Guerre en Iran : Une taxe sur le détroit d’Ormuz ? Une situation loin d’être parfaite, « mais déjà bien meilleure »

Heureux qui, comme le pétrolier, a payé son péage. Quelques minutes avant la fin de l’ultimatum de Donald Trump, l’Iran a annoncé rouvrir le détroit d’Ormuz, par lequel transite 20 % du pétrole mondial. Une nouvelle qui a de quoi offrir un « ouf » de soulagement à l’économie mondiale, éprouvé depuis la fermeture de ce canal maritime ultra-stratégique. Retour à la normale donc… ou presque. La République Islamique a fixé une condition : désormais, chaque pétrolier qui y transite sera gratifié d’une taxe. Le détroit s’est ainsi transformé en péage géant. Quant au prix d’entrée ou aux conditions, l’Iran n’en a pour le moment rien dit.

Difficile de visualiser concrètement les conséquences de cette situation, à la fois imprécise et instable. « Quoi qu’il en soit, la situation sera préférable à ces dernières semaines », assure Patrice Geoffron, économiste et directeur du Centre de géopolitique de l’énergie et des matières premières (CGEMP) de l’université Paris-Dauphine. Tout simplement car il vaut mieux vaut du pétrole très cher que pas de pétrole du tout. C’est particulièrement le cas pour l’Asie, principale clientèle du détroit d’Ormuz (80 % des transactions du détroit finissent sur ce contient), où les restrictions de carburants commençaient à devenir très fortes.

En Inde, il était, par exemple, interdit de remplir plus de la moitié de son réservoir dans les stations-service. Certaines usines du continent ont fermé. Au Vietnam, nombre d’avions ont été cloués au sol. Le Pakistan Cricket Board a ordonné aux fans de sport de rester chez eux et de regarder les matchs à la télévision pour conserver le carburant au lieu d’une taxe.

Des prix qui resteront élevés

« A moins d’une taxe réellement prohibitive, la situation actuelle, avec un détroit ouvert mais taxé, est loin d’être idéale mais déjà bien meilleure », appuie Sylvain Bersinger, économiste et chef du cabinet Bersingéco. D’autant que l’Iran pourrait bien dédouaner certains pays alliés de sa taxe, comme la Chine, l’un de ses plus gros clients et pilier essentiel dans sa lutte face aux Etats-Unis. Certains passe-droits rendraient « la situation encore meilleure », poursuit Sylvain Bersinger : les pays exonérés achèteraient massivement le pétrole provenant d’Ormuz, tandis que les pays taxés se tourneraient vers d’autres producteurs, comme les Etats-Unis ou la Russie, qui restera le grand profiteur de cette crise.

Car ne nous y trompons pas, le prix va rester élevé. Au-delà de cette nouvelle taxe, l’impact de la guerre ne disparaîtra pas au premier cessez-le-feu, prévient Patrice Geoffron. Beaucoup d’infrastructures du golfe – en Iran ou dans les pays voisins – ont été endommagées, et mettront des mois, voire des années, à reprendre leur production. « Il est difficile de dire si cette opération va être rentable pour certains. Surtout, comme la zone va être longtemps risquée, certains consommateurs préféreront sans doute acheter du pétrole et du gaz en Russie », avertit l’expert.

Une situation amenée a encore évolué… voire empiré

La réouverture du détroit d’Ormuz pourrait-elle également conduire les pays du Golfe à avancer sur des projets titanesques pour faire transiter le pétrole ailleurs, comme des pipelines ou des oléoducs ? Envisageable, mais loin d’être miraculeux, assure Patrice Geoffron : « Cela prendrait du temps et il est difficile de déboucher dans une zone dont la sécurité soit garantie. Par exemple, le pipeline qui traverse l’Arabie saoudite débouche dans la mer rouge qui est aussi une zone de tensions. »

De toute manière, rien ne dit que les choses en resteront là. « Même si la situation est meilleure économiquement, il n’est pas certain que diplomatiquement les pays acceptent de se faire rançonner comme si l’Iran était un mafieux », se questionne Sylvain Bersinger. Et d’insister : « Cette taxe va forcément créer des tensions, au moins diplomatiques, voire militaires ». La situation pourrait donc vite rebasculer dans une nouvelle crise.

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