Croissance fragile dans un pays en guerre

Croissance fragile dans un pays en guerre

Pendant des années, Israël a incarné un modèle économique singulier : celui d’une « nation start-up » capable de conjuguer innovation, croissance rapide et instabilité régionale. Mais depuis les attaques du 7 octobre 2023 et les conflits qui ont suivi, jusqu’à l’escalade majeure avec l’Iran en 2025, ce modèle est entré dans une phase de tension profonde. En ce début d’année 2026, les indicateurs économiques traduisent un basculement : l’objectif n’est plus seulement de croître, mais de maintenir un équilibre devenu fragile.

Les chiffres témoignent de cette transition brutale. Après une chute spectaculaire du PIB fin 2023, l’économie israélienne a oscillé entre rebonds techniques et ralentissements marqués. La prévision de croissance de 3,8 % pour 2026 peut donner l’illusion d’un retour à la normale. Pourtant, cette progression repose en grande partie sur des dépenses publiques élevées et des reports de consommation, plutôt que sur une dynamique économique saine. Plus révélateur encore, le PIB par habitant n’a pas retrouvé son niveau d’avant-crise, ce qui traduit une dégradation tangible du niveau de vie pour une partie de la population.

Cette tension se reflète surtout dans la transformation du budget national. Le ratio dette/PIB, longtemps maîtrisé, a nettement progressé, tandis que les dépenses militaires atteignent des niveaux inédits, avoisinant 8 % du PIB. Le budget 2026, fortement contraint, laisse peu de marge pour répondre aux besoins civils. Face à ces pressions, le gouvernement a déjà relevé la TVA à 18 % et réduit certaines exonérations fiscales, des mesures qui pèsent directement sur la consommation et sur la classe moyenne. Les problèmes structurels – coût de la vie, pénurie de logements, sous-investissement dans les infrastructures – restent en grande partie non résolus.

À ces contraintes budgétaires s’ajoutent des perturbations profondes du marché du travail. La mobilisation prolongée de réservistes, souvent issus de secteurs clés comme la technologie ou les services, a désorganisé de nombreuses entreprises. Dans certaines régions, notamment en périphérie, des petites structures ont cessé définitivement leur activité. Les secteurs de la construction et de l’agriculture restent particulièrement fragilisés, en raison du manque de main-d’œuvre, aggravé par l’absence persistante de travailleurs palestiniens. Résultat : la construction de logements ralentit, tandis que les prix immobiliers repartent à la hausse malgré des conditions de crédit strictes.

Paradoxalement, le secteur technologique continue de tirer l’économie vers le haut. Il représente toujours plus de la moitié des exportations du pays et bénéficie d’un regain d’intérêt international, notamment dans les technologies de défense. La guerre a accéléré le développement de solutions liées aux drones, à la cybersécurité et à l’intelligence artificielle appliquée au combat. Les investissements restent soutenus, avec des opérations de fusion-acquisition atteignant des niveaux élevés en 2025. Mais cette réussite cache une fragilité croissante : de plus en plus d’investisseurs étrangers exigent que les start-ups déplacent leur siège ou une partie de leurs activités à l’étranger. Ce transfert progressif de la propriété intellectuelle constitue un risque majeur pour les recettes fiscales futures et pour la pérennité de l’écosystème local.

Enfin, les incertitudes géopolitiques continuent de peser lourdement. La perception du risque liée à l’Iran renchérit le coût du financement pour l’État, tandis que les tensions commerciales, notamment avec les États-Unis, fragilisent certains secteurs industriels. À l’intérieur du pays, les tensions sociales s’intensifient autour du partage de l’effort budgétaire, alimentant un climat de plus en plus polarisé.

L’économie israélienne a démontré une capacité de résistance remarquable face à une crise majeure. Le système ne s’est pas effondré, et certains indicateurs restent solides. Mais la trajectoire a changé. Désormais, la prospérité dépendra moins d’un modèle de croissance classique que de la capacité du pays à s’adapter durablement à une économie de sécurité, plus coûteuse et plus incertaine.

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