Tsahal, arrête des journalistes de CNN en Cisjordanie
Vendredi, en Cisjordanie, un reportage de terrain s’est brusquement transformé en incident diplomatique et médiatique. Une équipe de CNN venue documenter les violences de colons dans le village palestinien de Tayasir affirme avoir été arrêtée pendant environ deux heures par des soldats israéliens. Au cours de l’intervention, un photojournaliste a été blessé, son matériel endommagé, tandis que les habitants palestiniens en cours d’interview ont eux aussi été retenus. L’épisode, déjà lourd par lui-même, prend une portée particulière dans un contexte où la Cisjordanie connaît une poussée de tensions, au moment même où l’attention internationale reste largement absorbée par les autres fronts régionaux.
Selon le récit de l’équipe présente sur place, les journalistes couvraient les suites d’une attaque menée par des colons après l’installation d’un nouvel avant-poste à Tayasir, présenté comme illégal même au regard du droit israélien. Alors qu’ils filmaient et interrogeaient des habitants, les soldats leur auraient ordonné d’interrompre leurs échanges, armes pointées vers le groupe. Le photographe Cyril Theophilos aurait ensuite été saisi par derrière, étranglé puis projeté au sol, ce qui a également endommagé son appareil. Au-delà de la violence physique, l’incident a aussi été marqué par des propos rapportés comme idéologiques : des soldats auraient affirmé que toute la Cisjordanie appartenait à Israël et au peuple juif, tout en évoquant un désir de vengeance après la mort récente d’un jeune colon, Yehuda Sherman. Face à ces accusations, l’armée israélienne a reconnu que le comportement des soldats décrits dans cette affaire n’était pas conforme à ce qui est attendu d’eux et a annoncé un examen approfondi.
Le reportage cherchait initialement à documenter une autre réalité : celle d’une violence de colons de plus en plus visible dans certaines zones rurales de Cisjordanie. À Tayasir, CNN a recueilli le témoignage de la famille d’Abdullah Daraghmeh, 75 ans, hospitalisé après une agression imputée à des colons alors qu’il dormait chez lui. Son visage tuméfié, ses os fracturés et la peur exprimée par ses proches donnent une idée du climat local. Un autre habitant blessé a raconté que, lorsque des soldats étaient intervenus, il avait été lui-même arrêté et frappé. Ce que montre l’affaire de Tayasir, ce n’est donc pas seulement un accrochage avec une équipe de presse, mais le brouillage croissant entre mission sécuritaire, protection de colons radicaux et intimidation des témoins. Quand une caméra devient, selon les mots d’un habitant, “la seule arme” pour prouver son innocence, c’est le rapport de force tout entier qui apparaît.
L’incident survient alors que la pression monte dans l’ensemble de la Cisjordanie. Ces derniers jours, plusieurs attaques de colons ont été signalées dans différentes localités, avec des maisons et des véhicules incendiés, des habitants blessés et des accusations répétées de passivité des forces de sécurité. Les Nations unies décrivent une dynamique de violence et de déplacement forcé qui s’aggrave nettement : depuis le début de l’escalade régionale, plus de 150 attaques de colons causant des dégâts ou des victimes ont été recensées dans environ 90 communautés, et les déplacements liés à ces violences ont déjà presque atteint le niveau total observé sur toute l’année 2025. Dans ce paysage, l’affaire touchant CNN dépasse le cas d’une rédaction étrangère malmenée : elle met en lumière un territoire où la bataille pour le contrôle du récit devient presque aussi âpre que celle pour le contrôle du terrain.
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