La guerre en Iran n’a pas que des répercussions sur le plan économique. Si l’enquête sur la tentative d’attaque à la bombe visant la Bank of America à Paris samedi ne fait que débuter, les soupçons visant le groupuscule « Harakat Ashab al-Yamin al-Islamiya » (Hayi) sont tenaces. Des « similitudes », constatées avec plusieurs actions perpétrées ailleurs en Europe depuis le début de la guerre en Iran, ont poussé Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur, à renforcer la vigilance autour de sites de la communauté juive ou liés aux Etats-Unis.
Quoi qu’il en soit, que cette affaire soit liée ou non à l’Iran, la menace existe et risque de s’amplifier avec le temps. « La probabilité qu’un événement se produise est très élevée », souligne Thomas Renard, directeur de l’International Center for Counter Terrorism (ICCT). Cette menace terroriste émanant de l’Iran n’est pas nouvelle « mais elle est en train de monter en fréquence avec le risque supplémentaire qu’elle monte en intensité », prévient-il.
Depuis le 9 mars et l’explosion d’une bombe artisanale devant la synagogue de Liège, les événements visant la communauté juive ou des intérêts américains se multiplient en Europe. Quatre ambulances de la communauté juive ont été incendiées à côté d’une synagogue à Londres. Une voiture a été incendiée dans le quartier juif d’Anvers, en Belgique. Un engin explosif a ciblé l’ambassade américaine en Norvège. Quatre jeunes hommes ont été arrêtés après une explosion devant une synagogue à Rotterdam. Une explosion s’est produite contre le mur extérieur d’une école juive d’Amsterdam. Au total, le groupuscule Hayi a revendiqué sept attaques, relève Charles Lister, du Middle East Institute.
Dissuader sans tuer
Pour le moment, ces actions ont été perpétrées la nuit, hors des murs, et n’ont fait que des dégâts superficiels. « C’est un signal pour dire que personne n’est à l’abri, mais c’est une campagne avec un risque faible de victime qui peut monter en intensité », analyse Thomas Renard. Une manière de dissuader les Européens de se joindre aux Américains dans leur guerre contre la République islamique.
Les revendications politiques ne sont toutefois pas claires. « Ici, il n’est fait de références à l’Iran nulle part », s’interroge Thomas Renard. Alors s’il y a bien un « faisceau d’indices qui pointe vers l’Iran, rien n’est établi et c’est d’ailleurs tout l’intérêt de l’usage de groupes écrans dont la raison d’être est précisément de compliquer l’attribution », développe Laurence Bindner, cofondatrice du JOS Project, spécialiste de la radicalisation en ligne.
Une forme de la guerre hybride
Si les enquêtes parviennent à établir le lien avec l’Iran, cela montrerait que la guerre se déploie sur un autre type de front via « l’activation ou la réactivation de « cellules dormantes » liées à l’Iran », précise Laurence Bindner. Et d’ajouter : « L’idée serait de raviver la psychose du terrorisme pour exercer une pression psychologique afin que les gouvernements européens fassent pression sur les Etats-Unis et Israël pour stopper la guerre. »
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Mais ces actions, revendiquées par l’obscure et tout nouveau groupe Hayi, seront difficiles à relier avec certitude à Téhéran. C’est l’intérêt et l’une des marques de fabrique de la guerre hybride menée par l’Iran, ou ses alliés russes. Pour Paris, Liège, Londres ou Anvers, « il n’y a pour l’instant aucune preuve de l’existence d’un commandement centralisé à l’œuvre, mais on constate une volonté claire de mettre en avant une dynamique opérationnelle favorable à l’Iran », estime Charles Lister.
Dans le cadre de l’enquête sur l’attaque déjouée à Paris, le parquet national antiterrorisme (Pnat) a annoncé le placement en garde à vue de deux nouveaux individus ce lundi, portant à cinq le nombre total de gardes à vue. Délinquants de droit commun, ils auraient été recrutés sur Snapchat par des commanditaires contre la somme de 600 euros. Les Iraniens « savent très bien entretenir le flou » autour des actions, pour qu’on ne puisse pas relier avec certitude ces attaques au régime iranien, explique Thomas Renard. De quoi alimenter ou raviver la peur du terrorisme sur le continent européen.
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