Alors que l’ensemble des Etats du Golfe a vu diminuer de façon drastique ses exportations de pétrole en raison du blocage du détroit d’Ormuz, l’Iran, au contraire, perçoit désormais deux fois plus de recettes pétrolières depuis le lancement des frappes américaines et israéliennes, le 28 février dernier.
En dépit de ses revers militaires, le régime iranien, dont les pétroliers continuent de circuler dans le détroit, s’impose ainsi comme le principal bénéficiaire de cette guerre sur le plan énergétique, nous apprend The Economist.
D’après une source proche du secteur pétrolier iranien citée par le média britannique, les exportations actuelles représenteraient entre 2,4 et 2,8 millions de barils par jour, dont 1,5 à 1,8 million de barils de pétrole brut (c’est-à-dire non raffiné). Ces niveaux sont comparables, voire supérieurs, à ceux de l’an dernier, mais les prix de vente sont nettement plus élevés. En outre, l’appareil pétrolier iranien s’est transformé pour mieux résister aux frappes et aux sanctions. Une grande partie des revenus est désormais versée aux Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), force d’élite du régime. La Chine contribue aussi activement à la circulation de ces fonds, tandis que les réserves financières iraniennes sont dissimulées en Asie afin d’échapper à d’éventuelles attaques israéliennes.
Un moyen de paiement
Du côté des vendeurs, bien que les exportations soient officiellement sous la responsabilité de la Compagnie nationale iranienne du pétrole (NIOC), la réalité est plus fragmentée. Dans un contexte de pénurie de devises, le pétrole sert de moyen de paiement : diverses institutions étatiques – du ministère des Affaires étrangères aux forces de police – reçoivent des volumes qu’elles peuvent écouler, tout comme certaines fondations religieuses. Ces acteurs sont en pratique dominés par une vingtaine d’oligarques qui mobilisent leurs propres réseaux pour convertir le pétrole en liquidités. Certaines figures majeures ont disparu, comme Ali Shamkhani, ancien chef du Conseil suprême de sécurité nationale. D’autres restent influentes : son fils Hossein, qui dirige un vaste empire maritime et commercial, mais aussi le cercle de Mojtaba Khamenei, fils et successeur du guide suprême défunt.
Beaucoup de ces individus entretiennent des liens étroits avec les Gardiens de la révolution. Selon Emma Li, de la société de suivi maritime Vortexa, ces derniers – qui exploitent aussi leurs propres champs pétroliers – seraient responsables de la majeure partie de la hausse récente des exportations. Des proches de Mohsen Rezaee, ancien chef des Gardiens devenu conseiller militaire, superviseraient également d’importants volumes. La Force Qods, branche extérieure du CGRI, contrôlerait à elle seule un quart de la production de pétrole brut iranien, rendant l’ensemble difficile à neutraliser par des frappes aériennes, en raison de sa structure décentralisée.
Protéger les pétroliers
Sur le plan maritime, deuxième pilier du système, les Gardiens de la révolution ont renforcé leur emprise pendant la guerre. Ils contrôlent le détroit d’Ormuz, dont ils revendiquent la souveraineté pour négocier la fin du conflit, ainsi qu’une grande partie des transports et des communications dans le Golfe. Des sociétés officiellement privées mais liées à ces forces assurent l’essentiel de la logistique en coordination avec la NIOC. Parmi elles figurent Sahand, Sahara Thunder ou encore Persian Gulf Petrochemical Company, toutes sanctionnées par les États-Unis pour leur rôle de sociétés écrans.
Ces opérateurs iraniens mettent en œuvre des mesures strictes pour protéger leurs pétroliers, dont la cargaison peut valoir jusqu’à dix fois le prix du navire. Sur l’île de Kharg, principale plateforme d’exportation, des procédures d’évacuation rapide ont été instaurées, permettant aux navires, en cas d’attaque, de quitter le quai sans assistance. D’autres terminaux, comme ceux de Jask, Lavan et Sirri, ont été mobilisés et accumulent des stocks importants afin de réduire la dépendance à Kharg.
Le passage par le détroit d’Ormuz est également étroitement contrôlé. Les informations détaillées sur chaque navire sont transmises aux Gardiens de la révolution, qui attribuent un code d’autorisation après vérification. À l’approche du détroit, les pétroliers doivent communiquer ce code et peuvent être escortés. Certains doivent en outre payer des droits de passage élevés. Une fois en mer, leurs systèmes de localisation sont brièvement activés pour éviter les collisions, puis désactivés afin de brouiller leur position.
Le recours à des sociétés écrans
Les transactions, enfin, sont effectuées via des comptes fiduciaires ouverts dans de petites banques, souvent en Chine (qui absorbe plus de 90 % du pétrole iranien) ou à Hong Kong, au nom de sociétés écrans créées par des intermédiaires. Les fonds sont ensuite redistribués à travers une multitude de comptes pour atteindre leur destination finale. Une partie des recettes reste en Chine pour financer les importations iraniennes, tandis que le reste circule à l’international. Des entreprises chinoises servent d’intermédiaires pour transférer ces fonds vers divers pays, notamment en Asie et en Europe. Ce système est administré par des entités liées au ministère iranien de la Défense ou aux Gardiens de la révolution, fonctionnant comme des réseaux bancaires informels.
Grâce à une multitude de comptes et à une grande flexibilité, ce dispositif résiste aux perturbations liées à la guerre. Après que les Émirats arabes unis ont partagé des informations sensibles avec les États-Unis, l’Iran a ainsi réorienté ses flux financiers vers d’autres circuits, qui sont dispersés dans plusieurs juridictions – en Asie, en Europe et ailleurs – afin de limiter les risques de saisie ou de perturbation.
La source de cet article se trouve sur ce site

