Prix du carburant : « C’est la solution facile »… Économique et écologique, le bioéthanol carbure à 75 centimes du litre

Il n’a pas bougé. Tranquille, serein, posé. Alors que les compteurs s’affolent, le prix du bioéthanol reste étrangement stable. Au moment où nous écrivons ces lignes, ce biocarburant tourne autour de 75 centimes du litre. Soit quasiment le même prix qu’en février, avant qu’Israël et les États-Unis provoquent un choc pétrolier en attaquant l’Iran. Le prix du litre de gazole a flambé, dépassant les 2,30 euros et l’essence a franchi la barre des 2 euros. Mais le fameux E85 n’a pas bougé.

L’explication de cette stabilité est assez simple. Composé majoritairement de matières premières végétales (betterave, raisin, maïs ou blé), le bioéthanol n’est quasiment pas soumis aux variations des cours. Et s’il est beaucoup moins cher, c’est parce qu’il est beaucoup moins soumis à la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE). Et forcément, ça commence à se voir et à se savoir. Conséquence : le nombre d’installations de boîtiers permettant l’utilisation de cet alcool économique et écologique a explosé. « Les ventes ont été multipliées par trois sur le seul mois de mars par rapport aux deux premiers mois de 2026 », assure l’enseigne Leclerc, qui propose la pose dans ses centres auto. « Cette évolution coïncide clairement avec le contexte de hausse des prix des carburants, qui agit comme un déclencheur pour les automobilistes », estime l’enseigne.

« On avait déjà vécu la même chose en 2018 pendant la crise des Gilets jaunes alors que le prix de l’essence était à moins de 1,50 euro. Là, c’est la deuxième vague. On reçoit quatre à cinq demandes tous les jours », assure Charles Larroque. Ce garagiste de Montauban (Tarn-et-Garonne) fait partie des installateurs agréés de boîtiers de conversion au bioéthanol. Depuis 2017 et l’officialisation de cette solution, il en a installé plus d’un millier. « Ça fonctionne quasiment sur tous les véhicules essence construits depuis les années 2000. C’est parfois un peu plus compliqué sur certains modèles très récents mais globalement, c’est la solution facile pour faire des économies. Les gens le voient très vite. »

Plus de 700 euros l’installation

Certes, l’installation du boîtier coûte entre 700 et 1.200 euros. Mais avec un prix du litre à 70 centimes d’euros, l’amortissement se fait en moins de 15.000 kilomètres. Et ce, malgré une consommation « entre 15 et 25 % supérieure à l’essence », selon le garagiste.

Les boîtiers de conversion au bioéthanol s'adaptent sur la plupart des moteurs essence.
Les boîtiers de conversion au bioéthanol s’adaptent sur la plupart des moteurs essence.  - Biomotors

Heureuse propriétaire d’une Ford Fiesta roulant au bioéthanol, Hélène savoure chaque jour son choix d’avoir opté pour la motorisation Flexifuel mise au point par le constructeur américain. « A chaque fois que je passe à la pompe, je continue à être surprise. J’ai un réservoir de 35 litres et le plein me coûte entre 17 et 20 euros. » Un montant qui lui permet de parcourir environ 500 kilomètres sans véritable désagrément, même si la voiture perd un peu en puissance. « Quand j’ai fait le plein avec de l’essence, j’ai payé 66 euros. J’ai cru halluciner. » A ce prix là, sa petite Fiesta a pu parcourir 750 kilomètres. Mais pour un budget trois fois plus élevé.

Pour l’heure, Ford reste l’un des seuls constructeurs à continuer à proposer des motorisations compatibles au bioéthanol. Mais à entendre Alexis Andrieu, plus de 90 % des voitures essence peuvent s’y convertir. Fondateur de la société Biomotors, il fait partie des trois détenteurs de l’agrément pour ses boîtiers de conversion.

La culture de betteraves pour fabriquer du biocarburant, comme ici à Pomacle-Bazancourt, est parfois critiquée pour son impact sur la biodiversité. de FRANCOIS NASCIMBENI/AFP)
La culture de betteraves pour fabriquer du biocarburant, comme ici à Pomacle-Bazancourt, est parfois critiquée pour son impact sur la biodiversité. de FRANCOIS NASCIMBENI/AFP) - François Nascimbeni/AFP

Depuis la création de sa solution, il y a une quinzaine d’années, il a équipé 350.000 véhicules. « A chaque crise énergétique, on voit la demande exploser. Le mois dernier, on en a vendu 1.500. C’est presque trois fois plus que la moyenne ». Le chef d’entreprise est évidemment un grand défenseur sa solution. « Le défaut, c’est la surconsommation. Mais, même avec 15 % de consommation en plus, ça reste largement en dessous d’un euro le litre. C’est imbattable. »

Moins de particules fines émises

L’autre avantage annoncé du bioéthanol, c’est son moindre impact environnemental. D’après les constructeurs, l’utilisation de ce carburant permet de réduire les émissions de particules fines et de gaz à effets de serre. L’E85 n’échappe toutefois pas à quelques critiques, notamment concernant le risque d’une monoculture qui serait dédiée à la production de carburant. « La filière est encore à développer car aujourd’hui, elle reste sous-exploitée. On peut avoir recours à des déchets de la viticulture par exemple. Il y a des pistes à explorer », avance Alexis Andrieu.

Notre dossier sur le prix des carburants

Si l’impact est difficile à évaluer, il ne semble pas pire que l’importation du gazole raffiné au Moyen Orient. « Pour moi, c’est une solution facile pour se protéger du contexte géopolitique. Mais il n’y a pas de véritable volonté de l’État ou des constructeurs », témoigne le garagiste Charles Larroque. La volonté pourrait venir des automobilistes, lassés de vider leur épargne à chaque fois qu’ils remplissent leur réservoir.

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