Le pétrole sauve Téhéran

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L’Iran renfloué par le pétrole en pleine guerre

Au lieu d’étouffer l’économie iranienne, la guerre a paradoxalement redonné de l’air à Téhéran. Porté par la flambée des cours mondiaux et par le maintien de ses exportations, le régime tire aujourd’hui davantage de revenus du pétrole qu’avant le conflit. Le choc est d’autant plus fort que cette hausse survient au moment même où la confrontation militaire s’intensifie et où Washington promet de frapper plus durement les infrastructures énergétiques iraniennes si aucun accord n’est trouvé rapidement.

Les chiffres donnent la mesure du paradoxe. Selon plusieurs estimations relayées ces derniers jours, l’Iran exporte jusqu’à 2,8 millions de barils par jour de pétrole et de produits raffinés, un niveau très supérieur à celui observé avant la guerre. La hausse des prix renforce encore cet effet d’aubaine : le Brent évolue désormais au-dessus de 115 dollars le baril, avec une envolée mensuelle historique en mars. En clair, même sans vendre beaucoup plus longtemps, Téhéran encaisse beaucoup plus. C’est un résultat inverse à celui recherché par les partisans d’un étranglement économique du régime.

Cette manne pétrolière repose largement sur la Chine. Pékin absorbe l’essentiel du brut iranien, directement ou via des circuits de raffinage et de réétiquetage déjà connus des marchés asiatiques. Des raffineries indépendantes chinoises ont continué à acheter du pétrole iranien, même si la flambée des cours réduit désormais la remise dont elles bénéficiaient jusque-là. En parallèle, une décision américaine récente a encore compliqué la lecture du rapport de force : une dérogation temporaire a autorisé le déchargement de cargaisons iraniennes déjà en mer, ouvrant une brèche dans l’édifice des sanctions au nom de la sécurité énergétique. Là encore, la logique de guerre se heurte à la réalité du marché mondial.

Le détroit d’Ormuz reste le nœud de cette équation. Avant les perturbations récentes, près d’un cinquième des flux mondiaux de pétrole et de gaz y transitaient. La fermeture partielle ou le contrôle renforcé de cette voie maritime ont fait bondir les prix et désorganisé l’approvisionnement asiatique, tout en donnant à l’Iran un levier stratégique supplémentaire. Les monarchies du Golfe tentent bien de détourner une partie de leurs exportations, mais les capacités alternatives restent insuffisantes pour compenser totalement une crise prolongée. Le marché a donc intégré un risque durable, et ce risque nourrit directement les revenus iraniens.

Dans ce contexte, Donald Trump a de nouveau menacé lundi de détruire les installations pétrolières iraniennes si Téhéran ne rouvre pas Ormuz et n’accepte pas un accord. Mais cette fermeté affichée intervient alors que le régime profite déjà d’une rente dopée par la guerre. Le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi a d’ailleurs averti que le pétrole pourrait dépasser 200 dollars si l’escalade se poursuivait. Derrière la bataille militaire, une autre réalité s’impose donc : chaque jour de tension supplémentaire enrichit potentiellement l’adversaire que l’on prétend affaiblir.

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