Un expert de la Turquie analyse une série de développements inquiétants dans les relations entre Jérusalem et Ankara. « Nous constatons l’émergence de diverses zones de friction : le théâtre syrien, la Corne de l’Afrique, et l’alliance entre Israël, la Grèce et Chypre », explique-t-il.
Ma’ariv – Gilad Morag
Le Dr Hay Eytan Cohen Yanarocak, expert de la Turquie au Centre Dayan de l’Université de Tel-Aviv, détaille ce qu’il qualifie de série de développements alarmants dans les relations bilatérales. Le Dr Yanarocak, qui rédige des rapports trimestriels pour l’association « Tamrour Politography », suit de près tout ce qui concerne l’État d’Israël dans les médias turcs.
« Je me concentre dans mes rapports sur le conflit israélo-palestinien, mais autour de ce sujet, on voit apparaître de nombreux autres phénomènes », explique-t-il. « Je vais aborder plusieurs points concernant la relation israélo-turque : l’un des résultats les plus marquants du rapport est la politique de délégitimation constante menée par Erdogan contre le Premier ministre Netanyahou et contre l’État d’Israël. »
Israël perçu comme une menace territoriale
Selon l’expert : « Il qualifie Israël de « gang de meurtriers » et Netanyahou de « génocidaire », au lieu d’utiliser des termes officiels. Il désigne Israël comme une menace contre l’intégrité territoriale turque, accusant le pays d’adopter une « politique messianique » pour étendre son territoire. De son point de vue, Israël déclare la guerre à l’Iran, entre à Gaza, en Judée-Samarie, au Liban et en Syrie, et affirme : « Ils finiront par s’en prendre à nous, nous sommes les prochains sur la liste ». »
Par ailleurs, il souligne : « Nous observons diverses zones de friction : la Syrie, la Corne de l’Afrique, et l’alliance Israël-Grèce-Chypre. Par exemple, l’Azerbaïdjan jouait jusqu’ici un rôle positif pour freiner la dégradation des relations, mais récemment, il semble que ces efforts ne portent plus leurs fruits. »
« La politique turque au Moyen-Orient passe par des alliances stratégiques avec les pays arabes. Récemment, on y parle d’une « Union moyen-orientale » incluant l’Iran. Ils tentent de créer un bloc panislamique pour dissuader Israël. »
Durcissement du boycott économique
L’expert ajoute : « Au cours du dernier trimestre, ils ont élargi le boycott économique et cessé de délivrer les certificats EUR.1 (EURMED), des documents qui permettaient d’importer des produits turcs. Auparavant, des entreprises israéliennes pouvaient importer des produits turcs via l’Europe sans autorisation directe d’Ankara. Les Turcs ont durci les règles, rendant l’exportation vers Israël beaucoup plus difficile et complexe. »
« Concernant le Mont du Temple : suite à la décision israélienne de fermer le Mont du Temple, le Mur des Lamentations et l’église du Saint-Sépulcre (en raison de la guerre), la Turquie ignore délibérément le côté juif. Ils ne mentionnent que la fermeture de la mosquée Al-Aqsa pour en faire des gros titres et alimenter une escalade religieuse contre Israël. »
Appels à l’effacement d’Israël et propagande
Le Dr Yanarocak poursuit : « On entend actuellement des déclarations extrêmement radicales de la part de hauts responsables et parlementaires turcs, affirmant être « prêts à sacrifier 300 000 soldats pour rayer Israël de la carte ». C’est véritablement inquiétant. De plus, suite à la législation israélienne sur la peine de mort pour les terroristes, on observe une vague antisioniste et antisémite flagrante en Turquie. »
« La chaîne de télévision d’État turque fait de la propagande anti-Israël, produisant des vidéos en soutien à la flottille « Sumud » ou en hommage au porte-parole du Hamas, Abou Obeida, éliminé par Tsahal. Erdogan encourage des initiatives civiles comme le « Tribunal pour Gaza ». Il y a là une base de lutte juridique contre Israël, ils collectent des « preuves ». »
Le Hamas comme allié officiel
« On voit que la Turquie utilise de plus en plus le terme de « pays garant » pour les Palestiniens à Gaza, affirmant que rien ne peut être fait dans la bande sans leur aval. Les responsables turcs martèlent ce message à leur population : leur gouvernement « protège » le Hamas et les Palestiniens. »
« On assiste même aujourd’hui à des rencontres publiques avec des chefs du Hamas. Ce n’est pas seulement de la rhétorique : récemment, le Shin Bet a démantelé une cellule terroriste en Judée-Samarie dont les racines remontaient à des cellules du Hamas en Turquie. Cela ne signifie pas que la Turquie les dirige directement, mais elle ferme les yeux sur les activités du Hamas sur son sol contre Israël. C’est, à mes yeux, très problématique. »
En conclusion, il affirme : « Jusqu’à aujourd’hui, nous n’avions jamais vu l’ensemble de ces éléments réunis. Il y a de quoi être inquiet. C’est un changement de palier. Chaque trimestre, je constate une nouvelle escalade et je ne vois aucune perspective de réconciliation. La haine s’approfondit, l’hostilité devient plus personnelle contre le Premier ministre, et la délégitimation vise l’existence même de l’État d’Israël, ce qui se reflète massivement sur les réseaux sociaux et dans la presse. »

