Que faire pour faire tomber l’Iran
La guerre contre l’Iran est entrée dans une phase où la question centrale n’est plus seulement de mesurer les dégâts infligés, mais de savoir ce que ces frappes changent réellement dans l’équation stratégique. Après plusieurs semaines d’opérations, les États-Unis et Israël ont démontré une nette supériorité militaire et de renseignement. Pourtant, le régime iranien n’a pas cédé. Il continue d’absorber les coups, de maintenir une capacité de nuisance et de faire peser une pression durable sur Israël, sur les États voisins et sur l’économie mondiale. Les dernières menaces américaines visant explicitement les centrales électriques et les ponts iraniens montrent d’ailleurs que le débat a déjà glissé de l’attrition militaire vers la question des infrastructures vitales.
C’est tout le dilemme. Une première ligne stratégique consiste à poursuivre la méthode actuelle : frapper les systèmes d’armes, les missiles, les lanceurs, les sites militaires, tout en gardant une escalade sous contrôle. Cette approche présente des avantages évidents. Elle limite le risque d’embrasement généralisé, préserve davantage la légitimité internationale et permet de conserver l’initiative opérationnelle. Mais elle a une faiblesse structurelle : elle n’oblige pas forcément Téhéran à changer de logique. Un régime façonné pour l’endurance peut survivre à des pertes militaires importantes s’il conserve ses leviers de contrôle, ses ressources essentielles et sa capacité à reconstruire. C’est précisément ce que montre la séquence récente : malgré les frappes, l’Iran conserve encore une partie de ses capacités balistiques, tandis que le conflit continue de perturber les marchés énergétiques mondiaux et le trafic dans le détroit d’Ormuz.
D’où la tentation d’une seconde approche : viser plus directement les infrastructures énergétiques, électriques, industrielles et logistiques qui permettent au régime de gouverner et de se régénérer. La logique est brutale mais cohérente. Lorsqu’un État ne peut plus assurer durablement l’électricité, le transport, l’activité industrielle ou la continuité des services, ce n’est pas seulement sa machine militaire qui souffre, c’est son autorité même qui s’érode. Le pouvoir est alors contraint de réallouer ses moyens à la survie immédiate au lieu de les investir dans la projection de puissance. En parallèle, la population commence à juger le régime non plus sur sa rhétorique, mais sur sa capacité concrète à maintenir un ordre minimal. C’est là que la pression militaire devient aussi une pression politique. Les frappes déjà envisagées ou menacées contre les sites énergétiques iraniens montrent que cette option n’est plus théorique.
Mais cette stratégie comporte un risque majeur : croire automatiquement que la souffrance infligée au système se retournera contre le pouvoir. L’histoire montre que ce calcul ne fonctionne pas toujours. Sous menace extérieure, certains régimes parviennent au contraire à resserrer leur emprise, à mobiliser le nationalisme et à faire taire les fractures internes. C’est pourquoi l’alternative la plus réaliste n’est sans doute ni l’usure militaire seule, ni la destruction des infrastructures seule, mais une combinaison calibrée des deux. L’objectif ne serait pas seulement d’affaiblir l’Iran, mais de créer un rapport de force capable d’ouvrir une issue politique plus coûteuse à refuser qu’à accepter.
Au fond, la vraie question n’est donc plus ce qui a été détruit, mais ce qui peut encore être reconstruit. Tant que le régime conserve cette capacité, la guerre peut se prolonger selon un rythme qui lui convient. Changer cette dynamique exige plus qu’une démonstration de force : il faut toucher les mécanismes mêmes qui lui permettent de durer.
Jforum.fr
La rédaction de JForum, retirera d’office tout commentaire antisémite, raciste, diffamatoire ou injurieux, ou qui contrevient à la morale juive.
La source de cet article se trouve sur ce site

