les médecins m’ont contacté en soins intensifs en me disant : « Votre père vous appelle, il ne va pas bien ». Dès qu’il m’a vu, il a été soulagé et son état s’est amélioré. Après quelques jours, je l’ai ramené à la maison pour m’occuper de lui.

Où étiez-vous lorsque Donald Trump a officialisé le début de la guerre, le 28 février ?

Quand la guerre a commencé, j’étais à la maison à soigner mon père, dans la province du Mazandéran, au nord de Téhéran. Quand la capitale était bombardée, on entendait le bruit des explosions au loin. Dans un pays en guerre, tout change instantanément. Un stress immense envahit l’opinion publique, entre la peur de la pénurie de nourriture, de médicaments, de carburant. Les gens se précipitent pour stocker l’essentiel. Le pays est aujourd’hui dans un état de semi-arrêt.

Ce qui a terrifié beaucoup de gens, ce sont les propos de Donald Trump concernant les frappes sur les centrales électriques. Notre vie dépend de l’électricité, surtout pour les malades hospitalisés sous assistance respiratoire. Si une centrale est touchée, les réparations sont très longues. Certains ont donc acheté des moteurs électriques, mais cela suffit à peine à charger un téléphone.

Meisam Amini a retrouvé son pays depuis le mois de janvier.
Meisam Amini a retrouvé son pays depuis le mois de janvier. - Meisam Amini

Avez-vous eu peur de mourir durant ces deux derniers mois ?

C’est vrai qu’au début, avec le contexte de guerre, le stress était immense. Mais on finit par s’endurcir. Je me rappelle de nuits où de nombreux drones survolaient notre maison. Les tirs de la défense antiaérienne étaient si assourdissants qu’on aurait dit qu’ils tiraient depuis notre propre jardin. C’était un bruit insupportable, et ce scénario s’est répété pendant des dizaines de nuits. On ne savait jamais où ça allait tomber.

Êtes-vous toujours resté proche de votre pays depuis votre installation en France il y a seize ans ?

Au début, la communication était très difficile avec l’Iran, on devait utiliser des cartes spécifiques pour passer des appels. Je ne restais donc en contact avec mes parents que par téléphone. Mais ces deux dernières années, j’ai voyagé plus souvent en Iran en raison d’un projet de stage de lutte. J’avais programmé un camp d’entraînement réunissant des lutteurs de Lyon et de toute la France avec les champions du monde iraniens. J’ai travaillé des mois et investi beaucoup d’argent là-dedans. Mais avec la situation actuelle, tout est tombé à l’eau. J’espère qu’à mon retour, le président Emmanuel Macron pourra me soutenir pour que je puisse relancer un programme pour les lutteurs français.

Pourquoi aviez-vous choisi de quitter votre pays pour rejoindre la France ?

J’ai choisi la France pour créer un changement dans ma vie, vivre une nouvelle expérience, découvrir le monde, ses cultures et ses modes de vie. À l’époque, la France avait une très bonne image en Iran. J’avais déjà une attirance qui m’a poussé à choisir cette destination.

Auriez-vous aimé représenter un jour la France dans des compétitions de lutte ?

En 2010, j’ai été champion de la région Rhône-Alpes. Mais comme je n’avais pas de passeport français, je ne pouvais pas participer aux championnats nationaux. L’année suivante, j’ai été invité au stage de l’équipe de France à l’Insep dans la catégorie des 74 kg, en vue des Championnats d’Europe. Il était prévu que le ministre des Affaires étrangères demande mon passeport, mais une vieille blessure s’est réveillée juste avant la compétition et m’a empêché d’y aller. Depuis ce moment, je me suis tourné vers le coaching. J’ai déposé une demande de naturalisation pour avoir un passeport français mais la procédure est très longue.

Gardez-vous un contact particulier avec la France depuis votre retour en Iran ?

Oui, mes amis, mes élèves et les lutteurs en France sont très inquiets pour moi et ils m’envoient de nombreux messages affectueux. Je les remercie pour tout leur soutien moral, qui a une valeur inestimable à mes yeux. Je sens que les Français sont solidaires du peuple iranien. A cause des coupures d’électricité fréquentes et du manque d’Internet, il nous est très difficile de suivre les informations internationales de près.

Je souhaite adresser un message au président Emmanuel Macron : je lui demande, compte tenu de son influence et de son poids diplomatique, de jouer un rôle historique en ce moment critique pour aider à ce que cette situation soit réglée de manière permanente. Mon souhait est que les guerres cessent partout dans le monde. J’espère sincèrement qu’aucun autre humain ne perdra la vie, que ce soit dans un conflit armé ou lors de manifestations.

Meisam Amini s'est entraîné la semaine passée en Iran avec son fils Mikaeil (16 ans), également passionné de lutte.
Meisam Amini s’est entraîné la semaine passée en Iran avec son fils Mikaeil (16 ans), également passionné de lutte.  - Meisam Amini

Votre passion pour la lutte parvient-elle à vous aider pour traverser de tels moments ?

Au début de la crise, je ne sortais pas de la maison, je m’occupais exclusivement de mon père. Mais depuis deux semaines, je vais parfois au club de lutte pour changer d’air mentalement, y compris avec mon fils Mikaeil, lui aussi lutteur. Ma région du Mazandéran est le pôle mondial de la lutte, et la majorité des lutteurs de l’équipe nationale vient de là.

Notre dossier sur la guerre en Iran

La situation est instable et pesante, et rien ne m’apporte plus de paix qu’un tapis de lutte. Ce sport me permet de ne pas me laisser abattre. Et puis en tant qu’athlète de haut niveau, je dois rester fort physiquement et mentalement pour être utile et aider les autres à traverser cette épreuve. L’Iran est un pays avec une histoire millénaire, une culture d’une richesse immense et un peuple courageux.

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