Tsahal admet sa surprise face au Hezbollah
Le front nord israélien se raconte rarement avec autant de franchise. Lors d’un échange tendu avec des habitants de Misgav Am, le chef du commandement Nord, le général Rafi Milo, a reconnu que l’armée avait sous-estimé la capacité du Hezbollah à se réorganiser après des mois de combats. Dans cet échange, révélé ce 4 avril, il admet un écart entre les évaluations initiales de l’armée et la réalité observée sur le terrain. L’aveu frappe d’autant plus qu’il intervient dans une zone devenue l’un des symboles de la guerre d’usure entre Israël et le mouvement chiite libanais.
Au cœur de cette séquence, un constat dérangeant : malgré les pertes infligées, le Hezbollah reste capable de menacer la frontière nord, notamment par ses tirs de roquettes. Pour les habitants de Misgav Am, ces propos confirment une inquiétude ancienne : la dégradation du mouvement n’a pas suffi à faire disparaître le danger. Ce décalage entre la communication de guerre et la persistance de la menace nourrit une colère froide dans les localités frontalières, où la sécurité reste jugée fragile. Quelques jours plus tôt, Rafi Milo avait lui-même affirmé que l’armée élargissait encore ses opérations terrestres au Liban pour repousser la menace plus au nord. Fin mars, le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, a de son côté affiché un objectif ambitieux : installer, à terme, une zone tampon jusqu’au Litani.
L’autre révélation de cette conversation fermée concerne l’Iran. Alors que certains responsables politiques ont laissé entendre qu’une guerre prolongée pourrait ébranler le pouvoir à Téhéran, le chef du commandement Nord a livré une lecture beaucoup plus prudente. Selon lui, le régime iranien demeure solide malgré les secousses et la confrontation en cours ne débouchera probablement pas sur son renversement. En clair, la solution ne serait pas militaire, mais politique. Ce réalisme tranche avec les discours de rupture et replace le conflit dans une logique plus classique : affaiblir l’adversaire, contenir la menace, puis revenir à une forme d’arrangement. Dans le contexte régional actuel, ce diagnostic souligne surtout les limites d’une victoire totale, souvent évoquée mais rarement définie.
La réunion avait aussi un motif tragique : l’enquête sur la mort d’Ofer “Pushko” Moskovitz, habitant de Misgav Am tué par des tirs israéliens. L’armée a reconnu que plusieurs obus, censés soutenir des troupes opérant au Liban, avaient été tirés au mauvais angle et frappé la zone israélienne. Devant les habitants, Rafi Milo a présenté ses excuses et assumé la responsabilité de cet échec. Mais là encore, les explications militaires n’ont pas calmé la communauté. Les habitants ont contesté les conclusions de l’enquête et dénoncé des marges de sécurité qu’ils jugent absurdes dans une localité aussi exposée. Ce face-à-face, à la fois humain et stratégique, révèle un malaise plus profond : au nord, la guerre ne se mesure pas seulement en kilomètres gagnés ou en positions détruites, mais aussi en confiance perdue entre l’armée et ceux qu’elle doit protéger.
Au-delà de la polémique, ces déclarations montrent une réalité moins spectaculaire mais plus solide : le Hezbollah n’a pas disparu, l’Iran ne vacille pas à court terme, et la campagne au nord paraît s’inscrire dans une durée incertaine. L’enjeu, désormais, n’est plus seulement de frapper fort, mais de savoir si l’État hébreu peut transformer ses gains militaires en sécurité durable pour ses habitants frontaliers.
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