La guerre et ses moments uniques. Shaked, du Kibboutz Palmachim, offre des pancakes moëlleux sur un plateau.

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C’est lors de la première semaine de la guerre que Shaked Bitton, de son état créateur de contenu originaire du Kibboutz Palmachim, a mis des pancakes moëlleux sur un plateau, les a décorés de fraises et de myrtilles et nappés de sirop d’érable, avant de les servir dans son abri de quartier, au moment où l’alerte prévenait de l’arrivée d’une frappe iranienne.

« Le changement est palpable — les gens n’attendent plus avec anxiété la frappe de missile mais les pancakes », explique Bitton, qui a diffusé une vidéo de ses pancakes sur son fil Instagram.

Cela fait maintenant quatre semaines que la guerre américano-israélienne contre l’Iran a commencé, avec son lot de sirènes et d’alertes téléphoniques qui signalent aux Israéliens les missiles entrants venus d’Iran ou du Liban.

Quand les alertes retentissent, les gens se rendent aux abris, que ce soit l’abri de quartier ou le sous-sol d’un immeuble, un parking ou encore une station de train souterraine

Compte tenu de tout ce temps passé sous terre, certains abris se sont d’ores et déjà convertis en lieux d’expériences communautaires, allant des fêtes de Pourim aux lectures de la méguila, la première semaine de la guerre, en passant par un mariage célébré très officiellement quatre niveaux sous le centre Dizengoff, à Tel Aviv.

« Cela peut donner lieu à des moments d’authentique partage, même dans les endroits les plus inattendus, comme les abris anti-aériens », explique Bitton, qui sert maintenant ses desserts dans plusieurs abris.

Shaked Bitton ouvre l’immense tiramisu préparé pour ceux qui se trouvent dans l’abri anti-aérien du parking Gan HaIr à Tel Aviv, le 20 mars 2026 (TOI)

Sa plus grande réussite, à ce jour, est un tiramisu géant qui, comme le veut la mode répandue un peu partout dans le monde consiste à préparer une portion gigantesque de ce dessert italien capable d’occuper une clayette entière du réfrigérateur.

Bitton a mis ses 10 kg de tiramisu à l’arrière de son vélo et attendu une alerte pour se rendre à Gan Ha’Ir, un centre commercial de Tel-Aviv doté d’un immense abri souterrain d’une capacité de plusieurs centaines de personnes.

« Mon abri de quartier était trop petit », s’amuse Bitton, « j’en ai cherché un plus grand. »

Anniversaires, enterrements de vie de jeune fille, cours de CrossFit, Zumba et yoga sont désormais des grands classiques, dans les abris, sans oublier les cours de judo ou de pilates, machines comprises.

Les gens ont envie de faire une pause mais aussi de se distraire, surtout lorsqu’ils passent des heures chaque jour, jour après jour, à courir vers le même abri, dans lequel ils retrouvent souvent les mêmes personnes.

Pour les artistes et autres amateurs de divertissement, ce public captif est une opportunité.

La chanteuse-compositrice Lihi Toledano a ainsi décidé de donner un concert dans une gare suite à l’annulation de son concert au club Barby Tel Aviv à cause de la guerre.

C’est en survêtement et par l’escalator que Toledano a fait son entrée dans la gare, où une foule compacte l’attendait.

La chanteuse Lihi Toledano donne un concert dans une station de tramway de Tel Aviv utilisée comme abri pendant la guerre entre la coalition américano-israélienne contre l’Iran en mars 2026 (TOI Autorisation)

« C’est toujours mieux que de ne pas pouvoir jouer au Barby », a écrit Toledano sur son profil Instagram. Le dos tourné à la foule qui la filmait, un homme a continué de dormir sur son matelas.

« The show must go on ! » a écrit Toledano.

D’autres artistes, comme Moria Zrachia, chorégraphe et créatrice de contenu qui s’est fait connaitre grâce à ses vidéos vachardes au sujet de sa mère, Hamda Zrachia, et de la crèche qu’elle gère chez elle, ont convaincu leurs voisins d’infortune de faire du playback et d’interpréter la chanson bien connue des Teapacks, « What A World ! », depuis l’abri de leur immeuble.

« Nous descendons à l’abri 30 fois par jour, et tout le monde me disait: ‘Allez Moria, on s’ennuie, fais quelque chose pour nous remonter le moral,’ » explique Zrachia.

Samedi dernier, le temps était froid et pluvieux, et à un moment donné, Zrachia a dit à ses voisins : « D’accord, allons-y », rappelle-t-elle.

L’artiste Moria Zrachia fait du playback avec ses voisins, le 21 mars 2026, dans l’abri anti-aérien de leur immeuble de Tel Aviv (TOI Autorisation)

Elle les a fait descendre à l’abri, entre deux alertes et sirènes, « et ils ont absolument joué le jeu, ils ont fait tout ce que je leurs ai demandé. J’avais l’impression d’être une monitrice scout », poursuit Zrachia.

En peignoir et chaussons ou en pyjama, assis dans cet espace étroit et rugueux en béton, les voisins de Zrachia ont dansé le temps de la chanson.

Zrachia vit à Kiryat Shalom, le quartier le plus au sud de Tel Aviv, là où son père a grandi et où elle connaît beaucoup de ses voisins.

Elle vit dans un petit immeuble de quatre étages, avec deux appartements par étage, et un « minuscule » abri au sous-sol pour les habitants de ces huit appartements.

Suite à la diffusion de cette vidéo, les médias sont venus « et ils n’en peuvent plus », explique Zrachia à propos de ses voisins, « on les a interviewés, ils sont fiers comme tout. »

Que ce soit dans les immenses abris sous le Centre Dizengoff ou dans les abris privés des immeubles, les gens ne cessent de publier des photos de rendez-vous chez le coiffeur ou de spectacles de flamenco, de speed dating, de concerts de quatuor, de kiosques à café improvisés ou de raves nocturnes organisées sous terre.

Eilam Kadar, à gauche, a organisé une fête improvisée dans un abri anti-aérien du quartier Florentine transformé en scène de club lors d’une alerte, le 10 mars 2026 (TOI Autorisation)

Eilam Kadar, un DJ en herbe, a donné une fête improvisée dans son refuge de quartier, à Florentine, à Tel Aviv.

« Nous avions fait quelque chose de spontané, en bas, avec quelques amis — rien d’important — et il y a eu une sirène », explique Kadar. « Alors tout le monde est arrivé et l’endroit s’est retrouvé bondé. »

Un des voisins a fini par appeler la police, qui a fait cesser la fête.

« Jusqu’à ce moment-là, la plupart des gens étaient contents », poursuit Kadar. « C’était mieux que dans la plupart des clubs. »

Le rappeur et satiriste Ori Komay, plus connu sous le nom de Dudu Faruk, s’est lui présenté dans un abri où il a donné un spectacle qu’il a ensuite diffusé sur Instagram en parlant de son concert du 26 mars, organisé pour 50 personnes, conformément aux instructions du Commandement du Front Intérieur.

« J’organise un spectacle dans un abri, lien dans ma bio », a écrit Faruk. Il a appelé ce spectacle « Dudu Faruk protège des missiles et des tirs de mortiers. »

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