Guerre en Iran : Invasion ou commandos… Trump peut-il vraiment envoyer des troupes au sol ?

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«UN REGIME NOUVEAU, ET PLUS RAISONNABLE ! » C’est avec ces mots mesurés (en majuscules dans le texte) que Donald Trump a réitéré son espoir qu’un accord soit trouvé en pleine guerre en Iran. Ou pas. Après un mois de guerre, le président des Etats-Unis, pas toujours facile à suivre, s’impatiente et multiplie les menaces de plus en plus explicites, comme celle de détruire l’île de Kharg, un site pétrolier vital pour l’Iran où transite 90 % de ses exportations de pétrole brut. Téhéran s’inquiète d’une escalade, et en particulier d’une invasion terrestre sur son territoire.

Car le dirigeant des Etats-Unis maintient l’ambiguïté. Dimanche, le Washington Post a révélé que le Pentagone s’était préparé à des semaines d’opérations militaires terrestres en Iran. L’administration militaire donne « au commandant en chef un maximum d’options. Cela ne signifie pas pour autant que le président ait pris une décision », a tempéré la porte-parole de la Maison-Blanche Karoline Leavitt.

Des soldats « sur place et prêts »

« La question des troupes au sol est souvent biaisée dans la formulation parce qu’on pense toujours à l’Irak de 2003, mais envahir l’Iran n’est tout simplement pas envisageable. Ni les Américains ni les Israéliens n’ont l’intention d’envahir l’Iran ce qui serait en tout état de cause impossible à réaliser », analyse David Rigoulet-Roze, chercheur à l’Institut français d’analyse stratégique et rédacteur en chef de la revue Orients stratégique. Avec un territoire trois fois plus grand que la France, des chaînes de montagne et des zones désertiques, une invasion de l’Iran pourrait rappeler l’enlisement que les Etats-Unis ont vécu en Afghanistan.

Dans les faits, les forces américaines sont toutefois déjà sur le terrain. D’après le New York Times, pas moins de 50.000 soldats américains sont désormais déployés au Moyen-Orient, soit 10.000 de plus qu’habituellement. « Le dispositif est sur place et prêt. C’est donc envisageable et possible », souligne Jeff Hawkins, chercheur associé à l’IRIS et ancien ambassadeur des Etats-Unis. Une invasion terrestre de grande ampleur semble toutefois très improbable. « L’enjeu se situera éventuellement via la mobilisation de forces spéciales et de commandos à l’intérieur du territoire iranien, mais juste pour des opérations ponctuelles », avance David Rigoulet-Roze.

Des objectifs de guerre incertains

Mais pour évaluer la nécessité d’envoyer des soldats, encore faut-il comprendre ce que Washington cherche réellement à obtenir. Or, « Donald Trump a été particulièrement opaque sur ses objectifs », rappelle Jeff Hawkins. Un changement de régime ? Le républicain assure qu’il l’a déjà obtenu, après la mort du Guide suprême Ali Khamenei, remplacé par son fils. Une ouverture du détroit d’Ormuz ? « Ce serait difficile et risqué militairement, même si c’est crucial pour lui politiquement », glisse l’ancien ambassadeur américain, alors que les élections de mi-mandat se profilent aux Etats-Unis et que le prix du carburant explose dans un pays intimement dépendant de la voiture.

Frapper les navires américains (ou commerciaux) serait aisé pour Téhéran qui contrôle la rive nord du détroit sur toute sa longueur. Or le pays s’est préparé depuis une vingtaine d’années et concentre une grande partie de ses forces militaires, notamment des drones maritimes, justement dans cette zone. Un rapport de force qui rend aussi difficile l’hypothèse d’une invasion durable de l’île de Kharg, couverte de réservoirs de pétrole et d’oléoducs et particulièrement protégée par le régime des Mollahs à quelques encâblures de la côte.

Reste alors la question du programme nucléaire iranien, où l’utilisation de commandos prendrait son sens. « Mobiliser des commandos permettrait d’atteindre les sites nucléaires iraniens afin de tenter de récupérer les 440 kilos d’uranium enrichi à 60 % », décrypte David Rigoulet-Roze, tout en précisant la difficulté d’une telle opération alors que l’« on n’a pas de certitude sur leur localisation voire sur leur dispersion sur plusieurs endroits ». Même avec de petits groupes entraînés, l’envoi de troupes américaines comporte donc des risques certains – pour des bénéfices assez flous.

Le souvenir de la crise des otages

D’autant que les Etats-Unis ont une histoire douloureuse à ce sujet sur le territoire iranien. En 1980, le pays avait monté une opération des forces spéciales afin de libérer une cinquantaine d’otages américains, retenus dans l’ambassade des Etats-Unis à Téhéran. L’opération « Eagle Claw » fut un véritable fiasco lors duquel huit militaires américains perdirent la vie et des documents classifiés tombèrent aux mains des Iraniens.

« Un tel échec aujourd’hui équivaudrait à une mort politique, il est difficile de voir pourquoi Donald Trump prendrait un tel risque », souligne Jeff Hawkins. Sauf que le président américain, qui promettait-il y a deux semaines encore n’envoyer de troupes « nulle part », continue à laisser planer le doute sur un passage à l’acte qui ressemblerait à une fuite en avant.

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