Thales, Exail… Ces solutions françaises pour lutter contre les mines sous-marines pourraient servir au détroit d’Ormuz

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La menace d’un minage par l’Iran des eaux du Golfe et du détroit d’Ormuz fait trembler l’économie mondiale. Ce passage stratégique, par lequel transitent environ 20 % du pétrole mondial, est actuellement quasi bloqué pour le passage des navires commerciaux. Et il pourrait ne pas rouvrir pendant des semaines, voire des mois, même si le conflit prenait fin, s’il se retrouvait effectivement miné.

D’où l’intérêt croissant pour des systèmes de lutte contre les mines, notamment à base de drones sous-marins, capables de sécuriser rapidement la zone sans exposer les équipages. Face à leurs concurrents américains comme Lockheed Martin et Northrop Grumman, les Français Thales et Exail proposent des solutions à la pointe de la technologie.

« Plus aucun bateau ne va sur les champs de mines »

Spécialiste des drones sous-marins, Exail Technologies a développé ses premières solutions antimines, pilotées à distance, dans les années 1980, avec le « poisson autopiloté » (PAP). « C’était un système filoguidé considéré comme l’un des tout meilleurs à l’époque », qui a notamment équipé les marines françaises et belges, explique à 20 Minutes Jérôme Bendell, directeur général des systèmes maritimes chez Exail.

Avec l’automatisation et la dronisation, « nous avons naturellement proposé de nouvelles solutions » ces dernières années, poursuit le dirigeant. « Désormais, plus aucun bateau ne va sur les champs de mines, ce ne sont que des drones. Le navire a pour seul rôle de transporter les drones au plus près de la zone, puis de piloter les opérations à distance ». Il n’y a même pas forcément besoin d’un bateau « si on est prêt des côtes, ce qui serait d’ailleurs le cas s’il fallait intervenir à Ormuz ; cela se ferait depuis la terre ».

Justement, comment se passerait une intervention sur Ormuz ? « Notre système est composé de plusieurs vecteurs, le premier étant le drone de surface USV Inspector, le cœur du système, explique Jérôme Bendell. Entièrement automatisé, il va déployer lui-même d’autres drones sous-marins qui vont cartographier les fonds et relever toutes les mines que l’on peut trouver sur la zone. C’est le premier travail à faire – et le plus long – car il faut être sûr d’avoir tout vu. A Ormuz, on parle de plusieurs semaines pour réaliser ce travail, qui se ferait essentiellement sur les chenaux empruntés par les navires. »

« Rien ne se fera à Ormuz tant que la situation ne sera pas stabilisée »

La deuxième phase est celle de l’identification, réalisée par des drones AUV équipés de sonars, qui servent à différencier les mines dérivantes des mines à orin et des mines de fond. Vient enfin la phase de destruction, avec des drones K-Ster. « Ce sont encore d’autres types de drones, qui vont aller poser un explosif sur la mine, ou exploser avec. Nos systèmes sont amagnétiques et très discrets acoustiquement pour effectuer ces opérations. »

Les systèmes d’Exail Technologies sont en train d’équiper les marines belges et hollandaises, qui ont réceptionné tout récemment leurs nouveaux navires antimines réalisés par Naval Group. Ces deux Nations pourraient potentiellement être amenées à intervenir sur Ormuz, s’il y en avait besoin. « Mais rien ne se fera là-bas tant que la situation ne sera pas stabilisée », assure Jérôme Bendell.

Le programme Expeditionary Pathmaster de Thales intègre intelligence artificielle et drones

De son côté, l’industriel Thales a dévoilé il y a quelques jours son programme Expeditionary Pathmaster, qui peut intégrer de l’intelligence artificielle avec des moyens tels que des drones autonomes (AUV), des véhicules télécommandés (ROV), pilotés par un centre d’opérations expéditionnaires portable. Il est issu d’un programme complexe de lutte contre les mines navales, MMCM, déjà livré aux marines française et britannique et exporté vers Singapour, mais pas encore opérationnel.

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Testé la semaine dernière en Lituanie, Pathmaster permet de coordonner en temps réel plusieurs moyens de détection et de neutralisation des mines, et peut « être utilisé dès à présent », ont déclaré des responsables de Thales. « Le programme MMCM répond à des besoins de marines nucléaires, tandis que Expeditionary Pathmaster est […] déjà opérationnel », a souligné Eric Chaperon, conseiller pour la défense navale de Thales.

« Ce système est pertinent pour toutes les opérations de guerre des mines, qu’elles soient dans le détroit d’Ormuz, mais également en mer Noire », où les mines abondent dans le contexte de la guerre menée par la Russie en Ukraine, a relevé Benoît Drier de Laforte, conseiller opérationnel dans le domaine de la lutte contre les mines pour Thales interrogé par l’AFP. « Plusieurs pays ont manifesté leur intérêt » depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, a-t-il ajouté.

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