«Si la situation ne revient pas à la normale d’ici à mai, l’économie mondiale sera percutée par une crise historique ». Alarmistes, certains internautes ont, ces derniers jours, commencé à lister, dans plusieurs publications sur les réseaux sociaux, les possibles impacts du blocage du détroit d’Ormuz en dehors de l’Europe, principalement dans les pays asiatiques et océaniques.
Ainsi, la Corée du Sud pourrait passer « en économie de guerre » et sans réouverture du détroit dans les prochains mois, les Australiens seraient actuellement forcés de « se rationner » pour « sauver les récoltes agricoles ». Des pays comme le Sri Lanka, les Philippines, la Thaïlande et l’Inde auraient déjà commencé à appliquer des « mesures d’urgences » comme un quota maximum d’achat d’essence et des coupures intermittentes de la climatisation pour réduire la consommation énergétique.
« Crise énergétique », « récession mondiale »… Le blocage de ce seul détroit a-t-il vraiment le pouvoir de paralyser l’économie d’autant de pays ?
FAKE OFF
Le plastique à la peine en Corée du Sud
Si en Corée du Sud, il n’est pas vraiment question, pour l’heure, d’une « économie de guerre », de véritables problèmes concernant la production de certains produits commencent à émerger. C’est notamment le cas des sacs-poubelle, et plus globalement de toute la chaîne du plastique. C’est la Fédération coréenne des industriels du plastique qui a donné l’alerte le 25 mars. Elle a annoncé que les industriels du secteur de la chimie chargés de produire puis de livrer les résines synthétiques nécessaires à la fabrication des sacs en plastique avaient expliqué devoir réduire la voilure.
Pas vraiment étonnant puisque la Corée du Sud importe entièrement son pétrole, dont plus de 60 % doit transiter par le détroit d’Ormuz pour arriver à bon port. Le 24 mars, le président sud-coréen a d’ailleurs appelé la population à mettre en place une série de mesures dans son quotidien – prendre des douches plus courtes, n’utiliser son aspirateur que le week-end ou encore éviter de laisser son téléphone à charger toute la nuit –, pour faire des économies d’énergie, au cas où le blocage du détroit se prolongerait.
Pénurie à venir de fruits et de légumes en Australie
L’Australie, elle, est effectivement en train de s’organiser pour faire face aux difficultés d’approvisionnement, voire de pénurie, en carburants et en engrais, comme le relatent de nombreux médias australiens. Question de timing. Le blocage du détroit intervient en effet au moment où une grande partie des agriculteurs du pays doivent récolter le(s) fruit(s) de leur travail. Doivent s’ensuivre la plantation des semis et la fertilisation des terres.
Sauf que sans engrais, impossible de tenir les délais. Et ce, même si l’Australie est le pays qui possède la plus grande superficie au monde certifiée en agriculture biologique – environ 35,7 Mha destinés principalement à la culture des fruits, des légumes et du vin –, qui nécessite donc, en théorie, moins d’engrais. Le 27 mars, une organisation nationale, GrainGrowers, a averti que l’Australie ne disposait que de six semaines de réserves d’engrais. Un peu juste.
Des cuisines vides en Inde
En Inde, la cuisine se fait au gaz (GPL). Et 90 % de ce gaz transite par le détroit d’Ormuz. Alors forcément, les bonbonnes commencent à manquer. Le 12 mars, des photos de l’agence de presse Reuters montraient des centaines de personnes dans la ville d’Ahmedabad, dans le nord-ouest du pays, en train de faire la queue, des bouteilles de GPL vides à la main.
Quelques jours plus tard, le 24 mars, le gouvernement indien a validé un décret visant à « lever les obstacles à la construction et à l’expansion » de ses infrastructures de gaz naturel, dans l’espoir de diversifier au plus vite son approvisionnement.
L’électricité rationnée au Sri Lanka et aux Philippines
Au Sri Lanka, aux Philippines et en Thaïlande, le rationnement est, là aussi, de mise. Alors chacun essaye de s’en sortir comme il peut.
Tandis que les Philippines sont en état d’urgence énergétique depuis le 24 mars, au Sri Lanka, le charbon et le diesel sont rationnés depuis le 17 mars. Ce jour-là, le président, Anura Kumara Dissanayake, a confirmé les difficultés de réapprovisionnement en hydrocarbures en raison du blocage du détroit. Il a donc demandé aux propriétaires de véhicules électriques – un marché qui représente 10 % du parc automobile du pays –, de privilégier leur recharge la nuit ou via les panneaux photovoltaïques.
La semaine de travail de quatre jours a été mise en place dans certaines provinces, et des négociations sont en cours avec la Russie et l’Inde pour la livraison de pétrole.
La Chine et la Thaïlande en pleine négo
Seule la Thaïlande respire un peu mieux depuis le 28 mars, malgré la mise à l’arrêt des climatiseurs sous 40 °C. Selon l’AFP, le gouvernement a affirmé, lors d’un point presse tenu par le Premier ministre, Anutin Charnvirakul, avoir conclu un accord avec l’Iran pour autoriser le passage de ses navires pétroliers dans le détroit. Un soulagement pour les habitants victimes de l’envolée des prix du carburant et forcés de limiter leurs déplacements.
Enfin la Chine, elle aussi largement impactée, semble avoir ouvert des négociations. Lors d’un point de presse le 31 mars, la porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Mao Ning, a confirmé que trois navires chinois avaient été autorisés à franchir le détroit d’Ormuz ces derniers jours. Le blocage la privait notamment d’une part importante de ses approvisionnements : près de 5,5 millions de barils par jour, estimait l’Institut des relations internationales et stratégiques (Iris) le 1er avril.
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